« Vis ma vie » pendant la Golden Week en Chine (Part IV) : Le Memorial du Massacre de Nankin (南京)

Dernière journée à 南京 (Nanjing ou « Nankin » pour les plus francophones d’entre nous). Cette fois-ci la journée de visite sera concentrée sur 1 seul monument et pas des moindres (avec un train à 16h et la superficie particulièrement étendue des villes chinoises en général, on n’a pas trop le choix vu le temps gaspillé en transferts de sites touristiques) : le Mémorial du Massacre de Nankin.

Plutôt rebuté à l’idée d’aller voir ce « type » de monuments, j’ai cédé aux conseils de ma « Môman » et me suis dit que cette institution (somme toute récente, puisque datant de 1985) reste incontournable. A l’origine, je ne goute guère ce genre de visites qui me paraissent un peu un poil « indécente » : c’est comme si on allait dans un grand cimetière en groupe indiscipliné pour aller prendre des stèles funéraires en photo (je caricature…un peu!). De plus, les mémoriaux abritent une atmosphère particulièrement « lourde », pleine de commisération tendance exhibitionniste. Enfin, en pleine période de vacances en mode  » je déconnecte« , me plonger dans une telle atmosphère ne m’enchantait guerre. Mais bon, si j’y suis allé, ET je n’ai pas regretté! (eh toc! Pour ceux qui commençaient déjà à me casser du sucre sur le dos sur mon manque de « charité chrétienne »).

Le Mémorial a été érigé pour les personnes tuées durant le massacre de Nankin perpétré par les armées japonaises à Nankin et dans ses environs, après la chute de la ville le 13 décembre 1937. Pour le reste, je vous laisse le soin de vous informer de l’essentiel des faits ici et . Le mieux est encore de le visiter (eh, re-toc!)

Pour y accéder nous avons une nouvelle fois pris le taxi depuis notre hôtel mais le site est accessible par métro, à la station 莫愁湖 (Mo Chou Hu), ligne 2 (rouge), à l’Ouest de la ville. L’adresse du site est la suivante : 南京市水西门大街418号 (418.Shuiximen Street Nanjing China). L’accès au site est de plus gratuit.

Quoi qu’il en soit nous n’étions pas les seuls à avoir eu la même idée (il fallait s’y attendre)…

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Moins impressionnant que cela en a l’air, nous avons fait là queue sous le soleil « seulement » 15 minutes, avant d’accéder au jardin principal tapissé de graviers. Et comme je m’y attendais, l’atmosphère est « lourde » malgré la frénésie habituelle des touristes chinois. On sent bien que l’on vient de pénétrer dans un « sanctuaire » plein de sens aux yeux des chinois (moins à ceux des occidentaux, vu que l’on n’en parle pour ainsi dire jamais dans nos manuels d’histoire). Nous faisons à nouveau la queue pour accéder au musée principal.

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Je vous épargnerai les photos que j’ai prises dans le musée, cela n’a que peu d’intérêt pour quiconque n’a pas visité le monument. Le plus frappant est la présence du nombre « 300 000 » placardé un peu partout dans et hors du musée en question. Il vient nous rappeler le nombre de morts totalisé sur la période allant de décembre 1937 à janvier 1938 : 150 000 à 200 000 civils tués en raison du seul massacre de 南京 et plus de 100 000 civils et soldats tués pour « fait de guerre ». Là encore les estimations varient et je serais bien mal placé pour intervenir dans ce genre de débat. En tout cas, les autorités chinoises retiennent avant le chiffre de 300 000.

Pour ne pas oublier

Pour ne pas oublier

De salles en salles, on peut apercevoir les portraits des principaux protagonistes chinois (dont certains hauts gradés ont même étudié à Saint Cyr) et Japonais. La mise en scène est particulièrement violente à mon goût et on a du mal à sortir de là sans un sentiment de haine contre les japonais, tant la visite paraît « orientée ». Certains mots me paraissent employés un peu à tort au bénéfice d’une rhétorique complètement partisane (ex : « fascistes » pour parler des Japonais…). Là encore peut se poser la question du degré d’objectivité sur la scénarisation du mausolée : les images de victimes de viols, de violences ou encore de cadavres et autres ossements (réels!) sont abondamment exposés. Mon compagnon de voyage allant jusqu’à me souffler que seuls les japonais étaient capables de ça. Je n’ai pas voulu insister en évoquant le cas du génocide rwandais, arménien ou encore juif, je crois que l’on ne se saurait pas compris.

