Le nouvel an chinois vu de l’intérieur I : embarquement pour 十堰 (Shiyan – 湖北)

Occasion m’a été donnée, cette année, de participer aux célébrations du nouvel an chinois EN Chine même! Le calendrier lunaire étant légèrement différent du calendrier grégorien (sur lequel le gouvernement chinois se base néanmoins), la date du nouvel an « chinois » ou plutôt la « Fête du Printemps » (春节 – Chun Jie), varie chaque année. Cette célébration est également placée sous le signe d’un « animal » du folklore chinois, susceptible de symboliser un certain nombre d’augures plus ou moins favorables selon le point de vue. Cette nouvelle année a démarré le 31 janvier 2014, et c’est donc l’année du Cheval. Enfin, il convient de rappeler que  cette période de l’année est considérée comme le plus grand déplacement de population au monde

Je résume beaucoup car finalement cette petite introduction peut être complétée par une recherche simple sur internet : ici, ou encore et … Bref, mon récit ne tire pas son intérêt du nouvel an même, mais plutôt de son vécu. Car contrairement à l’année dernière, j’ai eu cette précieuse occasion de participer au nouvel an chinois et ce, avec un ami chinois au sein de famille. Pour vous faire une idée, c’est comme si un étudiant asiatique venait en France passer Noël et le Nouvel an au sein d’une famille française. Une expérience riche en couleurs, saveurs, anecdotes, que sais-je encore ; une magnifique expérience humaine…mais n’en disons pas plus!

 

Opération kamikaze : prenons le train pour aller rejoindre mon ami

Ce qu’il faut savoir sur le train en Chine, j’en ai déjà parlé à plusieurs reprises ici et, mais les contraintes du train sont « théoriquement » multipliées par 10 pendant les périodes du nouvel an chinois. L’accès à des billets en avance étant limité à 15 jours en Chine, dès l’ouverture à la vente des billets à J-15 du Nouvel an, tout part en une fraction de seconde et certaines personnes viennent jusqu’à se positionner la veille devant les guichets pour être sur d’être servi.

No comment….

L’année dernière, le site internet officiel de vente en ligne avait fait plus de mécontents que d’heureux. Acheter un billet de train me donnait donc des sueurs froides par avance. J’ai pensé aux bus long distance, mais je suis moins à l’aise pour ce type de transport, les villes chinoises regorgeant de gares routières toutes spécialisées dans une direction géographique bien précise. De plus, les billets n’étaient ouvrables que J-5, pire que le train. Pour ce qui est de l’avion, la ville de destination étant dépourvu d’aéroport, le prix des billets en général…et la distance de 400 km avec 西安 (Xi’an) ne me permettait pas non plus de prendre cette alternative au sérieux. Donc le train…

Je tente d’acheter un billet sur le site dédié : http://www.12306.cn/mormhweb/ . Pas de version en anglais, mais mon niveau de chinois me permet aisément de naviguer dessus (ouais, je me la pète grave, mais « je te merde » en même temps, comme dirait l’autre^^). Pour les amateurs, il convient d’ouvrir ce site en précisant bien sur votre navigateur (Internet Explorer, Chrome etc…) qu’il s’agit d’un site de confiance, sinon vous ne pourrez pas procéder à quelconque achat. C’est dire l’amateurisme du département ferroviaire quand à la conception du site…bref!

A mon grand étonnement, j’arrive parfaitement à acheter un billet assis, pour le 24 janvier 2014, direction la ville de 十堰 (Shiyan) dans le 湖北 (Hubei). Mais quelque chose me dit que je ne serais pas seul dans cette aventure.

La salle d'attente avant embarquement

La salle d’attente avant embarquement

C’était jaune noir de monde comme vous pouvez le constater. La bonne nouvelle, c’est que le train démarre depuis 西安 (Xi’an), ce qui veut dire que toutes les places sont libres avant embarquement, et qu’il n’y aura pas à jouer des coudes avec d’éventuels passagers déjà installés, un moindre mal.

On s’était dit rendez vous à 十堰

La ville de 十堰 (Shiyan) se trouve dans la région juste au sud du 陕西 (Shaanxi), c’est à dire le 湖北 (Hubei « Au nord du Lac »).

Ville de l’extrême Nord-Ouest du Hubei (http://www.chine-informations.com/guide/hubei_1860.html)

C’est parti donc pour 7h de train pour effectuer un peu plus 400km… . Voyage sans encombre mais une nouvelle fois, en tant que curiosité du wagon, un des passagers ne m’a pas lâché la jambe. Impossible de se reposer, obliger de faire semblant d’écouter ce qu’il avait à dire, d’autant plus que qu’il parlait suffisamment fort pour attirer l’attention des autres passagers (qui par la teneur de la conversation et le volume, ne pouvaient être qu’intéressés). J’ai du batailler avec les classiques interrogations du : « Est-ce que tu es marié ?« ,  » Tu es habitué à la nourriture chinoise ? » etc. mais j’ai aussi du batailler avec un interlocuteur donc l’accent du 湖北 (Hubei) était particulièrement prononcé, et me donnait l’impression de rarement comprendre ce qu’il disait. Quoiqu’il en soit, je ne me faisais pas d’illusion sur le fait de passer un trajet plus tranquille, c’est la « chinese touch«  : curiosité + générosité X culot + indélicatesse ^^ (J’adore perso).

