1 an et demi à étudier le chinois, et ce n’est pas fini…

Depuis septembre 2012, l’étude du chinois accapare pour ainsi dire 100% de mon temps. Vivre en Chine, c’est vivre la langue  chinoise, la seule capable de véhiculer la richesse de la culture et des traditions chinoises. C’est aussi la seule dans laquelle les chinois daignent s’exprimer quand ce n’est pas pour se réfugier derrière leur patois local : exit l’anglais et autres langues « internationales », ça ne vous sera qu’une d’un très faible utilité, mais ça, je l’ai déjà expliqué plus d’une fois ici et ici.

Je reste toujours aussi interdit quand je rencontre des expatriés, notamment à 西安 (Xi’an), qui après certaines années sur place ne pètent toujours pas un mot de chinois. Quel gâchis! Je m’interroge vraiment sur la motivation de ces personnes qui débarquent en Chine soit en ayant l’intention d’apprendre le chinois (mais abandonnent au bout d’un mois, face à l’ampleur de la tâche), soit qui ne s’y consacrent même pas, si ce n’est pour apprendre à dire « Bonjour » et « Au revoir ».

L’apprentissage du chinois est une histoire de méthode, et chacun a forcément la sienne…à condition encore d’y travailler. S’il est vrai que l’on peut rapidement se retrouver confronté à un mur, tant le chinois est une langue sans le moindre point commun avec nos langues indo-européennes (encore que…), votre volonté à vouloir demeurer dans ce pays et à chercher à comprendre ses habitants, ses us et coutumes, son histoire, déterminera votre aptitude à progresser en chinois. Et je mets de côté les expatriés qui côtoient les chinois plus ou moins anglophones : la langue de Shakespeare ne permet pas de comprendre toute la symbolique et les raffinements du chinois. De plus, ce sont souvent des chinois trop heureux de chercher à se faire des amis européens et qui auront rarement le réflexe de vous parler de la Chine dans ses aspects les plus « basiques« , les plus « pittoresque« , par peur de provoquer le désintérêt de certains expatriés clairement hypnotisés par l’exotisme « clean » chinois.

Mais revenons en à l’étude du chinois.

 

Sonnez le tocsin, c’est la rentrée du 2nd semestre

Comme à chaque début de semestre, nous prenons connaissances de l’emploi du temps. Sachant que j’ai commencé au niveau 2 (sur 8), me voilà propulsé au niveau 5 (五班 – Wu Ban) après 1 an et demi de cours intensifs. Et ce semestre s’annonce plein de changement par rapport aux précédentes rentrées.

On passe désormais de 20h à 24h de cours par semaine dont 4 heures sont dispensées en après midi. La part des cours de pure langue diminue une nouvelle fois pour faire place à des cours culturels ou plus « élaborés ». Par exemple : exit le cours de 听力 (Ting Li – Ecoute intensive). Maintenant, on estime que le niveau atteint en chinois est suffisant pour se passer clairement d’un cours strictement dédié à l’écoute.

Le cours de 精读 (Jing Du – Lecture intensive / Cours de synthèse) reste à 6h par semaine et reste le cours le plus important et qui permet de vraiment bien progresser en chinois. A compter du niveau 5, la grammaire n’est que très peu abordée en raison de son poids bien moindre dans la langue chinoise qu’elle ne l’est en français. Tout est question d’enrichissement de vocabulaire et de son utilisation.

Le cours de 口语 (Kou Yu – Oral) reste à 4h comme le semestre dernier et le cours de 写作 (Xie Zuo – Écriture) reste à 2h semaines (et c’est toujours aussi soporifique d’ailleurs).

Bref, rien de bien passionnant à première vue. Mais il reste donc 12h de cours qui ne sont pas plus en rapport direct avec la langue chinoise (en comparaison aux rentrées dernières)…vraiment aucun rapport ?

 

Le chinois comme les étudiants chinois et en chinois …tu étudieras.

La particularité de notre institut de langue chinoise est qu’il sert également de centre de formation pour les étudiants chinois cherchant à devenir professeurs de chinois à leur tour. Professeur de chinois s’entend aussi bien comme un prof de chinois pour les chinois (comme nos professeurs de français au collège, lycée) que pour les étrangers (l’équivalent de la matière Français Langue Etrangère – FLE). C’est aussi pour cela que j’avais choisi cette université, car elle est réputée pour son centre de formation des professeurs à l’enseignement du chinois sous tous ses aspects… Et les aspects sont forts nombreux comme le dévoile le planning de ce semestre.

