Le nouvel an chinois vu de l’intérieur IV : une journée de mariage et de tracking

Non content de me rendre à 十堰 (Shiyan) dans le 湖北 (Hubei), pour fêter le nouvel an en famille, après la visite de la ville en question et du village natale de 鲍峡 (Bao Xia), j’ai l’immense honneur d’avoir été convié à un mariage. Classiquement, la journée en question s’est déroulée à la chinoise : levée dès potron-minet et 盼盼 (Panpan) qui m’annonce que nous quittons la ville de 十堰 (Shiyan) pour nous rendre à un mariage…donc il ne connait même pas les personnes engagées! Encore une fois, les chinois font la démonstration d’une grande improvisation qui suscitera toujours un double sentiment à mon égard : frayeur et admiration. Frayeur, pour cette apparente incapacité à se projeter dans l’avenir très proche ou encore de refuser (sciemment ou non) d’organiser un minimum le déroulement d’une journée. Admiration, parce qu’avec un tel schéma de vie, on fait place à la spontanéité de la vie, à la « surprise » du quotidien, à l’imagination de l’immédiat : on agit toujours en conséquence mais seulement au moment où la chose, l’évènement, le problème se produisent ; peu ou pas d’anticipation. Je peux vous garantir que cela demande un gros effort de remise en question et d’adaptation si l’on souhaite rester vivre en Chine et surtout savoir y vivre.

Une longue matinée de mariage

Alors, comment cela se passe en Chine ? Première déception : nous sommes invités au repas et non à la cérémonie qui a eu lieu plus tôt dans la matinée…bon… . Et donc, je ne pourrais que vous faire part de l’expérience du repas en question, lui aussi un peu différent de nos banquets de mariages. Avant d’atteindre le village concerné, nous faisons un halte à 鲍峡 (Bao Xia), pour prendre le petit déjeuner (à 10h, c’est normal…). Allez hop, on engloutit une 汤面 (Tang Mian – Soupe aux pâtes) et un œuf dur, on souffle 10 minutes et on enchaine pour le mariage en question.

Après 30 minutes de voiture à tombeau ouvert (et après avoir dépassé un cortège d’invités, dont les voitures étaient arrêtées en plein milieu de la route….juste pour prendre le temps de discuter car ils étaient en avance….U-BU-ESQUE!), on arrive enfin au dit village, tout à fait comparable à celui de 鲍峡 (Bao Xia), un village somme toute classique. Nous atteignons ensuite le restaurant où se déroule le repas du mariage.

Premier constat : il y’a plus d’invités que de tables circulaires disponibles, mais comment les chinois gèrent-ils ça ? Tout simplement : une fois qu’une table a fini de manger, les convives quittent le restaurant et font place à de nouveaux convives. Je constate donc que même le repas de mariage est comparable à l’habitude pour les chinois à manger en 5 minutes, montre en main, et de se barrer : on mange, on se casse et c’est tout! Alors forcément, vous pouvez inviter le village entier, y’aura toujours de la place, puisque cela tourne! On s’installe à une table, on nous offre un paquet de cigarettes pour toute la table, une bouteille d’alcool blanc et une corbeille de graines en tout genre (graines de tournesol, de pastèques etc) afin de grignoter gaiement tels des oiseaux avant l’arrivée des plats.

A vos marques, prêt, GRIGNOTEZ!

A vos marques, prêt, GRIGNOTEZ!

Ma présence sur place détonne forcément, puisque je suis le seul étranger à table, et l’on se presse déjà pour venir trinquer avec moi. Le responsable de la police locale, le responsable de l’administration, les invités anonymes, tous veulent vider le godet avec moi, à raison de 2 shooter pour chacun (ça devait être une règle implicite ou je ne sais quoi, mais c’était minimum 2 culs-secs). Voyant l’engrenage dans lequel je venais de mettre le doigt, la famille de 盼盼 (PanPan) s’est vite affolée de la rapidité avec laquelle les verres descendaient, et s’empressait de remplacer un verre sur 3 d’alcool blanc par de l’eau bouillie, histoire de diluer. Mais quelques convives ne s’y sont pas laissés prendre, et prenaient alors mon verre (à liqueur je précise, c’était pas des pintes!), le vidaient puis le remplissaient eux-même d’alcool blanc pour trinquer à nouveau. C’était stressant car j’avais peur que par ce subterfuge, je ne vexe les convives (ils n’en prirent nullement ombrage en fait), mais très amusant en même temps de voir leur étonnement à me voir descendre aussi facilement leur alcool.