La gare de 十堰 (Shiyan)

La gare de 十堰 (Shiyan)

Une fois arrivé, mon ami danseur 盼盼 (Panpan) originaire donc de la ville, vient me chercher avec sa soeur (fausse jumelle), pour me déposer à l’hôtel et me reposer… Durant le trajet en voiture, j’ai le plaisir de découvrir une ville vallonnée, ce qui tranche radicalement avec ma ville de 西安 (Xi’an) désespérément plate.

Le repos sera de courte durée puisque je suis ensuite présentée à la famille qui habite un immeuble proche de l’hôtel, et qui se tient à l’extérieur tout en grignotant d’inombrables graines de tournesols en se chauffant autour d’un petit foyer au charbon. Le temps est étrangement doux et sec, et l’on peut presque sentir les prémisses printanières annonciatrice du nouvel an chinois.

Peu de mots sont finalement échangés, la curiosité doublée d’une dose de timidité réciproque (rapidement brisées) en étant la cause principale.

Le soir je suis invité à festoyer (diner et boire) chez la grand-mère de Panpan qui habite également non loin. Nous sommes désormais considérés comme une région du « Sud », si bien que le chauffage central ou au gaz n’est plus déployé aussi systématiquement que dans le « Nord » dont 西安 (Xi’an) fait parti. Quoiqu’il en soit, la famille de Panpan semble vivre dans un cadre de vie assez modeste et humble, soulignant ainsi sa générosité et son sens de l’accueil, le chauffage étant un confort plutôt secondaire (mais existant toutefois).

Rudimentaire mais convivial, et c'est bien l'essentiel

Rudimentaire mais convivial, et c’est bien l’essentiel

Le diner se prendra à l’heure chinoise (c’est à dire entre 18h et 18h30) et sera copieusement arrosé de 白酒 ( Bai Jiu- alcool blanc). Il ne s’agit pas d’un alcool en particulier mais plutôt d’une catégorie d’alcool dit « blanc » est qui peut être à base de riz, de blé, de sorgho etc. En l’occurrence, c’était de l’alcool de canne à sucre (甘蔗 – Gan Zhe) distillé maison (et stocké dans un jerrican de 5L…des malades!). Sans surprise, ça déchausse les dents et détache l’œsophage au passage, mais c’est à ce moment là que j’ai marqué les points les plus importants auprès de sa famille, quand ils se sont aperçus que je savais boire, et que j’enquillais les verres sans broncher. La curiosité a été remplacée par une sorte d’admiration (j’ose le mot)! Et à partir de là, tout était lancé, je faisais parti de la famille (ça se paie cher quand même ^^). Ils ne se doutaient pas non plus que j’avais un excellent coup de « baguettes  » (bah oui, on peut pas dire « coups de fourchette », suit un peu!)

A l'attaque!!

A l’attaque!!

En vrac (et en résumé), vous trouverez des oreilles de cochons en fines lamelles vinaigrées, des œufs de 100 ans, des tranches de concombres, des tranches de lard très gras et sautées aux oignons, des tranches de rhizome de lotus, des pousses de soja, des ligaments de cochons en sauces …. . Un pur délice et ça a tout autant étonné la famille de Panpan que je sois aussi familier avec ce type de gastronomie (introuvable dans les restaurants dit « chinois » en France).  Double ration de « bons points » et une panse explosée seront le résultat de cette première soirée à 十堰 (Shiyan)…et ça ne sera pas la dernière à finir ainsi, loin s’en faut 🙂 .

A suivre… (mieux que « Game of Thrones »…avoue!)

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« Vis ma vie » pendant la Golden Week en Chine (Part I) : 南京路 &七宝 (Shanghai 上海)

Les vacances de la seconde période de « Golden Week » ont commencé officiellement le 1er octobre 2013 et se termineront donc le 7 octobre inclus. Ces vacances sont offertes par le gouvernement chinois sur la base de la journée du 1er octobre, en l’honneur de la fondation de la République Populaire de Chine suite à un grand discours de Mao sur la place 天安门 (Tian An Men – La paix céleste). Pour mieux comprendre ce qu’il retourne durant cette période, je vous fais suivre un article court mais explicite sur le sujet. Pour les aficionados d’explications plus historiques, je transmets également un petit rappel historique « Made in China » (comprendre: écrit par le Gouvernement Chinois himself).