Quoiqu’il en soit cela permet de prendre une certaine distance par rapport à notre propre histoire européenne et de découvrir que l’Histoire ne tourne pas autour du nombril de l’Europe ; ce qui peut expliquer un relatif détachement (voire total détachement) des chinois, des asiatiques en général, à l’égard des massacres ayant eu lieu sur notre territoire. Au point d’y croiser des éléments incongrus qui auraient fait hurler les non avertis. Par exemple la présence de la Société internationale du Svastika rouge, dont la graphie peut être confondue avec l’insigne Nazi (j’ose préciser qu’il n’y a strictement AUCUN LIEN ENTRE LES 2 ENTITÉS…). Mais quand on ne connait pas l’existence de cette société humanitaire, les clichés peuvent choquer (encore que…).

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Une fois sorti, il y’a la possibilité de visiter quelques petits sanctuaires entre autres lieux directement établis sur les récentes exhumations de fosses communes. Là encore, les ossements ont été maintenus tels quels. Et là aussi, je vous épargne les clichés morbides.

En fin de visite nous nous rendons à l’ultime lieu de commémoration où une flamme perpétuelle est entretenue. Ensuite vient l’accès à la statue symbolisant la liberté.

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En tout cas cette visite aura eu le mérite de m’ouvrir les yeux sur un moment important dans l’histoire de Chine au 20e siècle, tragédie quasiment insoupçonnée en Europe et pas pour autant moins grave que d’autres. Je conseille donc très vivement d’aller visiter ce mausolée en cas de passage sur 南京 (Nanjing), histoire de reprendre une petite dose d’humilité (ça ne fait pas de mal).

« Vis ma vie » pendant la Golden Week en Chine (Part II) : 南京

Après ce court épisode sur 上海 (Shanghai), direction la ville de 南京 (Nanjing, également appelé en français « Nankin »). Ville préfecture de la province limitrophe du 江苏 (Jiangsu), 南京 (Nanjing) n’est qu’à 1h30-2h en train rapide. Comparable à 西安 (Xi’an), administrativement parlant, cette ville jouit toutefois d’une plus grande croissance en raison de sa proximité avec la côte et 上海 (Shanghai). Le climat y est aussi plus « agréable » pourvu que l’on apprécie l’atmosphère plus humide car en été, c’est une fournaise comparable à 西安 (Xi’an). Elle borde le fleuve du Yangtzé (长江), et est pourvue d’un lac intérieur. Son apparence se veut résolument plus moderne que Xi’an, même si quand on s’enfonce un peu dans les ruelles ou dans les nouveaux quartiers dit « modernes » (entendre par là : zones tertiaires, zone des industries de pointe…), on pourrait presque se croire dans le 陕西 (Shaanxi). Une des grandes différences avec la ville où j’habite est la propreté : non pas en raison du fait que les chinois de 南京 (Nanjing) sont plus « propres » que ceux de 西安 (Xi’an), mais plutôt par l’absence d’une poussière permanente qui semble s’abattre continuellement sur la ville. Et je dois dire, ça rend l’air beaucoup plus respirable (du moins en apparence).

Allez, en voiture pour 南京 :

Bienvenue à 南京

Bienvenue à 南京

Une fois arrivés et placés, l’hôtel nous informe que la réservation (négociée à l’arrachée la veille)…est annulée! Je vous laisse imaginer la situation en pleine période de vacances nationales : un peu la même situation en plein pont du 15 août sur la Côte d’Azur!

On se démerde finalement pour trouver un hôtel par la simple utilisation de nos Iphone et de la connexion 3G (plutôt bonne dans la ville), et nous voici arrivés à 30min de la gare, en périphérie Nord, plein quartier des affaires ; autant dire « morbide« , sans commerces aux alentours. Ça commence bien! A tout hasard on garde le numéro de téléphone du taxi afin de pouvoir lui demander de venir nous chercher chaque matin pour rejoindre le centre ville.

