Le nouvel an chinois vu de l’intérieur III : le village de 鲍峡 (Bao Xia – 湖北)

Loin d’être un chemin de croix pour se rendre à 十堰 (Shiyan), la visite de cette ville s’avère toutefois assez peu stimulante. Hormis son caractère vallonnée (un peu comme San Francisco), 十堰 (Shiyan) ne se distingue pas vraiment de n’importe quelle autre ville chinoise avec ses malls, ses quartiers dédiés à la restauration, sa place « du peuple » (人民广场 – Ren Min Guang Chang)… .

十堰 (Shiyan), une ville chinoise comme une autre

十堰 (Shiyan), une ville chinoise comme une autre

Que l’on se rassure, la famille de mon ami 盼盼 (Panpan) a justement prévu de passer les festivités du nouvel an dans le « village » natal. Difficile de s’y retrouver en Chine concernant les divisions administratives qui ne correspondent pas vraiment aux notres. Par exemple, il y’a la ville prefecture comme 十堰 (Shiyan), aussi grande que l’Ile de France, qui est divisée en 县城  ( Xian – comté ou « county » en anglais), eux mêmes composés de « villages » 镇 (Zhen – parfois comparable à des villes moyennes en France) auxquels peuvent être rattachés des hameaux  村 (Cun).

Nous nous rendons donc dans un 镇 (Zhen) du nom de 鲍峡 (Bao Xia) , appartenant au  « county » de 郧 (Yun), rattaché à la ville de 十堰 (Shiyan). En gros, on n’a pas quitté à proprement parlé la ville principale, du fait du rattachement administratif en cause. Nous sommes dans la très grande banlieue, à 45km.

Bienvenu à 鲍峡 (BaoXia)

Bienvenu à 鲍峡 (BaoXia)

Effectivement, aux premiers abords, ce village ne vend pas du rêve avec sa rivière quasiment asséchée, sa voirie à la propreté limite et son béton sur-présent, mais voilà, les villages n’échappent pas non plus au « bétonnage » bordélique lié à l’urbanisation.

Vue du village depuis les collines environnantes

Vue du village depuis les collines environnantes.

Ce village se niche entre les montagnes et diverses collines qui permettent de crapahuter et d’observer ainsi des paysages qui illustreraient parfaitement les romans de nos écrivains naturalistes. Une charme sec, âpre et brut se dégage de tout cela, mais c’est bien la simplicité et la dureté de ces paysages qui les rendent si appréciables, si beaux (oui j’ose!)

Derrière l’appartement où vit la famille de mon ami 盼盼, on accède aux collines en traversant divers potagers où la part belle est donnée aux choux en tout genre. Avant d’arriver aux sommets des collines, je me rends aussi compte que nous déambulons sans le savoir (du moins en ce qui me concerne) entre les tombes des anciens du village. Tombes à la structure complètement différente de nos caveaux puisque l’incinération est de mise, et les fleurs ne font pas parti de la culture funéraire. On vient y bruler de la fausse monnaie, allumer des bâtons d’encens ainsi que faire péter des centaines de pétards, afin de faire fuir les mauvais esprits. Tout cela s’inscrit dans un processus de piétée filiale (孝顺 – Xiao Shun) très ancré, même chez les jeunes…ce qui parait faire défaut à nos sociétés occidentales modernes. L’ambiance est pourtant moins solennelle ou macabre qu’en Europe puisque ces tombeaux s’intercalent souvent entre 2 potagers en hauteur et on surtout valeur de mémoire plus que de recueillement expiatoire ou mortifère.

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Pendant les 3 premiers jours, on bénéficiera même d’un temps particulièrement clément avec des températures approchant les 25 degrés en après midi. Rien de mieux pour découvrir les lieux, dont on fait toutefois, rapidement le tour. Mais je ne suis pas au bout de mes surprises ^^ …

 

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Le nouvel an chinois vu de l’intérieur II : la ville de十堰 (Shiyan – 湖北)

Après un départ depuis Xi’an, moins mouvementé que je ne le pensais, je suis donc arrivé le 24 janvier 2014 dans la ville de 十堰 (dans la région du 湖北 – Hubei). Accueilli le soir même par la famille de mon ami 盼盼 (Panpan), beuverie et grande ripaille étaient au rendez-vous.

