Le nouvel an chinois vu de l’intérieur V : le D-DAY (et autres disgressions)

C’est bien beau de parler de mon voyage pour 十堰 (Shiyan), de la visite de la ville en question ainsi que du village natal, 鲍峡 (Bao Xia), mais c’est bien du nouvel chinois dont il s’agit. Outre la parenthèse d’une journée de mariage, le jour de la « Fête du Printemps » (春节 – Chun Jie) arrive enfin et il est temps de mettre les petits plats dans les grands.

Les préparatifs

La veille du nouvel an (le 30 janvier 2014 donc), il convient de s’atteler à quelques préparatifs, et notamment, d’assurer le stock de nourriture étant donné que tous les commerces seront quasiment fermés les jours suivants. Pour cela, c’est donc la belle-mère qui se charge de l’intendance et non les « hommes ». Durant ce voyage, mon ami 盼盼 (Panpan) m’a bien fait comprendre la survivance de règles de vie que l’on classerait aisément comme rétrogrades ou sexistes en Europe. Ce n’est pas le cas et les tâches dévolues à chaque « sexe » sont faites de bon cœur et sans atermoient philosophique (de là à s’en satisfaire…mais ce n’est pas le sujet!).

Par exemple, j’avais interdiction absolue d’aider à lever la table après la fin d’un repas : d’une part en raison de mon statut d’invité, et d’autre part parce que c’est aux femmes du foyer de faire ça. Une action contraire ferait inévitablement « perdre la face » à mes hôtes.

Le jour du nouvel an en Chine est aussi un jour plein de petites coutumes, de traditions et autres interdis. Citons en vrac (et cela doit certainement varier selon les régions, les villes, les villages…et les habitants!) : ne pas laver de linge ni le suspendre le jour du nouvel an, ne pas « couper » quelque chose (j’ignore jusqu’où cela peut aller), ne pas laver les fruits et les légumes etc. Cela semble saugrenu, mais malheur à qui ne respecterait pas ces traditions. Je m’y plie de bon cœur et me rends compte que j’ai du linge sale à nettoyer avant le jour fatidique : direction la rivière.

Ce n’est pas que la famille de mon ami ne dispose pas de machine à laver, mais les chinois (pour certains que j’ai rencontré) ne se résolvent pas à nettoyer leurs sous-vêtement avec le reste des vêtements (je ne comprends toujours pas pourquoi) : les deux sont ainsi lavés séparément. Par conséquent, histoire de ne pas mobiliser  deux fois la machine à laver et de « rigoler », je me mets au défi d’aller nettoyer mon linge à la rivière et en tenue de combat, telle une lavandière perdue.

La lavandière improbable

La lavandière improbable

C’est clair, j’ai fait le show ! Mais étonnamment, ça n’a pas étonné plus que ça ma camarade de droite qui elle, nettoyait son persil. Dans une telle situation, je me suis senti soudain pris d’une pensée profonde pour mes grands mères qui se rendaient au lavoir pour faire de même, sauf que ce n’était pas un jeu!

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Une fois cette petite comédie terminée, le repas du midi englouti, il était temps de passer aux choses sérieuses : nettoyer les légumes, viandes et aliments afin d’assurer la pitance des prochains jours sans avoir à les nettoyer . Direction une nouvelle fois la rivière, mais plus en amont…c’est plus propre parait-il….mouais….

Deux paniers pleins de choux y passeront

Deux paniers pleins de choux y passeront

Question propreté, cela reste discutable puisque nous n’étions pas les seuls à avoir vidé poissons et autres poulets dans l’eau croupissantes : la transparence de l’eau laissant apparents tripes et boyaux de nos prédécesseurs.

Le reste de l’après midi sera consacré à la confection des plats ainsi que la préparation des 饺子 (Jiao Zi – raviolis), plat typique pour les festivités du nouvel an.

S’occuper pendant le nouvel an chinois

Après interrogation auprès de 盼盼 (Panpan), je me rends compte que les fêtes du nouvel an chinois ne sont finalement pas si différentes de celles du réveillon de Noël en France: la famille et les amis passent à la maison pour manger et discuter le bout de gras autour d’un repas un peu plus élaboré qu’à l’accoutumé.

La veille, un ami de la famille est passé pour apporter une table automatique de 麻将 (Ma Jiang « Mah Jong »), histoire de faire autre chose que « regarder la télévision » (dixit mon ami…). Grand fan de ce jeu chinois, la variante la plus répandue du 湖北 (Hubei) se joue à 3 et non à 4 personnes. Une famille de tuiles disparait afin d’équilibrer le jeu, et quelques petites variations de règles caractérisent donc le style du 湖北 (Hubei).