  • Le Temple de Confucius (南京夫子庙)

Le temps de se reposer et zou, direction…le centre ville dans la demi-heure qui suit! La 1er étape sera la visite du temple de Confucius (南京夫子庙 – Nanjing Fuzi Miao) Tarif : 30Y plein tarif et 15Y sur présentation de la carte étudiante (en Chine). Le ministère du tourisme chinois classe ce lieu avec la note AAAAA (au dessus, c’est classement UNESCO)

Entrée en matière...classique

Entrée en matière…classique

Entrée du temple

Entrée du temple

Hormis le fait qu’il s’agisse d’un énième temple dédié à Confucius (qui a dit « blasé! » ?? Groumph!!), je vous passerai les commentaires de la visite du dit temple avec ses petites cours, des immenses statues et autres autels. Finalement le plus agréable était la succession de petits cours d’eau tout autour, surmontés de ponts typiques de l’architecture chinoise.

J'adore ces petits moments de "quiétude" (alors qu'il y'a 10000 chinois en train de me pousser

J’adore ces petits moments de « quiétude » (alors qu’il y’a 10000 chinois en train de me pousser

Le temple est hélas gâché par les alentours qui sont de véritables allées marchandes. Certaines vendent des produits soit-disant du terroir (alors que j’ai trouvé plein de produits typiques du 山东 – Shandong), d’autres des goodies relatifs aux Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2014 à 南京. D’autres encore ne se font pas suer : des souvenirs de toute la Chine et spécialement issus des minorités ethniques. Saupoudrez le tout des classiques échoppes de nourriture, snack et autres Mac Donald, KFC et Starbuck Coffee et vous aurez la définition exacte de tout bon site touristique chinois qui se respecte.

  • Le lac Xuanwu (玄武湖)

Une fois le tour terminé, nous nous dirigeons tranquillement vers le lac intérieur (玄武湖 – XuanWu) de 南京 (Nanjing). Pour nous y rendre, nous empruntons le métro pourvu de 2 lignes, desservant assez bien la ville. Descente à la station 菇楼 (Gu Lou) sur la ligne1.

Entrée du Lac Xuanwu (玄武湖)

Entrée du Lac Xuanwu (玄武湖)

Là aussi un lac assez classique dans une configuration que l’on retrouve dans de nombreuses villes : bassin quasiment séparé en 2 par un très grand ponts stylisé, prompt à la ballade champêtre. Celui de 杭州 (Hang Zhou) reste toutefois le plus joli et le plus agréable. Le site est classé AAAA et l’entrée est gratuite. Reste la possibilité de prendre une petite embarcation en binôme ou en groupe, à voiles pédales ou à vapeur moteur.

Nous avons opté pour le binôme à moteur pour la modique somme de 40Y/1 heure et 100Y de caution.

Nous ne serons pas les seuls à voguer

Nous ne serons pas les seuls à voguer

La journée n’aura pas été de tout repos mais nous l’aurons bien exploité. Le diner s’est fait dans un restaurant occidental, au 30e étage d’une grande tour du centre ville. Au menu : salade niçoise (noyée dans la mayonnaise + sauce américaine), entrecôte purée (délicieuse mais purée froide) et enfin, tiramisu glacé (bourk!). Eh oui, entouré de tant de chinois à la fois, j’ai craqué en me réfugiant dans la nourriture occidentale…et j’en n’ai pas honte! A bientôt pour la suite : la visite de la Montagne pourpre et le mausolée de Sun Ya Tsen.

« Vis ma vie » pendant la Golden Week en Chine (Part I) : 南京路 &七宝 (Shanghai 上海)

Les vacances de la seconde période de « Golden Week » ont commencé officiellement le 1er octobre 2013 et se termineront donc le 7 octobre inclus. Ces vacances sont offertes par le gouvernement chinois sur la base de la journée du 1er octobre, en l’honneur de la fondation de la République Populaire de Chine suite à un grand discours de Mao sur la place 天安门 (Tian An Men – La paix céleste). Pour mieux comprendre ce qu’il retourne durant cette période, je vous fais suivre un article court mais explicite sur le sujet. Pour les aficionados d’explications plus historiques, je transmets également un petit rappel historique « Made in China » (comprendre: écrit par le Gouvernement Chinois himself).

Durant cette période de « vacances nationales« , les chinois sont donc très nombreux à voyager : les billets de tous types de transports sont écoulés en très peu de temps, les réservations d’hôtels sont complètes, les sites touristiques sont sur-blindés…bref, c’est exactement le type de période pendant laquelle il est fortement déconseillé de venir en Chine pour visiter, et toutes agences de voyage confirment ce point. Pour les résidents étrangers, il est souvent conseillé de rester dans la ville où l’on demeure histoire de ne pas trop vivre ce calvaire du voyage « à la chinoise« . J’ai donc décidé de faire tout le contraire et de me rendre dans un des lieux les plus visité de Chine : la ville de 上海 (Shanghai) et ses alentours, histoire de vivre un peu plus la Chine de « l’intérieur« .