 

Cours de lecture intensive de journaux (报刊阅读 – Bao Kan Yue Du) – 2h/semaine

L’intitulé parle de lui-même : cours de lecture de coupures de presse avec analyse du vocabulaire dédié et de certaines tournures grammaticales récurrentes. La semaine dernière, le professeur a préféré perdre mettre à profit les 2 premières heures de cours afin que nous nous présentions tous mutuellement…alors que nous nous connaissons déjà tous pour la plupart…je sens que le professeur me gonfle déjà…. . C’est d’ailleurs assez dommage étant donné que le contenu de l’ouvrage semble vraiment très intéressant et utile. Nous verrons bien demain.

 

Le cours de chinois moderne (现代汉语 – Xian Dai Han Yu) 2h/semaine

Voilà le cours que je ne vais pas aimer! Après déjà 4h à essayer de comprendre le but ultime du cours, je pense avoir déjà laissé tomber. Il s’agit en fait d’un cours à la croisée de la phonétique et de la linguistique pure. Les timbres, les sons, la structure des syllabes. Parfaitement indigeste, même si cela avait été enseigné en français d’ailleurs! Je me rendrais toujours en cours mais honnêtement, en tant qu’auditeur passif. Dommage car les 2 premières heures laissaient entrevoir un contenu plus intéressant et moins aride, vu que le professeur nous avait présenté les différentes sonorités des dialectes chinois.

Cours d’histoire ancienne de Chine (中国古代历史 – Zhong Guo Gu Dai Li Shi) 2h/semaine

Cours dispensé par notre professeur d’histoire de l’année dernière. Sauf que là, le cours est en chinois et l’on commence au temps de la préhistoire chinoise jusqu’en 1840. Le professeur a au moins le mérite d’avoir une locution claire et compréhensible et d’ étayer son cours avec une rétroprojection, ce qui rend la compréhension bien moins difficile. Un de mes cours préféré.

Le cours de « Écoute, observation et conversation » (高级视听说 – Gao Ji Shi Ting Shuo) 2h/semaine

Petit aperçu de ce cours avait été fait au semestre dernier. La trame de base est la suivante : visionnage d’un dessin animé ou d’un passage de film puis on discute de ce que l’on a vu avec la classe. D’apparence trivial, le semestre dernier, cette matière s’est révélée être un pur calvaire : professeur démotivant et idiot, dessins animés intéressants mais tous muets, vocabulaire étudié extrêmement compliqué et inutilisable au quotidien et enfin, un livre pourri! Donc ma participation à ce cours pour ce semestre était pleine de préjugés. Vite envolés avec un professeur dynamique, un livre bien ficelé avec des rappels grammaticaux et surtout une approche « utilisable au quotidien » des structures et du lexique. C’est également un de mes cours préféré. Les dessins animés en question ont été élaborés expressément pour les apprenants en chinois et permettent donc également de comprendre certains pan de la culture populaire chinoise. Également un de mes cours préférés.

Le cours de culture des caractères chinois (汉字文化 – Han Zi Wen Hua) 2h/semaine

Voici mon cours préféré et certainement le plus compliqué. Intéressant parce que grâce à ce cours, on retrace l’histoire de l’écriture et de l’élaboration de chaque sinogramme (par famille). Formes évoluant au travers des siècles, voire des millénaires, avec des changements de styles aux noms bien particuliers (chez nous on parlerait de l’écriture gothique etc…). Être attentif à ce cours, c’est aussi comprendre tout le cheminement de pensée de la langue chinoise mais aussi la culture chinoise. Ce cours illustre parfaitement bien mon propos qu’en à l’apprentissage de cette langue. Comprendre la Chine c’est d’abord apprendre à la parler et ainsi en découvrir les secrets historiques et culturels ; pourquoi passer à côté d’une telle aventure ?