Le lendemain, histoire de connaitre un peu les recoins de la ville de 十堰 (Shiyan), direction le musée qui lui est dédié. Entrée gratuite sur présentation d’une pièce d’identité.

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Peu de visiteurs et contenu assez basique puisque l’on remonte l’histoire jusqu’à la préhistoire avec reconstitution de dinosaures et autres homo-erectus. Plus intéressant, la présence d’objets de la vie quotidienne notamment de la dynastie 清 (Qing). On apprend également l’importance des lacs d’eau douce dans la région du 湖北 dont les ressources sont directement transportées jusqu’à Pékin à l’aide de pipeline. L’entreprise 东风 ( Dong Feng – entreprise notamment associée à PSA et Citroën) est particulièrement importante car étant une entreprise originaire de la région et grande pourvoyeuse d’emplois.

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Après cette courte visite matinale, c’est déjà l’heure de manger (11h30…..no comment…), et nous nous rendons au pas de course chez les parents de mon ami pour manger. Un peu comme le diner de la veille, on n’est pas déçu par la pitance, dont l’abondance tranche résolument avec la modestie de l’habitat. Mais qu’importe, je n’en n’ai cure et remercie chaque jour ces gens pour leur gentillesse et leur générosité à mon égard, mille fois au dessus de quelconques préoccupations matérielles.

Service de l'alcool de canne à sucre, directement au jerrican!

Service de l’alcool de canne à sucre, directement au jerrican!

Une collation en toute simplicité, composée d’une soupe de lard et des petits poissons frits en plus de l’ordinaire 土豆丝 (Tu Dou Si – filaments de pomme de terre sautés) et des brocolis sauce soja. La fin du repas (généralement) se termine soit par un bol de riz ou un bol de nouille afin d’y ajouter les restants des assiettes, accommodant ainsi la fin du repas…pfiouu!

Repos de court instant, direction une petite gare routière afin de nous rendre dans une  banlieue de la ville. Là se trouve un petit « temple » ou plutôt un jardinet en hauteur mais bien à l’abri du tourment urbain. Entrée également libre, nous grimpons les quelques escaliers pour admirer les jardins avoisinants et hauteurs de cette banlieue.

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Visite également très rapide car hormis les quelques arbres en fleurs (magnifiques de surcroit), il n’y pas grand chose à contempler. Nous nous dirigeons à nouveau vers la gare routière pour rentrer en centre ville (6Y le ticket) et j’aperçois ce qui fait de la Chine une terrible terre de contraste, à mi chemin entre cet urbanisme déshumanisé et son passé agraire, paysan entre très présent. Cette dernière image sera bien celle qui résumera le mieux ma journée du 25 janvier 2014 dans les faubourgs de 十堰 (Shiyan). Étonnant mais pas misérable pour autant, car les chinois ont toujours cette dignité à fleur de peau qui font qu’ils ne se sentent jamais misérables face à une précarité parfois extrême. Pour exemple, les parents de mon ami 盼盼 (Panpan) possèdent et vivent dans un immeuble de 3 étages qui serait considéré comme particulièrement insalubre en Europe (fils électriques en bataille, isolation inexistante, WC « roots » en extérieur, béton craquelé et cuisine peu aérée etc). Et pourtant, ces personnes ne se sentent en rien « défavorisée » ni comme habitant un habitat particulièrement précaire ; un manque de confort évident tout au plus.Du moins, c’est l’impression que j’en ai eu, toujours confronté à cet esprit qui semble animer tous les chinois : VIVRE . (活着 – Huo Zhe).

Époustouflant à mes yeux.

Époustouflant à mes yeux.

Les aventures sont loin d’être terminées ; prochain rendez vous, dans le village natal des parents de mon ami :).

