La Chine qui dort

Comme dans tout pays que l’on considère comme « étranger » (vu que ce n’est pas chez nous, tiens!), il convient de découvrir et de s’adapter rapidement à un environnement, aux us et coutumes souvent forts différents de ceux de notre mère patrie. La Chine ne fait pas exception, et je dirais qu’elle renforce cette impression. Tant de gens semblent blasés, déçus voir haineux de ne pas avoir trouvé leur place en Chine. Ces gens sont ainsi prompt à cracher leurs ressentiments directement à la face des chinois et de la Chine : « Pourquoi ne me comprennent-ils pas ? » « Pourquoi ne font-ils pas l’effort d’essayer de faire comme NOUS, les Européens, LE standard de tout mode de vie ?« . C’est vrai après tout, pourquoi se remettre en question quand on débarque dans un pays étranger, qui plus est est doté d’une population de près d’un milliard et demi de gens ? Ce n’est pas comme si on avait la même exigence à l’égard des milliers d’immigrés qui aspirent à vivre en France… Bref, je ne m’égare pas plus longtemps, puisque initialement je souhaitais vous parler du rapport des chinois au rythme de vie, au sommeil, au « farniente », à la sieste, bref, à toutes activités particulièrement productives!

Les chinois à l’heure anglaise

A bien y réfléchir, la Chine et l’Angleterre partagent plus d’un point commun. Pour ce qui intéresse mon post, j’en retiendrais deux : le thé et un caractère de « lève-tôt ».

Revenons sur ce dernier critère. Ne trouvant pas mes mots, voilà ce que j’entends par « lève-tôt » : une propension à commencer très tôt une journée, provoquant ainsi une prise des repas également très tôt. Vous ne comprenez pas ? Plus simplement : en Chine, on mange tôt! Voire très tôt…même trop tôt!

J’ai effectivement pu constater que la société chinoise était plutôt habituée un démarrage très matinal contrairement à certains pays européens comme l’Espagne par exemple, où l’on n’hésite pas à prendre le petit déjeuner entre 10h30 et 11h. La nouvelle génération chinoise fait un peu tomber mon constat à l’eau, puisque la jeunesse chinoise est aussi friand du « couche tard, lève tard » (ça a un côté rebelle aussi), mais en gros, une journée en Chine commence très tôt le matin. J’en veux pour preuve, la majorité des bui-bui et autres échoppes mobiles qui s’installent sur le macadam et ouvrent leurs portes dès 5h du matin afin de rassasier les premiers travailleurs se rendant au boulot. Donc oui, en Chine, tout se passe plutôt que chez nous.

On me reprochera un raisonnement empirique, et je l’assume tout à fait : les « vérités » populaires et la réalité du quotidien ne se trouvent pas dans de savants calculs ou autres traités philosophiques (sagement planqués dans une bibliothèque poussiéreuse), non!

Quand je me rends tous les jours en cours et que je m’aperçois que certains prennent leur déjeuner dès 10h45, c’est bien parce que la journée a commencé très très tôt. Globalement et du point de vue de la restauration, un service « déjeuner » débute vers 11h pour atteindre le pic de fréquentation à 12h-12h15, jusqu’à la fin du service vers 13h. C’est très court mais comme je le disais déjà, les chinois mangent à la vitesse de la lumière et le turn-over est donc énorme en terme de clients/gourmands. Combien de fois je ne me suis pas retrouvé dans le noir à la cantine, à 12h45, parce que les serveuses éteignaient la lumière  pour faire partir les derniers étudiants ? C’est dire…

Pour ce qui est du diner, c’est pareil! Tout commence à partir de 17h! Quel ami chinois ne m’a pas appelé vers les 17h – 17h30 pour me demander si je n’avais pas mangé ? A ma réponse négative, ils me répondaient qu’ils avaient déjà diné…à 17h30! Voilà bien un rythme auquel je ne me suis toujours pas habitué, mais qui ravirait certainement les habitudes cloisonnées de mon cher papa ^^ . Et dans la majeur partie des petits restaurants, si vous débarquez après 19h30, vous pouvez être sur que la moitié de la carte des plats ne sera plus disponible car votre arrivée est un peu tardive pour le cuistot.