Je gère!

Je gère!

La sœur de mon ami est une joueuse hors pair et détonnait avec son caractère bien trempé. En tout cas, j’ai observé quelques parties où elle se faisait facilement 200Y (24€) en quelques coups. Une fois encore, la richesse du tempérament des chinois peut s’observer au travers des interminables parties de 麻将 (Ma Jiang).

La « Fête du Printemps » est aussi un moment où toute la famille se réunit pour célébrer un grand moment de fête. Ainsi réunis, les membres profitent de ce moment pour aller honorer les ancêtres en se rendant sur leur tombe pour faire exploser quelques pétards et bruler de faux billets de banques (voire des carte à jouer dans le cas de la grand mère de mon ami). Là encore, solennel mais pas plus que cela : pas de larmes, pas de « tronche d’enterrement », rien qu’une scène de vie « quotidienne ».

Sur la tombe des grands parents paternels de 盼盼

Sur la tombe des grands parents paternels de 盼盼

Respectant la pudeur du moment, je n’ai pas souhaité prendre plus de photo que cela mais c’est aussi un moment fort que de participer en communion au dépôt de bâtonnets d’encens, ou encore au pliage de feuillets destinés au feu. Les pétards ayant entièrement retentis, nous partons de ce 村 (Cun – hameau) pour rentrer manger.

Une soirée de nouvel an chinois

Sans tomber dans l’obsession, le repas a été gargantuesque et relativement simple (en terme de plats). Il faut dire qu’à se retrouver à 12 autour de la table, en incluant les amis de passage, ça fait du monde à nourrir.

Le paradis sur Terre

Le paradis sur Terre

Une fois les plats quasiment finis, on nous apporte un bol de riz ou de nouille blanche (qui se mange donc en fin de repas et non pendant) afin de terminer ce qu’il reste.

Les chinois ne trahissant par leurs habitudes de « mange tôt », à 20h le repas était bouclé et la table nettoyée, que faire ? Faire exploser des pétards PARDI! Je me suis amusé comme un gosse à allumer des feux de Bengale et autres pétards (en forme d’obus), bâtonnets lumineux ou feux d’artifice. Théoriquement interdits, les pétards faisant parti intégrante du folklore traditionnel des fêtes chinoises, l’interdiction n’est que pure façade. Les « munitions » se vendaient à tous les coins de rue, et même le jour du nouvel an, quelques échoppes étaient restée ouvertes, conscientes que la population viendrait se ravitailler en pétards…Ce que nous avons fait pendant 2 jours non stop ^^ .

Ca va chier!!

Ca va chier!!

Il est clair que certains pétards étaient tellement gros que l’on pouvait faire bien d’autres choses avec, comme de la pêche à l’explosif (ce que nous avons fait d’ailleurs hin!hin!hin!). J’ai cru devenir sourd durant les 2 principaux jours de festivité mais c’est aussi un beau moment à vivre.

Finalement si les chinois semblent tellement pressés de rentrer chez aux aurores du nouvel an, ce n’est pas tant pour s’amuser que pour jouir de « l’atmosphère » du nouvel an, les retrouvailles en famille…bref, comme pour Noël en France. Je m’attendais à quelque chose de radicalement différent mais ce n’était pas le cas, juste que je ne ressentais pas cette atmosphère, cette magie du nouvel an : je ne suis pas chinois après tout 🙂

Bonne année du Cheval

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4 réflexions sur “Le nouvel an chinois vu de l’intérieur V : le D-DAY (et autres disgressions)

  1. Super…le lavoir !!! j’ai connu ça au Maroc et aussi dans ma très petite enfance !
    Grâce à toi et ta belle écriture, on connaît tout sur le nouvel an chinois !
    Encore un article très intéressant…comme toujours !
    A+
    Biz

  2. Cela reste inoubliable effectivement. A Shanghai l’ambiance a été un peu plus sobre mais tout aussi chargée en feux d’artifices en tout genre — ici chaque ‘quartier’/’compound’ essaie de montrer qu’il est plus riche que ses voisins et met donc le feu à quasiment tout ce qu’il trouve. Bonne année et bonne continuation!

    • Merci beaucoup pour votre commentaire 🙂 ! Là où j’étais, on se serait cru sur un site en guerre, quasiment impossible de dormir…j’ose à peine imaginer dans une grande ville! Très bonne année du cheval à vous aussi

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