Le nouvel an chinois vu de l’intérieur I : embarquement pour 十堰 (Shiyan – 湖北)

Occasion m’a été donnée, cette année, de participer aux célébrations du nouvel an chinois EN Chine même! Le calendrier lunaire étant légèrement différent du calendrier grégorien (sur lequel le gouvernement chinois se base néanmoins), la date du nouvel an « chinois » ou plutôt la « Fête du Printemps » (春节 – Chun Jie), varie chaque année. Cette célébration est également placée sous le signe d’un « animal » du folklore chinois, susceptible de symboliser un certain nombre d’augures plus ou moins favorables selon le point de vue. Cette nouvelle année a démarré le 31 janvier 2014, et c’est donc l’année du Cheval. Enfin, il convient de rappeler que  cette période de l’année est considérée comme le plus grand déplacement de population au monde

Je résume beaucoup car finalement cette petite introduction peut être complétée par une recherche simple sur internet : ici, ou encore et … Bref, mon récit ne tire pas son intérêt du nouvel an même, mais plutôt de son vécu. Car contrairement à l’année dernière, j’ai eu cette précieuse occasion de participer au nouvel an chinois et ce, avec un ami chinois au sein de famille. Pour vous faire une idée, c’est comme si un étudiant asiatique venait en France passer Noël et le Nouvel an au sein d’une famille française. Une expérience riche en couleurs, saveurs, anecdotes, que sais-je encore ; une magnifique expérience humaine…mais n’en disons pas plus!

 

Opération kamikaze : prenons le train pour aller rejoindre mon ami

Ce qu’il faut savoir sur le train en Chine, j’en ai déjà parlé à plusieurs reprises ici et, mais les contraintes du train sont « théoriquement » multipliées par 10 pendant les périodes du nouvel an chinois. L’accès à des billets en avance étant limité à 15 jours en Chine, dès l’ouverture à la vente des billets à J-15 du Nouvel an, tout part en une fraction de seconde et certaines personnes viennent jusqu’à se positionner la veille devant les guichets pour être sur d’être servi.

No comment….

L’année dernière, le site internet officiel de vente en ligne avait fait plus de mécontents que d’heureux. Acheter un billet de train me donnait donc des sueurs froides par avance. J’ai pensé aux bus long distance, mais je suis moins à l’aise pour ce type de transport, les villes chinoises regorgeant de gares routières toutes spécialisées dans une direction géographique bien précise. De plus, les billets n’étaient ouvrables que J-5, pire que le train. Pour ce qui est de l’avion, la ville de destination étant dépourvu d’aéroport, le prix des billets en général…et la distance de 400 km avec 西安 (Xi’an) ne me permettait pas non plus de prendre cette alternative au sérieux. Donc le train…

Je tente d’acheter un billet sur le site dédié : http://www.12306.cn/mormhweb/ . Pas de version en anglais, mais mon niveau de chinois me permet aisément de naviguer dessus (ouais, je me la pète grave, mais « je te merde » en même temps, comme dirait l’autre^^). Pour les amateurs, il convient d’ouvrir ce site en précisant bien sur votre navigateur (Internet Explorer, Chrome etc…) qu’il s’agit d’un site de confiance, sinon vous ne pourrez pas procéder à quelconque achat. C’est dire l’amateurisme du département ferroviaire quand à la conception du site…bref!

A mon grand étonnement, j’arrive parfaitement à acheter un billet assis, pour le 24 janvier 2014, direction la ville de 十堰 (Shiyan) dans le 湖北 (Hubei). Mais quelque chose me dit que je ne serais pas seul dans cette aventure.

La salle d'attente avant embarquement

La salle d’attente avant embarquement

C’était jaune noir de monde comme vous pouvez le constater. La bonne nouvelle, c’est que le train démarre depuis 西安 (Xi’an), ce qui veut dire que toutes les places sont libres avant embarquement, et qu’il n’y aura pas à jouer des coudes avec d’éventuels passagers déjà installés, un moindre mal.

On s’était dit rendez vous à 十堰

La ville de 十堰 (Shiyan) se trouve dans la région juste au sud du 陕西 (Shaanxi), c’est à dire le 湖北 (Hubei « Au nord du Lac »).