En France, tu vas en boite de nuit à 00h ? En Chine, la soirée au bar-karaoké (KTV) commence à 20h!! C’est encore quelque chose qui m’hallucine (mais que je respecte): un rythme de vie donc un peu décalé par rapports aux us méditerranéens  (dont je me revendique un peu).

Mais pourquoi est-ce que je vous parle de tout ça après tout ? D’une part, pour vous éclairer (bande d’ignares!) sur un certain point de la vie quotidienne de très nombreux chinois. D’autre part, comment vous croyez que les chinois tiennent de 6h du matin jusqu’à 22h-23h ?

La sieste : une institution culturelle

En Europe, notre perception biaisée des Chinois se traduit jusque que dans certaines expressions comme « Travailler comme un Chinois » pour exprimer un travail long, fastidieux et souvent peut rétribuant . Nous avons un peu l’image de Chinois comparables à des machines, déshumanisés et travaillant tous à la chaine. Dans certains cas, et c’est particulièrement regrettable, c’est une réalité (Usine Foxxconn dans le Sud Est etc.) mais qui en masque une autre. Les chinois ne sont pas fainéants mais ils assument un moment de leur journée qui pour nous, occidentaux, est le parfait symbole du lambin, du fainéant, à savoir : la sieste.

Car pour tenir une journée qui commence très tôt et se terminant bien après le couché du soleil, les chinois ont bien compris qu’un temps de repos était nécessaire pour assurer une productivité, une efficacité (au travail mais pas seulement) dans le déroulement de la journée. Je soupçonne que cette habitude doit être rattachée à un précepte de médecine chinoise, mais je n’en suis pas certain. Après le repas, la digestion accaparant une grande partie de notre énergie, il n’est pas anormal de se sentir « fatigué » et d’avoir envie de piquer un somme. Hé bien les chinois ne se gênent pas pour le faire!

Mes amis chinois à l’université m’ont toujours dis qu’ils devaient faire une sieste après manger, avant de commencer les cours de l’après midi, sinon « ils sont trop fatigués »! CQFD! Personnellement, je pense la même chose mais durant mes années de travail en tant que juriste, cette idée ne semblait pas faire l’unanimité au sein de la direction des RH….allez savoir pourquoi ; cela ne m’empêchait pas pour autant de piquer un roupillon après un déjeuner fort en émotions ^^.

Mais les chinois ne semblent pas se contenter de la sieste car en cas de « blanc » dans leur journée, nombreux sont ceux qui n’hésitent pas à piquer un roupillon, à toute heure!

Scène de romance en plein centre commercial

Scène de romance en plein centre commercial

En Chine, on mange à toute heure mais on dort également à toute heure. Si bien que je n’ai pas été surpris de voir certaines personnes dormir (ou continuer leur nuit) dès potron-minet. Et je m’étonnerai toujours aussi de cette faculté que certains ont pour dormir, entourés d’une foule oppressante et turbulente.

Au départ pour 十堰 (Shiyan) en gare de 西安 à 8h30 du matin!

Au départ pour 十堰 (Shiyan) en gare de 西安 à 8h30 du matin!

Et en plus de dormir à tout moment de la journée, certains chinois (j’évite les amalgames, hein ?!) ont également une faculté à dormir dans des positions les plus improbables qu’il soit. Ce qui les rend ainsi adaptés au transport en train durant de très longues heures. Ces scènes de vie me paraissent tellement touchantes même si je ne peux réfréner un petit sentiment de pitié quand je vois certaines positions inconfortables : leur repos en est-il vraiment un, entre les chaos du transport et le foule environnante ?

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Dans certains cas, cela peut parfois s’avérer assez drôle voire mignon. Quoiqu’il en soit, les chinois et leur façon de vivre me feront toujours autant sourire tant d’amusement que de plaisir, à voir un peuple vivre différemment de nous, et de le vivre loin des poncifs misérabilistes de certains européens peu enclin à comprendre les charmes et mystères cachés de la Chine. Tant pis pour eux car personnellement, mon amour pour ce pays est renouvelé chaque jour…et à la moindre occasion, fusse-t-elle aux yeux de certains, complètement anecdotique. Preuve en est, je vous ai tenu en haleine sur le seul thème de la sieste en Chine ^^.