Dans ce genre de situations où le self-control est de mise, je soupçonne mon corps de déployer une résistance particulière du fait de l’ « hostilité » de la situation : donc je n’avais en rien l’impression d’être bourré, et je pense sincèrement que je ne l’étais pas ^^. Et pourtant, j’en ai descendu des verres! En attendant, les plats s’amoncelaient sur la table, et je ne perdais pas une occasion pour m’en mettre plein la lampe.

Profitons en, avant qu'ils ne se jettent sur la nourriture...comme je le fais!

Profitons en, avant qu’ils ne se jettent sur la nourriture…comme je le fais!

En attendant l’arrivée des mariés, un des convives s’occupe de « chauffer » la salle en plaçant quelques harangues dont je ne saisis pas le moindre mot mais qui ont le mérite de faire effectivement réagir l’audience qui s’esclaffe à chaque fin de tirade.

Le repas se terminera 1 heure après, et d’autres convives s’installent immédiatement après que nous avons libéré la table. Le bedaine au bord de l’explosion et une légère euphorie (bah ouais, ça fait quand même un peu effet le 白酒 [Bai Jiu – Alcool blanc]) seront le résultat d’un repas de mariage chinois, mon tout premier. J’ai même eu le droit de trinquer avec les jeunes mariés, arrivés juste avant notre départ, habillés comme au quotidien ( j’imagine que la robe a du être portée 20 minutes en tout et pour tout…encore une grosse différence par rapport à la France). Note : les mariés « trichent » en trinquant car en fait leur bouteille d’alcool est remplie d’eau (m’a-t-on dit) afin de pouvoir trinquer avec tout le monde sans tomber en coma éthylique dès la 2e tournée de table (pragmatiques ces chinois, encore et toujours^^).

Une après midi à 龙潭河 (Long Tan He)

L’après midi sera consacrée à la visite du parc de 龙潭河 (Long Tan He) que je traduirais très maladroitement par « La profonde rivière du dragon » mais je me trompe très certainement….on s’en fout en fait! Classique des parc forestiers Chinois, ce n’est pas le premier que je visite : il y’a eu 太平祥峪森林,   朱雀 tous dans le 陕西 (Shaanxi) , la montagne 庐山 (Lu Shan) dans le 江西 (Jiang Xi), La Montagne Pourpre à 南京 (Nankin)… L’attraction est classée AAAA par le ministère du tourisme chinois, un cran au dessous du classement UNESCO. Le ticket d’entré est de 50Y mais je crois que cela inclus la réduction étudiante, ce n’est pas moi qui l’ai acheté. Étant en période de préparation du nouvel an chinois, les chinois voyagent peu pour visiter, si bien que nous sommes les seuls à profiter du parc forestier, sous un soleil printanier très agréable.

L'entrée du parc

L’entrée du parc

Comme je le disais précédemment, le parc en soi ne détonne pas par son originalité ni par sa structure : on traverse la forêt et son cours d’eau principal, parsemé de petits ponts plus ou moins (plutôt moins que plus d’ailleurs) naturels. Mais ce jour là, l’absence d’autres visiteurs, l’ensoleillement, m’ont permis de profiter de paysages et couleurs époustouflantes. Les photos prises (mauvaises pour la plupart, de toute façon je déteste prendre des photos) trahissent la beauté réelle et l’atmosphère si sereine qui se dégageait de ce parc. L’eau de la rivière et de l’étang principal était une d’une limpidité extraordinaire.

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Après quelques volées d’escaliers, nous atteignons le sommet du parc où trône un petit temple taoïste (avec son moine inclus). En 1h de randonné, la visite est donc bouclée. On redescend tranquillement et profitons de la luminosité déclinante du soleil.

