Comment…j’ai décidé d’abandonner un visa de travail pour un visa étudiant chinois (1er partie)

Fort de mon retour à Xi’an (西安), je pensais reprendre le cours de mon existence sur place, sans aléas ni la moindre anicroche. Fou que j’ai été de le croire, j’avais oublié le sacro saint principe : je suis en Chine, rien ne se passe comme prévu! Accrochez vos ceintures.

« On cherche un professeur de français »

 

En mai 2014, un ami me parle d’une école qui semble avoir pignon sur rue (International House) et qui recherche un professeur de français pour l’année scolaire suivante, avec à la clé : un visa de travail chinois, sésame des plus inaccessible pour celui qui ne dispose pas de solides compétences ou diplômes dans un domaine où la main d’œuvre chinoise fait défaut. L’enseignement des langues étrangères est l »un de ces domaines. Je saute donc sur l’occasion (trop belle…) pour me porter candidat. Étant le seul professeur de français, ayant le français comme langue native, nul sélection nécessaire, candidature acceptée.

Un mois avant mon départ pour la France (où je devrais faire ma demande de visa de travail temporaire), je transmets les premiers éléments à l’école pour établir le visa en amont. Le deal ? 4000 元 (soit 514 € au taux du 2 octobre 2014) par mois, plus logement (j’en veux pas), une indemnité d’installation, un billet d’avion pour la France en fin de contrat et prime de fin de contrat pour ….

5 jours avant mon retour en Chine, je reçois ENFIN [sic] les documents nécessaires à ma demande de visa à l’ambassade de Chine en France, que je devrais faire en procédure express (+ 80€ donc!!) pour ne pas rater mon vol quelques jours après. Me voilà Xi’an, j’arrive avec mon visa de travail temporaire…que je croyais

L’une des composantes du deal était d’être professeur de français, à titre principal, et de donner quelques cours d’anglais à des enfants, pour « dépanner« …tu parles…! Je vais vite comprendre que les chinois ont un sens subtil de l’équilibre en affaire. Arrivé à Xi’an (西安), je déménage pour un appartement plus spacieux et plus central, toujours avec mon coloc, et prend rapidement contact avec l’école pour préparer la « rentrée ».

 

« En fait, on voulait dire qu’on cherche surtout un professeur d’anglais. »

Rendez-vous est pris à l’école et je dois participer à une formation d’anglais …pour les enfants, enfin de m’habituer aux différents supports pédagogiques. Ne comprenant pas bien pourquoi on aborde immédiatement l’enseignement de l’anglais sachant que mon activité principale est censée être l’enseignement du français. Mais je ne moufte pas malgré une formation particulièrement…disons…infantilisante (c’est de rigueur vue le public, vous me direz)! Le professeur-formateur est effectivement excellent dans son domaine et semble avoir pas mal d’années de bouteille dans le domaine, et d’y prendre toujours autant de plaisir. Formation donc, mais surtout impossibilité d’apporter à la pédagogie sa petite touche personnelle ou quoi d’autre : interdit de prononcer le moindre mot en chinois (le traducteur est là pour ça), s’amuser avec les enfants (au-dessus de mes forces), parler un anglais parfait (hahahah…les cons…demander ça à un français…j’en pleure encore de rire!). Et cerise sur le gâteaux : je capte une conversation indiscrète ente l’interprète et le formateur: j’ai été désigné comme professeur titulaire et remplaçant du dit formateur à temps plein, qui quitte l’école pour retourner en Pologne. Et me voilà piégé!!!

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Dégouté par cette heure de formation, je prends rapidement contact avec l’ami qui m’a mis en relation avec cette école, et pour laquelle il a travaillé 1 an. Et au fil de la conversation, le masque tombe : 25 heures de travail par semaine (c’est de l’enseignement je précise), parfois aucun cours de français, des annulations/inscriptions de cours à la dernière minute, faiblesse du matériel pédagogique… . Je m’effondre complètement car j’ai au fond de moi compris qu’il me serait impossible de bosser dans ces conditions.

Après de longues discussions avec mon coloc, son oncle et mes amis sur place, je cherche à m’extirper de ce traquenard. La semaine suivante, on me demande à nouveaux de participer à cette formation pour ensuite m’évaluer à l’enseignement en condition réelle. C’est juste au dessus de mes forces, je ne peux pas et je les plante sans vergogne. J’avais d’autant moins de scrupule que premier planning qu’ils m’avaient communiqués prévoyait pour la semaine, 13h de cours, compilées entre le vendredi et le dimanche, sans la moindre mention d’un quelconque cours de français : que des cours d’anglais!

La semaine d’après, rebelote : 15h de cours concentrées sur le week end dont la moitié en anglais. J’ai cru m’étrangler en lisant ce planning. Curieux tout de même, je me rends à mon premier cours de français, histoire de tâter le terrain. En arrivant, l’une des secrétaires me tend 3 feuilles en m’expliquant que c’est la présentation des mes élèves. Le temps d’une minute je ravale mes préjugés, considérant qu’ils avaient fait un petit effort jusqu’à ce qu’à la lecture, je me rends compte qu’il s’agissait de mes jeunes élèves (5-7 ans) …en anglais!!! ARGGHHHHH! Je rends les papiers en disant que je n’en veux pas et demande à la secrétaire où est donc la présentation de mes élèves de français : j’ai compris dans son regard que je m’étais fait « baiser« , mais avec un petit raffinement : verre pilé et gravillons! Je lui indique donc que je ne donnerais aucun cours d’anglais car j’ai été recruté pour enseigner le français et non pas la langue de Shakespeare, quoiqu’ils en pensent. Je lui demande de communiquer instamment ma position à la responsable pédagogique (chose qu’elle ne fera pas…je m’en doutais presque)