Ce cours est aussi le plus difficile car il nous confronte à un pan culturel qui n’est pas évident pour les occidentaux. Ajoutez à cela que le cours est enseigné dans un chinois plutôt académique. Au moins le professeur est motivé et tente d’être le plus pédagogique possible même si ce n’est pas évident.

Le cours de géographie (中国地理 – Zhong Guo Di Li) 2h/semaine

Tout est dans l’intitulé du cours, j’aurais du mal à digresser dessus hormis le fait que ce cours recoupe également quelques éléments de culture chinoise. Le professeur est de bonne volonté mais relativement soporifique et se contente de nous faire lire le livre dont la structure éditoriale me paraît très bizarre : on prend les 23 régions chinoises et autres districts autonomes puis pour chacun, on lui dédit un chapitre qui résume son histoire, sa géographie, ses lieux remarquables, ses spécialités culinaires et le tempérament de ses habitants….un catalogue de banalités plus qu’un vrai livre d’étude géographique…Bref, je n’exclus pas pour autant d’y apprendre quelque chose mais j’aurais plus vite fait en lisant l’ouvrage par moi même.

Voilà donc mon programme (fort chargé) pour ce semestre….mais je m’en sortirai ^^

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Petites digressions sur l’étude du chinois en Chine et au quotidien

Voilà plus d’un an que je suis à 西安 (Xi’an) en Chine, pour étudier le chinois (original…) et y poursuivre ma simple existence. L’apprentissage de la langue est donc ma préoccupation majeure quotidienne : elle ne me quitte et est une réalité de tous les instants. En Chine, seule la langue chinoise compte et rares sont les interlocuteurs capables de tenir une conversation en anglais (je ne vous parle même pas du français…) tout en étant intéressant et intellectuellement stimulant. On en revient toujours à parler chinois. Mais voilà, brisons immédiatement un tabou : après 1 d’apprentissage sérieux, je suis très très loin de maitriser la langue de Confucius aussi frustrant que cela puisse paraître.

En disant cela, j’en étonnerais quelques uns, persuadés qu’en restant dans un pays étranger, à parler la langue du « peuple » 24h/24h, on devient forcément bilingue. Je serais tenté de dire que cela marche surement avec des langues proches de notre langue maternelle (et encore) tel l’espagnol, l’italien, l’anglais etc. Mais pour le chinois (et ça vaut aussi pour le coréen, l’arabe, le japonais…), c’est loin d’être le cas, tant les différences de structuration du langage sont énormes.

Bien sur, après 1 an d’apprentissage du chinois, si je fais la comparaison avec mon arrivée en août 2012, c’est le jour et la nuit en terme d’aptitude à communiquer en chinois. Mais voilà, le chinois fait parti de ces langues (comme tant d’autres je suppose) qui provoquent une forme d’insatisfaction permanente quand à notre aptitude à le parler, à la comprendre, à le lire. Et le temps passé à en assimiler toutes les arcanes est gigantesques pour des progrès qui nous paraissent tellement minimes, voire négligeables. On se croirait confronté au tonneau des Danaïdes

Me concernant, j’ai listé les 3 principaux « obstacles » qui me donnent cette impression permanente que je ne maitriserais jamais (je mets au conditionnel, histoire de ne pas passer pour un désespéré^^) la langue chinoise. Car maitriser une langue étrangère, c’est aussi comprendre sa construction, ses ressorts sémantiques, sa logique grammaticale ou lexicale, les raisons de la formation de tel ou tel mot, voire expression. Et c’est d’autant plus complexe dans une langue aussi différente que le chinois.

Langue parlée, langue écrite, langue ancienne : 口语 书面语 古代汉语 (Kou Yu – Shu Mian Yu – Gu Dai Han Yu)

Comment toutes les langues, le chinois distingue savamment les formes du langage dit « parlé » (utilisé dans 70%-80% des situations), du langage « écrit » (que l’on retrouve dans les journaux, les textes en tout genre, mais aussi dans le cas de conversations plus « relevées ») et du langage « ancien » (en comparaison, le « vieux français »).

  • Le 口语 ou le langage de tous les jours

Pour ce qui est d’appréhender le langage du quotidien, le langage du « peuple » (老百姓 – Lao Bai Xing – « les cent vieux noms »), pas de problème : c’est l’utilisation au quotidien du chinois, avec les professeurs, les commerçants, les camarades de classe, l’administration. Cette capacité à utiliser le langage parlé s’accroit au fur et à mesure que l’on converse avec les autochtones et que l’on apprend les interminables listes de vocabulaire. Là où ça se corse, c’est quand les autochtones en question tombent dans leur travers préféré : l’utilisation du chinois dialectal.