Pour le mot de la fin, je laisserai la parole à mon compagnon de voyage, lors de mon retour de 十堰 après le nouvel an. Train de nuit de 00h30, 7h de trajet assis.

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« Foutez moi la paix, je dors! » (traduction approximative)

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Découvrir la Chine par le voyage en train

Vivre en Chine c’est un peu la re-découvrir chaque jour! Vivre « la » Chine, c’est se remettre en cause en permanence : accepter l’inconnu, appréhender le différent et surtout comprendre. Au quotidien, c’est un exercice permanent mais certains évènements permettent aussi d’avoir un éclairage un peu différents que les expériences du quotidien (voire les tracas).

Voyager en train, c’est être au plus près des chinois. Derrière ce poncif (fort lourd je vous l’accorde mais bien réel), se cache une forme de réalité quotidienne des Chinois. Le transport ferroviaire est LE transport chinois par excellence tant son réseau est particulièrement développé et son accès abordable, d’un point de vu tarifaire. Même si l’avion prend un place de plus en plus conséquente, le train garde la préférence de la population et ce pour plusieurs raisons :

  • Le prix : très variable en fonctions des classes (cela va du ticket « debout » au confort de la cabine VIP 2 places avec WC privatifs), il en reste pas moins particulièrement compétitif. Par exemple : 西安 ->上海 (Xi’an jusqu’à Shanghai) 180Y en place assise soit 20€ pour 14h de train et 1 600 km.
  • Les bagages : les Chinois ont pour habitude de transporter beaucoup de choses quand ils voyagent : souvent des denrées alimentaires, des boites de gâteaux en tout genre, de la farine, des jerrican d’huile de cuisine etc…! J’ai toujours été extrêmement impressionné par cette capacité (et cette volonté) de transporter « un peu » tout et n’importe quoi. De vraies mules à 2 pattes! Le contrôle du poids n’étant pas (encore) de mise dans les trains, ils ne se privent donc pas contrairement au transport aérien.
  • La convivialité : et c’est sur ce point que j’appuierai tout particulièrement. Même si les chinois ont tendance à accepter d’endurer les pires conditions de transport, ils n’en restent pas moins très attachés à une forme de « mode de vie » très interactive: on regarde ce que lit le voisin, on regarde la rangée d’à côté qui joue au carte, on se lève pour fumer ou remplir son bol de nouilles instantanées, fraichement acheté au vendeur ambulant etc… Choses quasi impossible dans un avion où tout semble plus oui moins aseptisé.

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Ayant prévu de prendre 4 jours de vacances pour visiter la région du 江西 (Jiang Xi), et notamment la ville de 九江 (Jiu Jiang), j’ai donc naturellement choisi le train pour m’y rendre (en fait c’était pas non plus possible en avion). Les finances jouant un rôle, le choix économique s’est vite opéré : 124Y pour 18h30 de train (1 100km) en place assise « dure ». Le choix « roots » par excellence, mais surtout, le choix de la majeure partie des chinois qui prennent le train. Je ne pouvais rêver meilleure immersion! Mais avant d’embarquer et n’étant pas la première fois que je prends le train en Chine dans ces conditions, voici mes conseils :

  • Faîtes vos courses avant d’arriver à la gare : nouilles instantanées, saucisses « knacki », oeufs dures sous vides, tofu en brochettes conservées sous vides, petits gâteaux, bonbons, quelques fruits et des rafraichissements. Cela vous reviendra nettement moins cher que d’acheter cela à un vendeur ambulant (salarié de la compagnie ferroviaire chinoise) à même le train. Vous semblerez ainsi parer à toutes éventualité car le meilleur moyen de passer le temps dans le train, c’est encore de grignoter et de manger en permanence. Et pour ça, les Chinois sont champion du monde. => Le conseil en plus : si vous voulez vraiment la jouer à la chinoise, munissez vous de graines de tournesols et autre pépins de pastèques grillés et partagez votre grignotage avec vos voisins, effet garanti!
  • Munissez vous d’un jeu de cartes : bon moyen pour briser un peu la glace, à condition de savoir jouer à quelques jeux chinois type « le pouilleux » qui se joue à 4. Plutôt à destination des « jeunes » que des vieux briscards, mais qui sait…chaque fois que j’ai pris le train, la moitié de mes voisins étaient des étudiants. Dès que vous commencerez à jouer, je peux vous dire que tout le monde se retournera pour assister à la partie. En effet, doublés d’une grande curiosité, les chinois y verront un bon moyen de briser la monotonie du voyage.
  • Faites ce que vous avez à faire niveau gestion du transit, car les toilettes d’heures en heures, deviennent de moins en moins praticables. Le conseil en plus => si vous fumez, allez-y avec la clope au bec, c’est permis (sauf dans les TGV) et chaudement recommandé ne serait-ce que pour l’odeur.