3 jours après, à deux heures du « cours d’anglais » prévu au planning, la responsable m’informe par messagerie instantanée que le cours est décalé d’une heure. Comme je m’y attendais, l’information n’ayant pas été communiquée, je lui indique que je ne donnerai pas de cours d’anglais car on s’était suffisamment foutu de ma gueule ainsi. S’instaure un dialogue de sourd (typique des chinois qui font semblant de ne pas vouloir comprendre pour mieux tente de satisfaire leurs exigences) qui finit par m’énerver et donc je mets fin rapidement. Quelques heures passent, et c’est le numéro 2 de l’école qui m’appelle pour s’enquérir de la situation. Je luis indique à nouveaux que contrairement à ce que j’ai pu leur dit auparavant, je refuse donc d’enseigner l’anglais. Pourquoi ? Parce que c’est en train de devenir la langue d’enseignement principale au détriment du français et que faute pour eux de me trouver de nouveaux élèves de français, ils ne me paieront pas à ne rien foutre et donc me forceront à enseigner l’anglais à temps plein en attendant. Chose que je refuse. Après quelques palabres, il finit par comprendre ma situation et moi je me rends compte finalement que le principal sujet dont nous discutons depuis ce jour, c’est les cours d’anglais alors que c’était censé n’être qu’un enseignement très secondaire. Lui faisant part de mon constat, je décide couper court en lui laissant le choix de dire au directeur de l’école ma position, sans fioriture : 100% cours de français ou je me casse.

A vrai dire, ma décision était déjà prise car je ne pouvais me résoudre à travailler dans une ambiance potentiellement explosive. Quelques heures après, je lui indique que je rentre en France pour raison personnelle et que je ne resterai pas en Chine. Pourquoi ? Parce que je ne voulais pas qu’en partant en douceur, ils essaient de me faire payer les démarches engagées pour l’obtention de mon visa de travail temporaire, ils en auraient été capables. Un départ brutal ne laissant place à aucune contestation, c’est finalement ce qu’il y avait de plus propre.

 

Finalement, je vais reprendre mes études

En apparence, rien de plus simple. Une longue discussion avec Sarah m’a permis de me remémorer la motivation première de ma venue en Chine : apprendre le chinois, et je suis loin d’en avoir fini avec Confucius. Par conséquent, j’ai décidé de reprendre mes études à l’Université Normal du Shaanxi (陕西师范大学 – Shaanxi Shi Fan Da Xue) et de donner mes propres cours de français en parallèle.

Mais souvenez-vous : je suis rentré en Chine avec un visa de travail temporaire et il est impossible de suivre un cursus universitaire en Chine, sans le bon visa, à savoir le visa étudiant. Il va donc falloir que je change de visa le plus vite possible…et ça ne va pas être une partie de plaisir, loin de là…

 

A suivre ^^ (paie ton suspens….)

Tu le sens, mon suspens ??

Tu le sens, mon suspens ??

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10 réflexions sur “Comment…j’ai décidé d’abandonner un visa de travail pour un visa étudiant chinois (1er partie)

  1. J’avais eu vent de ta déconvenue… Je ne sais pas trop si je m’entendrais bien avec ces gens qui « chinoisent » (on comprend d’où vient l’expression !). Bon courage pour l’étape suivante du visa. BIz, C.

    • Coucou Christine,

      Ben quand tu fais le choix de vivre en Chine, tu es obligé de t’y adapter sinon…ben tu t’en vas en fait! Mais c’est clair que j’ai beaucoup du me remettre en question avec mon tempérament plus « rentre dedans » et sans détours. Un effort au quotidien, mais j’apprends à jouer le jeu et désormais je fais comme eux : je dis oui au début, et au dernier dernier moment je les plante!

  2. Est-ce une constante de la société chinoise de ne jamais faire remonter les problèmes, de pratiquer la politique de l’autruche pour faire avancer les choses?
    Cela rentre-t-il dans le « ne pas perdre la face » inhérent à tout chinois qui se respecte?
    Bises au valeureux guerrier

    • Salut les filles,

      On pourrait le croire et le lien avec la « perte de face » est intéressant bien que je ne sois pas sur que cela soit le ressort le plus idoine. Je pense surtout que c’est une manière d’aller au bout d’un processus lancé qui une fois lancé, selon eux, mérite plus d’être terminé (peu importe la manière voire le résultat) que de l’arrêté proprement pour éviter par la suite d’en payer les conséquences.

      On est toujours un peu dans le « on fait maintenant, on comptera les pots cassés ensuite ». Le pire c’est que dans cette histoire, je leur ai clairement dit que c’était dans l’intérêt de l’école de ne pas me laisser enseigner l’anglais, qu’ils risqueraient de perdre en prestige etc… Mais rien à faire : ils ont même expliqué aux parents d’élèves que je venais exprès de France pour enseigner l’anglais (ce qui ne les a en rien choqué d’avancer une telle ânerie!)! Pour eux: BLANC = ANGLAIS BILINGUE! La face plus que le contenu, voilà l’essentiel dans certains deal chinois, et ça les perdra!

      Bisous

      • Nous sommes donc dans une société des apparences qui n’a rien à envier à la société occidentale…. dans le domaine des apprences bien sûr
        Bises

      • Je suis en grande partie d’accord mais je dissocierai l »apparence » de la « face » qui est une notion plus floue et plus large, englobant des considérations telles que l’honneur et la dignité par exemple

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