En effet, la Chine regorge de multiples dialectes locaux plus ou moins (plutôt moins que plus parfois) proches du 普通话 (Pu Tong Hua), le chinois officiel. Et il s’avère que les locaux ont une tendance assez automatique à utiliser leur propre dialecte pour entamer une conversation, voire la continuer, même si vous êtes un 老外 (Lao Wai – étranger). Ça peut s’avérer rageant, dans ces circonstances, d’essayer d’imposer votre chinois bien policé, quand votre interlocuteur ne semble pas faire l’effort de s’y plier. D’un autre côté, parfois cela vous permet d’être confronté à des situations « indirectement » gratifiantes. Par exemple, la semaine dernière je suis allé acheter 2-3 petites choses dans l’échoppe en face de mon immeuble. Le vendeur m’a complimenté sur mon chinois en me disant que mon chinois officiel était bien meilleur que le sien. Ça ne mange pas de pain, mais ce genre de petites gratifications fait beaucoup de bien au moral.

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  • Le 书面语 ou langage « des livres »

Voilà une facette du chinois qui m’interpelle pas mal de fois quand je suis en classe. En effet, plus que le français, il y’ a bien un chinois « littéral » voire « littéraire » que je n’ai pas l’impression de distinguer aussi nettement en français. Bien sur, nous parlons en France de langage « soutenu » avec son lexique adapté mais la frontière entre les 2 types de facette linguistique me parait bien plus floue (surement dû au fait que le français est ma langue maternelle). Mais je reste étonné par la propension qu’ont nos professeurs à nous indiquer si tel ou tel mot est du « 口语 » ou du « 书面语 » . Si bien que lorsque vous tentez d’utiliser à l’oral certaines tournures dites « littéraires », vous êtes repris par votre professeur. Comme si chaque mot avait nécessairement son pendant littéraire et son pendant oral ; chose que je n’ai pas l’impression de retrouver en français (mais je me trompe surement aux yeux des linguistes).

Ajoutez à cela une multitude de synonymes dont les subtilités sont parfois aussi improbables qu’obscures, et vous vous retrouvez dans une sacrée mayonnaise au moment de vous adresser à votre interlocuteur, faisant tournoyez en symphonie de mots, tout votre vocabulaire, à la recherche du terme le plus approprié.

La subtilité dans la distinction de chaque synonyme se trouve aussi dans la qualité de votre interlocuteur, l’effet caste sociale se ressentant très clairement. Certains mots sont en ce sens utilisés strictement dans le cadre de relations verticales (subordonnant-subordonné). Par exemple: le mot 容许 (Rong Xu) signifie « permettre, autoriser, donner son accord pour » quelque soient les circonstances. Par contre, votre chef utilisera le terme 允许 (Yun Xu), qui veut dire strictement la même chose, mais dans cette fois-ci dans un cadre de hiérarchie descendante. Et ce mot sera plus catégorisé dans l’aspect 书面语 que le langage « parlé » stricto-sensu .

  • Le 古代汉语 ou chinois ancien

Je suis moins expert dans ce domaine vu que mes cours en la matière ne débuteront que le semestre prochain. Grâce aux explications de mon amie Sarah, j’ai pu en tirer quelques enseignements qui n’annoncent rien de bon quant à la facilité de cette option au semestre prochain.

En « vieux chinois », l’expression orale se faisait notamment par des mots mono-syllabiques, là où le chinois moderne tend vers un vocabulaire à doubles syllabes. De plus, certains mots ont évolué quand à leur sens premier et qui en chinois moderne, signifient totalement autre chose. Par exemple, le terme 温 (Wen) avait pour signification première « réviser, revoir » et été utilisé comme tel par Confucius (孔子 – Kong Zi). Désormais ce mot veut dire « doux, chaud » et est employé pour former les mots tels que 温度 (wen Du – température), 温顺 (Wen Shun – doux, docile), 温柔 (Wen Rou – tendre, doux).

