Qu’est ce qu’on mange

Cela un petit bout de temps que je ne vous avais pas fait part de mes expériences culinaires. Non pas qu’elles étaient sans intérêt mais plutôt qu’elle se distinguaient pas vraiment les unes des autres. Et je n’ai pas trop envie de vous ressortir du réchauffé. Je vais donc en profiter pour vous présenter 1 plat assez présent dans le 陕西. Par le même occasion, je vous montrerai ce que l’on entend par boui-boui ou gargote en Chine.

 

Mais au fait, c’est quoi un « boui-boui » en Chine ?

Pour caricaturer, c’est le genre d’endroit dans lequel aucun occidental n’aurait envie de mettre les pieds…dans son propre pays ; je m’explique. En France, l’un des qualificatifs récurrents à propos des restaurants Kebab/donner/grec c’est bien le manque d’hygiène apparent ET sous-jacent. Mais, on y va quand même (parfois). Et bien en Chine, c’est pareil sauf qu’en comparaison, les restaurants de kebbab sont des modèles d’hygiène et de propreté. Quand on voit les cuisines ou les alentours, c’est une incitation à la diète. Les inspecteurs de l’hygiène français en feraient une attaque cérébrale. Pas de tout à l’égout, les fonds de bols (souvent avec beaucoup de jus) sont versés dans un grand fut en plastique. Ce dernier est récupéré par un espèce d’éboueur spécialisé que l’on croise très régulièrement en ville. L’eau de vaisselle…j’en suis à me demander si elle est changée plus de 2 fois par jour etc. C’est bien simple, je n’ai jamais vu l’un de nos professeurs se rendre dans pareils endroits pourtant prisés par les étrangers et les « paysans » : trop sale, qualité douteuse des produits, fraicheur et chaîne du froid non respectées.

Mais pourquoi y aller ? Je vous donne les 3 raisons qui m’y incitent (mais peut être que d’autres en ont d’autres) :

  • Le prix : imbattable ! On ne dépasse jamais les 15Y par personne (normalement constituée) et c’est plus souvent 10Y le bol ou le plat. Ca ne lésine pas sur les doses!
  • Le goût : c’est simple, les plats chinois les plus goutus, c’est dans une gargote que je les ai mangés. Goût prononcé, avec une vraie « patte » du cuistot, loin des plats globalement insipides des grands restaurants.
  • L’authenticité : y’ a pas mieux! On mange en chinois, avec les chinois du « terroir » qui s’étonnent de votre présence à chaque instant. On vit à la chinoise en mangeant dans ces endroits, c’est indéniable! C’est souvent une cantine pour le midi ou pour sorties de bureau tardives.

 

Pour reconnaitre un bon boui-boui, voici les éléments indispensables :

Tout d’abord, un intérieur peu avenant, relativement crado et donc le souci de décoration …est bien le dernier souci du patron! Des tables avec des tabourets (de pic-nique, souvent) bien luisantes d’avoir été nettoyées avec la même serpillière poisseuse et sans savon. Il est fortement recommandé de ne pas poser plus que ses coudes ou ses poignets sur la table. On évite absolument également de récupérer la nourriture que l’on fait tomber de son bol sur la table : ça fait « mendiant » et c’est vraiment pas recommandé (rapport à la serpillière). On reconnait aussi le bouibui à ses bouteilles d’eau minérale réutilisées en flacon à vinaigre ainsi que le rouleau de papier toilette qui fait office de mouchoir. Enfin, une petite corbeille à papier git sur le côté de chaque table afin de recueillir papiers et autres mollards…

Les murs décrépis et relativement poisseux s’ajoutent au décor, et ça donne :

Alors?

Alors?

Les chinois sont réputés « pragmatiques ». Ainsi, avant de rentrer dans un boui-boui, il est important de savoir ce qu’il propose et à quel tarif. Là encore, la grille tarifaire consiste généralement en un panneau en tissu ou en plastique lavable, négligemment accroché au mur. Les prix et la disponibilité des plats étant modifiés à la mano :

Au menu ce soaaaareee...

Au menu ce soaaaareee…

Le boui-boui chinois c’est aussi avoir l’impression que la salle de « restauration » est intimement mêlée à la pièce à vivre du patron et de sa famille, comme si c’était l’extension de leur salon ou de leur cuisine. Ce n’est pas le cas dans toutes les gargotes mais ça n’a rien d’étonnant non plus d’entreposer les denrées sur le bureau d’ordinateur.

Salle internet option poireaux!

Salle internet option poireaux!

Enfin le boui-boui chinois c’est son fameux bol de gousses d’ail et son pot à piment à disposition du client qui pourra agrémenter à loisir son bol de nouilles, si de saveur il manque. Car oui, les habitants de 西安 (Xi’an) et ceux du 陕西 (Shaanxi, la région administrative dont Xi’an est la préfecture) aiment manger pimenté, aillé…et vinaigré!

Gloups!

Gloups!