Durant cette période de « vacances nationales« , les chinois sont donc très nombreux à voyager : les billets de tous types de transports sont écoulés en très peu de temps, les réservations d’hôtels sont complètes, les sites touristiques sont sur-blindés…bref, c’est exactement le type de période pendant laquelle il est fortement déconseillé de venir en Chine pour visiter, et toutes agences de voyage confirment ce point. Pour les résidents étrangers, il est souvent conseillé de rester dans la ville où l’on demeure histoire de ne pas trop vivre ce calvaire du voyage « à la chinoise« . J’ai donc décidé de faire tout le contraire et de me rendre dans un des lieux les plus visité de Chine : la ville de 上海 (Shanghai) et ses alentours, histoire de vivre un peu plus la Chine de « l’intérieur« .

Aidé par mes amis habitants en Chine, j’ai donc pu avoir un billet d’avion depuis 西安 (Xi’an) pour 上海 (Shanghai) le 1er octobre 2013. La journée du 2 octobre a donc été consacrée a l’achat de billets de trains pour rejoindre 南京 (Nan Jing) à compter du 3 octobre. En effet, ce n’est plus la première fois que je viens à Shanghai que je considère plus comme une étape de repos plus qu’une étape touristique. Mais cette fois-ci, c’était la bonne occasion pour se rapprocher de 南京 (Nan Jing), à seulement 1h30 de train. Pour acheter ce fameux billet de train, un ami et moi même devons traverser la célèbre grande avenue commerçante, 南京路 (Nan Jing Lu – Rue Nanjing). Et je n’ai pas été déçu par ce que j’avais lu sur le fait que les chinois se déplaçaient en masse pendant cette période de l’année :

Où est Charlie ?

Où est Charlie ?

On peut vraiment dire « Ils sont partout »! A croire que la Chine s’est donnée rendez-vous sur cette gigantesque artère. Mais ce n’est même pas le pire. Les artères adjacentes sont étonnamment « peu » occupées et nous nous échappons rapidement vers l’une d’elle pour acheter les billets de train. Nous croisons évidemment de nombreux vendeurs ambulants dont l’un d’eux propose des jus de grenades ou de canne à sucre.

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L'équivalente de nos "Agence SNCF"...

L’équivalente de nos « Agence SNCF »…

Les billets pour 南京 (Nan Jing) n’étant pas achetés en gare, il convient de majorer le billet de 5Y. C’est le même système quand vous achetez vos billets sur internet et que vous venez les retirer dans une de ces guérites.

Billet Shanghai Nanjing

Formalités terminées, nous nous engageons dans les tunnels du métro, archi-bondés au niveau du centre de 上海 (Shanghai), direction l’Ouest de la ville, près de l’aéroport de 虹桥 (Hong Qiao). Apparemment peu glamour, il existe pourtant un quartier donc l’architecture ancienne a été préservée (accès : métro ligne 9, direction « 松江南站 » Songjiang South Railway Station). Ce quartier, appelé 七宝 (Qi Bao – Les Septs Trésors) borde un des canaux qui rejoint le fleuve 黄埔 (Huang Pu) et a conservé ses petites ruelles bordées d’échoppes, hélas toutes rompues à un tourisme de masse et donc « sans âmes ». Mais là encore, le premier des constat est bien le nombre impressionnant de visiteurs au point que nous restons bloqués au beau milieu du petite ruelle. En effet, les gens s’arrêtant de toute part pour grignoter ou pour observer quelques curiosités culinaires (les œufs de cailles cuits sous un dôme de croute de sel par exemple), les déplacement sont rapidement impossibles.

No comment!

No comment!

Encore une fois, on vit avec les Chinois le quotidien des Chinois et on est obligé de garder son calme. Néanmoins prenant le précepte suivant à la lettre (入乡随俗 – Ru Xiang Sui Su – « A Rome fait comme les Romains »), je suis sans pitié quand il s’agit de doubler, de bousculer dans ménagement ou encore de ne pas faire la queue. Et c’est un grand conseil que je donne à ce qui passent ne serait-ce que quelques jours en Chine : il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds, tout en restant respectueux. Véritable numéro d’équilibrisme transculturel, c’est la clef pour survivre au quotidien! Le poids du nombre est tel en Chine que si vous ne vous imposez pas sous prétexte de quelconque galanterie ou savoir vivre, vous n’obtiendrez tout simplement rien.

Le quartier de 七宝 (Qi Bao) se révèle toutefois très plaisant à la vue, et on l’on retrouve quelques paysages particulièrement insoupçonnés pour Shanghai.

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Deux heures auront toutefois suffit pour venir à bout de ma patience et nous décidons donc de rentrer sous un ciel menaçant afin de nous reposer et de nous restaurer en préparatif de la journée du lendemain, direction 南京 (Nan Jing).