Enfin, le vieux chinois a la fâcheuse manie d’économiser l’emploi de mots, de sinogrammes tout en maximisant leur sens, leur signification. Si bien qu’avec 4 sinogrammes, en traduction, cela vous donne carrément une phrase entière. Ce qui me permet de faire la transition avec les expressions chinoises, 2e obstacle.

成语 (Cheng Yu) 俗语 (Su Yu) et 谚语 (Yan Yu) : quand le chinois est véhiculé par ses expressions populaires

Voilà ce que j’appellerais mon cauchemars à proprement parlé et cela ne va pas s’arranger avec la difficulté croissante des textes que j’étudie, promptes à employer expressions, dictons et autres sagesses populaires à tour de bras.

Malgré une relative pauvreté en terme de phonèmes et diphtongues , le chinois se veut une langue très poétique quand il s’agit d’illustrer un propos, une situation ou un état de fait. Là où la beauté d’un discours en français peut se révéler au travers de la richesse musicale, de la sonorité du phrasé, la langue chinoise privilégie une certaine harmonie, un certain équilibre dans la phrase et surtout, l’emploi d’expressions pléthoriques. Ce qui me donne une réelle impression d’être confronté en permanence à d’innombrables expressions dont je ne saisis pas bien le sens notamment en l’absence d’une réelle traduction tant en français qu’en anglais (parfois même traduction erronée).

Car comprendre et assimiler les expressions en chinois revient à devoir se pencher sur l’historique de leurs formations et mais aussi à comprendre les ressorts culturels et historiques qui animent l’expression. Et ça, je n’y arrive tout simplement pas étant donné que je n’arrive pas à traduire « correctement » 80% des expressions auxquelles je suis confrontés. Le mieux est encore de se le faire expliquer en chinois, mais même sur ce point, on a l’automatisme de vouloir à tout prix mettre une traduction nette et sans bavure pour assimiler la dite expression…ce qui s’avère 9 fois sur 10 être un fiasco.

Prenons un exemple facile et typique dans sa structure (4 sinogrammes) : 入乡随俗 (Ru Xiang Sui Su), ou « A Rome fait comme les Romains« . Il s’agit de mon expression favorite tant par sa facilité d’assimilation, que par son actualité. En effet, c’est bien la 1er leçon à suivre quand on arrive en Chine, « faire comme les chinois » quitte à pousser à l’extrême ce raisonnement, en reproduisant consciemment leurs travers dans la vie quotidienne ; ce que je ne me gène absolument pas de faire (exemple : jouer des coudes pour rentrer dans un bus, ne pas faire la queue à un guichet, parler fort, fumer n’importe où etc…).

Classe!

Classe!

Mais d’autres expressions, tant par les sinogrammes qui la composent, que par le sens profonds qu’elles revêtent , rendent l’exercice de compréhension ET DONC d’utilisation beaucoup ardu. Et pourtant, il est assez impératif de savoir utiliser ces expressions et autres adages tans les chinois en usent (et en abusent!), aussi bien les jeunes que les vieux chinois. Combien de fois je me suis entendu dire par mes amis chinois, demander à leur interlocuteur de reformuler leur phrase pour cause d’utilisation excessive de 成语, car ils savaient pertinemment qu’ils m’avaient perdu en pleine conversation.

Ma difficulté à appréhender cette typologie de discours, revient aussi au fait que je n’ai pas l’impression que nous utilisons autant d’expressions en français. Nous utilisons en effet beaucoup de 俗语 (Su Yu) comme « Pas de quoi fouetter un chat » ou encore « Parler l’anglais comme une vache espagnole« , mais pas autant qu’en chinois à mon sens. Je vous avouerai que ce n’est pas tous les jours que je dis « pierre qui roule n’amasse pas mousse« …eh bien les chinois si! Si bien que je me suis braqué et la présence dans un texte du moindre 成语 (Cheng Yu – expression) suffit à me faire décrocher quand bien même celui-ci serait aisé à comprendre ; c’est devenu psychologique.