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La ballade terminée, nous reprenons la voiture et regagnons rapidement la ville de 十堰. Le lendemain, nous nous rendrons à 鲍峡 (Bao Xia), le village natale, pour y préparer les festivités du nouvel an chinois. En attendant 🙂

A bientôt les loulou

A bientôt les loulou

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Le nouvel an chinois vu de l’intérieur I : embarquement pour 十堰 (Shiyan – 湖北)

Occasion m’a été donnée, cette année, de participer aux célébrations du nouvel an chinois EN Chine même! Le calendrier lunaire étant légèrement différent du calendrier grégorien (sur lequel le gouvernement chinois se base néanmoins), la date du nouvel an « chinois » ou plutôt la « Fête du Printemps » (春节 – Chun Jie), varie chaque année. Cette célébration est également placée sous le signe d’un « animal » du folklore chinois, susceptible de symboliser un certain nombre d’augures plus ou moins favorables selon le point de vue. Cette nouvelle année a démarré le 31 janvier 2014, et c’est donc l’année du Cheval. Enfin, il convient de rappeler que  cette période de l’année est considérée comme le plus grand déplacement de population au monde

Je résume beaucoup car finalement cette petite introduction peut être complétée par une recherche simple sur internet : ici, ou encore et … Bref, mon récit ne tire pas son intérêt du nouvel an même, mais plutôt de son vécu. Car contrairement à l’année dernière, j’ai eu cette précieuse occasion de participer au nouvel an chinois et ce, avec un ami chinois au sein de famille. Pour vous faire une idée, c’est comme si un étudiant asiatique venait en France passer Noël et le Nouvel an au sein d’une famille française. Une expérience riche en couleurs, saveurs, anecdotes, que sais-je encore ; une magnifique expérience humaine…mais n’en disons pas plus!

 

Opération kamikaze : prenons le train pour aller rejoindre mon ami

Ce qu’il faut savoir sur le train en Chine, j’en ai déjà parlé à plusieurs reprises ici et, mais les contraintes du train sont « théoriquement » multipliées par 10 pendant les périodes du nouvel an chinois. L’accès à des billets en avance étant limité à 15 jours en Chine, dès l’ouverture à la vente des billets à J-15 du Nouvel an, tout part en une fraction de seconde et certaines personnes viennent jusqu’à se positionner la veille devant les guichets pour être sur d’être servi.

No comment….

L’année dernière, le site internet officiel de vente en ligne avait fait plus de mécontents que d’heureux. Acheter un billet de train me donnait donc des sueurs froides par avance. J’ai pensé aux bus long distance, mais je suis moins à l’aise pour ce type de transport, les villes chinoises regorgeant de gares routières toutes spécialisées dans une direction géographique bien précise. De plus, les billets n’étaient ouvrables que J-5, pire que le train. Pour ce qui est de l’avion, la ville de destination étant dépourvu d’aéroport, le prix des billets en général…et la distance de 400 km avec 西安 (Xi’an) ne me permettait pas non plus de prendre cette alternative au sérieux. Donc le train…

Je tente d’acheter un billet sur le site dédié : http://www.12306.cn/mormhweb/ . Pas de version en anglais, mais mon niveau de chinois me permet aisément de naviguer dessus (ouais, je me la pète grave, mais « je te merde » en même temps, comme dirait l’autre^^). Pour les amateurs, il convient d’ouvrir ce site en précisant bien sur votre navigateur (Internet Explorer, Chrome etc…) qu’il s’agit d’un site de confiance, sinon vous ne pourrez pas procéder à quelconque achat. C’est dire l’amateurisme du département ferroviaire quand à la conception du site…bref!

A mon grand étonnement, j’arrive parfaitement à acheter un billet assis, pour le 24 janvier 2014, direction la ville de 十堰 (Shiyan) dans le 湖北 (Hubei). Mais quelque chose me dit que je ne serais pas seul dans cette aventure.

La salle d'attente avant embarquement

La salle d’attente avant embarquement

C’était jaune noir de monde comme vous pouvez le constater. La bonne nouvelle, c’est que le train démarre depuis 西安 (Xi’an), ce qui veut dire que toutes les places sont libres avant embarquement, et qu’il n’y aura pas à jouer des coudes avec d’éventuels passagers déjà installés, un moindre mal.

On s’était dit rendez vous à 十堰

La ville de 十堰 (Shiyan) se trouve dans la région juste au sud du 陕西 (Shaanxi), c’est à dire le 湖北 (Hubei « Au nord du Lac »).