 

Bon, mais alors…qu’est ce qu’on mange au fait ?

On y vient, hein?! Poussez pas! Le temps se rafraichit progressivement et les pluies récentes incitent à commander des plats plus roboratifs et faisant la part belle aux spécialités en bouillon. J’ai donc eu le plaisir de gouter ce que l’on appelle un 砂锅 (Sha Guo – litteralement : une cocotte en « sable », en terre cuite). Il s’agit donc d’une petite cocote de terre cuite, posée à même le feu et dans lequel est incorporé un bouillon (de viande, semblerait-il…on ne le saura jamais dans ce genre d’endroit), auquel on ajoute divers lanières de tofu, des « lianes » d’algue sèche, des biscuits torsadés (typiques de 天津, Tianjin, Sud-Est de Pekin), 1 ou 2 boules de viande, des oeufs de caille et de la saucisse en morceau. Ensuite, selon les variétés de 砂锅 (Sha Guo) vous pouvez avoir en sus : des fines pâtes de riz (米线 – Mi Xian), du 麻食 ou 麻什(Ma Shi – sorte de petites pâtes en forme d’oreille, typique du 陕西 et du 甘肃 – Gansu), des tranches de pomme de terre (土豆片 – Tu Dou Pian) ou encore des pâtes instantanées (方便面 – Fang Bian Mian). Le tout pour 7Y (même pas 1€). Ca tient au corps et le petit plus est encore d’accompagner cela d’un bon 肉夹馍 (Rou Jia Mo – petite sandwich de viande). J’ai opté pour le 砂锅麻食. On en redemanderait presque. Bon ap!

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« C’est sympa chez toi »

Petite « private joke » pour commencer cet article concernant mon nouvel environnement de vie quotidienne. J’annonce tout de même l’absence de changement majeur par rapport à l’année dernière vu que j’habite dans la rue parallèle suivante (cherchez le petit brousouf vert « 起 », c’est là que j’habite).

Où est...?

Où est…?

Encore une fois, je suis à moins de 10 minutes à pied de l’Université, ce qui est diantrement (ça y’est je l’ai placé!) efficace quand on voit la fournée de bus prêts à dégueuler leurs passagers à chaque arrêt. Encore une fois je peux remercier mon colocataire qui s’est donné beaucoup de mal pour trouver cet appartement. Nous avons du changer de « complex » immobilier vu que celui de l’année dernière avait drastiquement augmenté ses tarifs. Mon loyer précédent étant passé de 1400Y à 1700Y hors charges ( 205€ par mois) pour 40m² habitables.

Cette fois ci l’appartement est un petit 2 pièces de presque 50m² avec air conditionnée. L’immeuble est flambant neuf et habitable mais il y’a encore peu d’habitants et l’on croise plus souvent dans l’ascenseur les ouvriers qui finissent les appartements que leurs occupants. L’immeuble, qui se nomme « 蓝山公馆 » (Lan Shan Gong Guan – « La Mansion de la Montagne Bleue »), se trouve au bout d’une petite allée en cul de sac et agréablement ombragée par platanes. Ces derniers sont d’ailleurs communément appelés « 法国梧桐 » (Fa Guo Wu Tong – Les platanes français).

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Soit dit en passant je me suis mis au mode de vie chinois en ne prenant mes petits déjeuners qu’à l’extérieur : 包子 (Bao Zi – Petit pain cuit à la vapeur et fourrés…à pleins de trucs au choix)  au tofu et au chou blanc sauce soja [1Y à 2Y chacun], des 夹馍(Jia Mo – « Chausson » de pain avec farce au choix, je recommande les champignons hachés au piment) [2.5Y chaque] ou encre des 饼子 (Bing Zi – Petit pains fris nature, sucrés, aux poivrons etc..) [1,5Y chaque]; le tout arrosé d’un yoghourt à la paille et roulez jeunesse. J’ai mes petites habitudes dans une petite guérite à l’entrée de la dite ruelle.

Le Miaou-Miam Casba (n'importe quoi!)

Le Miaou-Miam Casba (n’importe quoi!)

Comme quoi, même dans une ville bien développée, on trouve facilement ces petits coins qui font irrémédiablement penser à la campagne chinoise. Campagne certes modernisée mais le côté « roots » est particulièrement attachant. J’en veux pour preuve les restaurants et multiples gargotes qui se situent de part et d’autre de la ruelle (qui se nomme « 农林巷 » – Nong Lin Xiang – Ruelle de l’agriculture). Je pourrais ne pas sortir de cette ruelle, tout est à portée de main : marché aux légumes improvisé, épicerie, restaurant de nouilles, restaurant de « ragou » chinois,  etc…, centre médicale ( 100% chinois, rien à voir avec nos hôpitaux), dentiste etc… . Je vous laisse en juger.

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Scènes typiques de la Chine actuelle, je ne me lasse pas d’observer ces petits moments simples de la Chine « en mouvement » mais terriblement terre à terre.