Dès les premières heures, en compagnie de 刘帅 et de mon collègue Tchèque 施文, on a fait la connaissance de 2 étudiantes chinoises originaires de la ville où l’on se rendait. On partage donc un peu nos victuailles, on discute un peu (surtout 刘帅) puis on commence une partie de carte. Succès garanti, tout le monde vient nous regarder jouer.

Y'avait un peu de rotation au niveau des joueurs ^^

Y’avait un peu de rotation au niveau des joueurs ^^

Le grignotage est permanent et continuera jusqu’au bout de la nuit (comme la chanson), faute de trouver une position confortable pour s’assoupir. C’est encore ce qui reste de mieux à faire pour tuer le temps.

刘帅 en pleine distribution de gateaux. Vous noterez en arrière plan les différentes façons de dormir dans un train chinois

刘帅 en pleine distribution de gâteaux.
Vous noterez en arrière plan les différentes façons de dormir dans un train chinois

Pour ce qui est de dormir, en additionnant mes temps de somnolence, j’ai du arriver à cumuler 3h de sommeil (très partiellement réparateur). Certains ayant de simple billet « debout », se réfugient dans l’inter-wagon fumeur pour se reposer comme ils peuvent.

Scène classique de la vie nocturne d'un train en Chine

Scène classique de la vie nocturne d’un train en Chine

L’aube finit par pointer ses rayons et l’animation reprend progressivement l’ensemble des wagons. Le défilée des vendeurs ambulants fait de même : ici des produits « secs », là des plats préparés à base de riz avec légumes, tofu ou autres, le menu coutant de 10Y à 20Y, ici aussi le vendeur de fruits et légumes, celui de magazines,cartes routières et cartes à jouer. Ceci sont incontournables. Mais on trouve également des vendeurs un peu plus originaux : le vendeur de batteries préchargées pour téléphone mobile et autres MP3 (les chinois sont littéralement scotchés à leurs téléphones en permanence), le vendeur de ceinture (si si) et ….le vendeur de chaussettes!! (là je comprends pas, mais il a du succès). La Chine comme je l’aime, mine de rien, ben ça brise la aussi un peu la monotonie.

刘帅 préférant utiliser son ordinateur portable pour recharger ses 2 téléphones, il va avoir droit à une admiratrice un poil agaçante (quoique tout mignonne). Mais tout comme moi, il supporte moyennement la compagnie des 儿童 ( Er Tong – enfants de 4 à 14 ans).

"Moi aussi j'veux jouer"!

« Moi aussi j’veux jouer »!

"Et toc!"

« Et toc! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous voyons enfin le bout du voyage avec plus de 40 minutes de retard puisque on avait choisi le train le plus lent ( le 1218) parmi les 3 seules lignes qui reliaient 九江…le plus rapide mettant 16h30…. . Heureusement, y’avait la clim, car il fait sacrément chaud et l’humidité est de moins en moins supportable à mesure que l’on s’enfonce dans le Sud de la Chine.

Ainsi arrivés à 九江, nous allons pouvoir nous reposer : partis la veille à 17h20, nous sommes donc arrivés le lendemain matin à 11h40. Le temps de dire au revoir à nos compagnons de route (à qui j’ai offert mon bracelet bouddhiste, suite à une demande particulièrement appuyée de l’une d’elle), il reste encore 1,5km de marche pour rejoindre l’hôtel en traversant le lac, mais ça, c’est une autre histoire.

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