Ville de l’extrême Nord-Ouest du Hubei (http://www.chine-informations.com/guide/hubei_1860.html)

C’est parti donc pour 7h de train pour effectuer un peu plus 400km… . Voyage sans encombre mais une nouvelle fois, en tant que curiosité du wagon, un des passagers ne m’a pas lâché la jambe. Impossible de se reposer, obliger de faire semblant d’écouter ce qu’il avait à dire, d’autant plus que qu’il parlait suffisamment fort pour attirer l’attention des autres passagers (qui par la teneur de la conversation et le volume, ne pouvaient être qu’intéressés). J’ai du batailler avec les classiques interrogations du : « Est-ce que tu es marié ?« ,  » Tu es habitué à la nourriture chinoise ? » etc. mais j’ai aussi du batailler avec un interlocuteur donc l’accent du 湖北 (Hubei) était particulièrement prononcé, et me donnait l’impression de rarement comprendre ce qu’il disait. Quoiqu’il en soit, je ne me faisais pas d’illusion sur le fait de passer un trajet plus tranquille, c’est la « chinese touch«  : curiosité + générosité X culot + indélicatesse ^^ (J’adore perso).

La gare de 十堰 (Shiyan)

La gare de 十堰 (Shiyan)

Une fois arrivé, mon ami danseur 盼盼 (Panpan) originaire donc de la ville, vient me chercher avec sa soeur (fausse jumelle), pour me déposer à l’hôtel et me reposer… Durant le trajet en voiture, j’ai le plaisir de découvrir une ville vallonnée, ce qui tranche radicalement avec ma ville de 西安 (Xi’an) désespérément plate.

Le repos sera de courte durée puisque je suis ensuite présentée à la famille qui habite un immeuble proche de l’hôtel, et qui se tient à l’extérieur tout en grignotant d’inombrables graines de tournesols en se chauffant autour d’un petit foyer au charbon. Le temps est étrangement doux et sec, et l’on peut presque sentir les prémisses printanières annonciatrice du nouvel an chinois.

Peu de mots sont finalement échangés, la curiosité doublée d’une dose de timidité réciproque (rapidement brisées) en étant la cause principale.

Le soir je suis invité à festoyer (diner et boire) chez la grand-mère de Panpan qui habite également non loin. Nous sommes désormais considérés comme une région du « Sud », si bien que le chauffage central ou au gaz n’est plus déployé aussi systématiquement que dans le « Nord » dont 西安 (Xi’an) fait parti. Quoiqu’il en soit, la famille de Panpan semble vivre dans un cadre de vie assez modeste et humble, soulignant ainsi sa générosité et son sens de l’accueil, le chauffage étant un confort plutôt secondaire (mais existant toutefois).

Rudimentaire mais convivial, et c'est bien l'essentiel

Rudimentaire mais convivial, et c’est bien l’essentiel

Le diner se prendra à l’heure chinoise (c’est à dire entre 18h et 18h30) et sera copieusement arrosé de 白酒 ( Bai Jiu- alcool blanc). Il ne s’agit pas d’un alcool en particulier mais plutôt d’une catégorie d’alcool dit « blanc » est qui peut être à base de riz, de blé, de sorgho etc. En l’occurrence, c’était de l’alcool de canne à sucre (甘蔗 – Gan Zhe) distillé maison (et stocké dans un jerrican de 5L…des malades!). Sans surprise, ça déchausse les dents et détache l’œsophage au passage, mais c’est à ce moment là que j’ai marqué les points les plus importants auprès de sa famille, quand ils se sont aperçus que je savais boire, et que j’enquillais les verres sans broncher. La curiosité a été remplacée par une sorte d’admiration (j’ose le mot)! Et à partir de là, tout était lancé, je faisais parti de la famille (ça se paie cher quand même ^^). Ils ne se doutaient pas non plus que j’avais un excellent coup de « baguettes  » (bah oui, on peut pas dire « coups de fourchette », suit un peu!)

A l'attaque!!

A l’attaque!!

En vrac (et en résumé), vous trouverez des oreilles de cochons en fines lamelles vinaigrées, des œufs de 100 ans, des tranches de concombres, des tranches de lard très gras et sautées aux oignons, des tranches de rhizome de lotus, des pousses de soja, des ligaments de cochons en sauces …. . Un pur délice et ça a tout autant étonné la famille de Panpan que je sois aussi familier avec ce type de gastronomie (introuvable dans les restaurants dit « chinois » en France).  Double ration de « bons points » et une panse explosée seront le résultat de cette première soirée à 十堰 (Shiyan)…et ça ne sera pas la dernière à finir ainsi, loin s’en faut 🙂 .

A suivre… (mieux que « Game of Thrones »…avoue!)