Voici enfin mon appartement, au 11ème étage. 2 pièces à vivre (Salon sans fenêtres -_- ; chambre), une cuisine enfin dotée de bruleurs à gaz et une salle de bain petite mais suffisante. Tout le confort, un brin spartiate mais beaucoup moins que l’année dernière. L’appartement a du être meublé par nos soins et tous les achats ont été faits sur internet vie les sites populaires tels que http://www.jd.com/ ou encore http://www.taobao.com/index_global.php (les équivalents de Amazon ou encore ebay). On a pu se meubler pour à peu près 2200Y soit 265€ comprenant table, chaises, sèche linge, lave linge, ustensiles de cuisine, vaisselle et réfrigérateur. Je vous laisse imaginer en France à combien tout cela nous serait revenu. Le tout pour 1200Y par mois et moins de 100Y de charges mensuelles ; honnêtement c’est pas cher bien que les loyers aient globalement beaucoup augmenté. Nous avons profité du fait que cet appartement provienne d’un immeuble tout neuf, à peine fini.

L’immobilier en Chine reste assez spéculatif et peu s’avérer assez précaire. D’ailleurs il s’agit d’une des plus grande revendication de la population (les 老百姓 « Lao Bai Xing » – Littéralement « les 100 vieux noms », la population « de base ») : l’accès à l’habitat. Sachant qu’en Chine, on n’achète jamais son terrain qui appartient toujours à l’Etat. On n’est propriétaire de son bien immobilier que pendant 70 ans (un peu comme les 99 ans au Royaumes Unis il me semble, les leaseholds). Passé ce délai, le bien revient de l’escarcelle de l’Etat à moins que vous soyez en mesure de racheter votre bien au tarif du marché. Bref, ce n’est pas trop trop gagné pour être proprio dans l’Empire du Milieu.

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A l’heure où je vous écris, je profite toujours de la connexion capricieuse de la bibliothèque de l’université mais je n’ai pas le choix. C’est aussi pour cela que je n’incruste pas trop de photos car le chargement est long. Je ne resisterais pas toutefois à vous montrer celle prise ce matin : il s’agit de femme d’un certain âges qui font de l’exercice à l’aide de raquettes à fond souple sur lesquelles est posée une balle. Cette dernière ne doit pas tomber durant les mouvements que vous effectuez…un espèce de 太极拳 (Tai Ji Quan) amélioré. Elles s’entrainaient au pied de la BU de l’université.

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Qu’est ce qu’on mange ?

Voici une nouvelle manière très simple de cuisiner les nouilles et qui a ravi mon palais au plus au point. Ce sont les 油泼面 (You Po Mian).

Préparation faites un peu à la manière des nouilles du Lanzhou (« nouilles étirées ») : ces pâtes, en formes d’épais spaghettis, sont à peine saisies par un bouillon, ce qui en fait tout leur intérêt gustatif. Les nouilles sont en effet assez al dente. Leur accompagnement est également assez sommaire mais non sans goûts : des feuilles de choux chinois (白菜 – Bai Cai) passées à la poêle et au vinaigre. Ajoutez à ce là quelques fines herbes et une portion non négligeables de piment en poudre et vous obtiendrez donc les 油泼面.

Ce plat a particulièrement mes faveurs à la sortie de la piscine par sa relative légèreté et son côté toutefois assez roboratif. Quand en plus on sait que la grande portion ne coute que 6Y, comment résister, surtout en fin de mois ?

Gloups!

Qu’est ce qu’on mange ?

Plutôt que de vous parler de ce que j’ai mangé récemment, je vais plutôt vous parler de comment je l’ai mangé…

Le plat en question est assez classique dans le nord de la Chine : 西红柿干拌面 (Xi Hong Shi Gan Ban Mian) ou nouilles de blé à l’œuf et à la tomate. Plutôt bon et simple, j’ai décidé de déguster cette savoureuse préparation chez moi en demandant donc  » à emporter » (« 带走 »). C’est parfois pratique quand vous êtes en mode « je veux regarder un film en mangeant » ou autre, mais même si je savais comment le restaurateur allait me présenter ça, on en reste pas moins interloqué quand on a son repas « à emporter » en main. Voyez par vous même :

Miamoumiam…..

Hééé oui, on vous sert ça, ni plus ni moins que dans un sac en plastique à la con!! Je vois déjà vos mines dégoutées ^^, j’ose espérer que le sac était propre. En fait cela s’avère très pratique dans la mesure où le sac  est placé dans un grand bol correspondant à la portion commandée. Le plat est servi ainsi puis le restaurateur ferme le sac et vous donne un paire de baguettes en bois pour pouvoir manger votre plat à n’importe quel moment ^^.

Je vous rassure c’était vraiment très bon : une fois à la maison, il n’y a plus qu’à mettre le sac dans un bol d’égale contenance, d’ouvrir et de MANGEEERRRR!! Même pas de vaisselle, que demande le peuple!

A taaaaaable!