Autre difficulté à la lecture d’une expression en chinois, il s’agit de l’assemblage des caractères qui la composent. Pris individuellement, ils sont faciles, courants et compréhensibles. Mais vous devinez immédiatement la présence d’un 成语 car leur addition ne suppose pas un résultat « évident » en terme de compréhension. Par exemple : 六亲不认 (Liu Qin Bu Ren) littéralement « 6 proches que je ne connais pas« . Mais la signification exacte est « le fait de refuser d’accorder quelques chose à l’un de ses proches, de ne pas faire de faveur à un proche« . Autre exemple, plus poétique: 死去活来 (Si Qu Huo Lao) littéralement « La mort va, la vie vient« . Mais le sens exact est plutôt « avoir une syncope et revenir à soi » ; cette expression est souvent associée à un verbe pour préciser l’intensité extrême de l’action.

Heu...

Heu…

Entendre, écouter, se tromper : de la difficulté de progresser en 听力

Voici le 3e obstacle qui me prend à la gorge tous les jours et qui s’avère être la source de mon mécontentement permanent sur mon niveau de chinois : la compréhension auditive ou en chinois 听力 (Ting Li).

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Depuis le début de mon apprentissage du chinois, c’est bien le domaine qui me pose le plus de problème. Comme un sentiment de frustration permanente au point que la semaine dernière j’ai quitté un cours de 听力 pendant la pause, fou de rage de ne pas avoir compris un traitre mot du texte à l’étude et sur lequel le professeur venait de m’interroger. Trop de rage de ne pas comprendre 100% des phrases de mon interlocuteur, trop de colère de ne pas comprendre l’entièreté de son propos et de tenter d’en deviner une partie au travers d’autres indices. Combien de fois n’ai-je pas dit « 我明白了 » (Wo Ming Bai Le – J’ai compris) alors que c’était tout l’inverse, afin de ne pas me ridiculiser devant mon interlocuteur ? Mon progrès le plus significatif est de ne plus avoir peur d’écouter mon interlocuteur parler même si je suis à peu près convaincu du résultat final, c’est déjà ça de pris.

La passion que j’ai pour cette langue ne faiblit pas, au contraire et c’est bien ce qui m’aide à tenir au quotidien même si parfois, la fatigue, le stress, l’instabilité provoquent un peu le découragement.

Le fait est qu’à mes yeux, le 听力 (Ting Li – l’écoute) est plus complexe à « entretenir », à développer par rapport aux autres facettes de la langue.

Améliorer sa compréhension écrite ? Il suffit de lire textes sur textes et d’assimiler au fur et à mesure le vocabulaire, les progrès sont visibles rapidement.

Améliorer sa capacité à écrire en chinois ? Dictées à gogo et rédactions à la chaine, y’a pas mieux et ça se ressent vite.

Améliorer ses capacités orales ? Converser sans cesse avec les chinois qui attisés par la curiosité, se feront un plaisir d’être votre interlocuteur.

Améliorer son écoute ? Écouter la musique chinoise (que j’exècre), aller au karaoké (que j’abhorre), écouter la radio, regarder la TV…mais quand vous n’y comprenez rien, c’est vraiment difficile d’y trouver un aspect ludique. Et inévitablement, le niveau stagne, avec cette impression que ça ne peut qu’empirer.

Une des grande difficulté du chinois pour les européens est la faiblesse des phonèmes et l’aspect tonal de cette langue. Si bien que l’on a l’impression que le propos en chinois n’a que peu de richesse sonore, peu de variations, donnant la perception que notre interlocuteur dit la même chose en boucle, le fameux « Tching Tchang Tchong » (avec la bouche pleine!)

Hélas pour cet aspect, pas de solution miracle. Apprendre en continue du nouveau vocabulaire, l’utiliser au maximum et assimiler les idiomes, reste à mes yeux la meilleure technique. Et bien évidemment, regarder la TV et je m’astreins donc à regarder une sitcom un peu daté qui s’appelle 家有儿女 => http://www.verycd.com/entries/505803/ .

Mais comme dirait les autres en France « on ne lâche rien », et je continue un peu comme un chemin de croix à essayer de mieux comprendre ce que l’on me dit même si c’est le parcours du combattant au quotidien. Mais la Chine et le chinois seraient ils si mystérieux s’ils révélaient aussi facilement leurs secrets ? Pas si sur finalement…

Dédicace pour mon père, me reprochant qu’il n’y a pas assez de « fille » sur mon blog…