Ville de l’extrême Nord-Ouest du Hubei (http://www.chine-informations.com/guide/hubei_1860.html)

C’est parti donc pour 7h de train pour effectuer un peu plus 400km… . Voyage sans encombre mais une nouvelle fois, en tant que curiosité du wagon, un des passagers ne m’a pas lâché la jambe. Impossible de se reposer, obliger de faire semblant d’écouter ce qu’il avait à dire, d’autant plus que qu’il parlait suffisamment fort pour attirer l’attention des autres passagers (qui par la teneur de la conversation et le volume, ne pouvaient être qu’intéressés). J’ai du batailler avec les classiques interrogations du : « Est-ce que tu es marié ?« ,  » Tu es habitué à la nourriture chinoise ? » etc. mais j’ai aussi du batailler avec un interlocuteur donc l’accent du 湖北 (Hubei) était particulièrement prononcé, et me donnait l’impression de rarement comprendre ce qu’il disait. Quoiqu’il en soit, je ne me faisais pas d’illusion sur le fait de passer un trajet plus tranquille, c’est la « chinese touch«  : curiosité + générosité X culot + indélicatesse ^^ (J’adore perso).

La gare de 十堰 (Shiyan)

La gare de 十堰 (Shiyan)

Une fois arrivé, mon ami danseur 盼盼 (Panpan) originaire donc de la ville, vient me chercher avec sa soeur (fausse jumelle), pour me déposer à l’hôtel et me reposer… Durant le trajet en voiture, j’ai le plaisir de découvrir une ville vallonnée, ce qui tranche radicalement avec ma ville de 西安 (Xi’an) désespérément plate.

Le repos sera de courte durée puisque je suis ensuite présentée à la famille qui habite un immeuble proche de l’hôtel, et qui se tient à l’extérieur tout en grignotant d’inombrables graines de tournesols en se chauffant autour d’un petit foyer au charbon. Le temps est étrangement doux et sec, et l’on peut presque sentir les prémisses printanières annonciatrice du nouvel an chinois.

Peu de mots sont finalement échangés, la curiosité doublée d’une dose de timidité réciproque (rapidement brisées) en étant la cause principale.

Le soir je suis invité à festoyer (diner et boire) chez la grand-mère de Panpan qui habite également non loin. Nous sommes désormais considérés comme une région du « Sud », si bien que le chauffage central ou au gaz n’est plus déployé aussi systématiquement que dans le « Nord » dont 西安 (Xi’an) fait parti. Quoiqu’il en soit, la famille de Panpan semble vivre dans un cadre de vie assez modeste et humble, soulignant ainsi sa générosité et son sens de l’accueil, le chauffage étant un confort plutôt secondaire (mais existant toutefois).

Rudimentaire mais convivial, et c'est bien l'essentiel

Rudimentaire mais convivial, et c’est bien l’essentiel

Le diner se prendra à l’heure chinoise (c’est à dire entre 18h et 18h30) et sera copieusement arrosé de 白酒 ( Bai Jiu- alcool blanc). Il ne s’agit pas d’un alcool en particulier mais plutôt d’une catégorie d’alcool dit « blanc » est qui peut être à base de riz, de blé, de sorgho etc. En l’occurrence, c’était de l’alcool de canne à sucre (甘蔗 – Gan Zhe) distillé maison (et stocké dans un jerrican de 5L…des malades!). Sans surprise, ça déchausse les dents et détache l’œsophage au passage, mais c’est à ce moment là que j’ai marqué les points les plus importants auprès de sa famille, quand ils se sont aperçus que je savais boire, et que j’enquillais les verres sans broncher. La curiosité a été remplacée par une sorte d’admiration (j’ose le mot)! Et à partir de là, tout était lancé, je faisais parti de la famille (ça se paie cher quand même ^^). Ils ne se doutaient pas non plus que j’avais un excellent coup de « baguettes  » (bah oui, on peut pas dire « coups de fourchette », suit un peu!)

A l'attaque!!

A l’attaque!!

En vrac (et en résumé), vous trouverez des oreilles de cochons en fines lamelles vinaigrées, des œufs de 100 ans, des tranches de concombres, des tranches de lard très gras et sautées aux oignons, des tranches de rhizome de lotus, des pousses de soja, des ligaments de cochons en sauces …. . Un pur délice et ça a tout autant étonné la famille de Panpan que je sois aussi familier avec ce type de gastronomie (introuvable dans les restaurants dit « chinois » en France).  Double ration de « bons points » et une panse explosée seront le résultat de cette première soirée à 十堰 (Shiyan)…et ça ne sera pas la dernière à finir ainsi, loin s’en faut 🙂 .

A suivre… (mieux que « Game of Thrones »…avoue!)