Aidé par mes amis habitants en Chine, j’ai donc pu avoir un billet d’avion depuis 西安 (Xi’an) pour 上海 (Shanghai) le 1er octobre 2013. La journée du 2 octobre a donc été consacrée a l’achat de billets de trains pour rejoindre 南京 (Nan Jing) à compter du 3 octobre. En effet, ce n’est plus la première fois que je viens à Shanghai que je considère plus comme une étape de repos plus qu’une étape touristique. Mais cette fois-ci, c’était la bonne occasion pour se rapprocher de 南京 (Nan Jing), à seulement 1h30 de train. Pour acheter ce fameux billet de train, un ami et moi même devons traverser la célèbre grande avenue commerçante, 南京路 (Nan Jing Lu – Rue Nanjing). Et je n’ai pas été déçu par ce que j’avais lu sur le fait que les chinois se déplaçaient en masse pendant cette période de l’année :

Où est Charlie ?

Où est Charlie ?

On peut vraiment dire « Ils sont partout »! A croire que la Chine s’est donnée rendez-vous sur cette gigantesque artère. Mais ce n’est même pas le pire. Les artères adjacentes sont étonnamment « peu » occupées et nous nous échappons rapidement vers l’une d’elle pour acheter les billets de train. Nous croisons évidemment de nombreux vendeurs ambulants dont l’un d’eux propose des jus de grenades ou de canne à sucre.

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L'équivalente de nos "Agence SNCF"...

L’équivalente de nos « Agence SNCF »…

Les billets pour 南京 (Nan Jing) n’étant pas achetés en gare, il convient de majorer le billet de 5Y. C’est le même système quand vous achetez vos billets sur internet et que vous venez les retirer dans une de ces guérites.

Billet Shanghai Nanjing

Formalités terminées, nous nous engageons dans les tunnels du métro, archi-bondés au niveau du centre de 上海 (Shanghai), direction l’Ouest de la ville, près de l’aéroport de 虹桥 (Hong Qiao). Apparemment peu glamour, il existe pourtant un quartier donc l’architecture ancienne a été préservée (accès : métro ligne 9, direction « 松江南站 » Songjiang South Railway Station). Ce quartier, appelé 七宝 (Qi Bao – Les Septs Trésors) borde un des canaux qui rejoint le fleuve 黄埔 (Huang Pu) et a conservé ses petites ruelles bordées d’échoppes, hélas toutes rompues à un tourisme de masse et donc « sans âmes ». Mais là encore, le premier des constat est bien le nombre impressionnant de visiteurs au point que nous restons bloqués au beau milieu du petite ruelle. En effet, les gens s’arrêtant de toute part pour grignoter ou pour observer quelques curiosités culinaires (les œufs de cailles cuits sous un dôme de croute de sel par exemple), les déplacement sont rapidement impossibles.

No comment!

No comment!

Encore une fois, on vit avec les Chinois le quotidien des Chinois et on est obligé de garder son calme. Néanmoins prenant le précepte suivant à la lettre (入乡随俗 – Ru Xiang Sui Su – « A Rome fait comme les Romains »), je suis sans pitié quand il s’agit de doubler, de bousculer dans ménagement ou encore de ne pas faire la queue. Et c’est un grand conseil que je donne à ce qui passent ne serait-ce que quelques jours en Chine : il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds, tout en restant respectueux. Véritable numéro d’équilibrisme transculturel, c’est la clef pour survivre au quotidien! Le poids du nombre est tel en Chine que si vous ne vous imposez pas sous prétexte de quelconque galanterie ou savoir vivre, vous n’obtiendrez tout simplement rien.

Le quartier de 七宝 (Qi Bao) se révèle toutefois très plaisant à la vue, et on l’on retrouve quelques paysages particulièrement insoupçonnés pour Shanghai.

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Deux heures auront toutefois suffit pour venir à bout de ma patience et nous décidons donc de rentrer sous un ciel menaçant afin de nous reposer et de nous restaurer en préparatif de la journée du lendemain, direction 南京 (Nan Jing).