Les vestiges d’une Chine qui disparait : Pingyao (平遥)

Sous ce titre éminemment pompeux, je profite surtout de l’occasion pour vous présenter l’une des mes villes préférée en Chine. Il s’agit de Pingyao (平遥 Ping Yao), petite ville nichée dans la région du Shanxi (山西 – Shanxi), région attenante à celle où je réside….le Shaanxi (陕西). Vous ne voyez toujours pas ?

A l’occasion de la venue de ma mère et de deux amies en Chine, courant mai 2014, j’ai fortement orienté le planning des visites afin que nous fassions une excursion d’un jour dans cette cité médiévale où le temps semble s’être suspendu depuis plusieurs centaines d’années ( 400 ans, au bas mots), notamment dans la vieille ville.

Étant donné que nous étions à Pékin (北京- Beijing) à ce moment là, il m’a paru pertinent de rejoindre Xi’an par voie ferrée, en faisant une étape à Pingyao (平遥 – Ping Yao) puisque c’est sur le chemin. Allez zou, on prend le train de nuit, histoire d’arriver le lendemain très tôt le matin à Pingyao.

10h après (moi j’ai bien dormi, comme d’hab, pour ce qui est des autres….^^), nous y sommes! Une consigne officielle se trouve à votre gauche, directement en sortant de la gare. Très pratique sauf pour les horaires de fermeture…17h ! Quand tu reprends le train pour Xi’an (西安 – Xian) le soir même à 21h, ça fait un peu…comment dire…CHIER! Mais bon, ça ne coûte pas plus de 10Y (1,2€) par bagage et le personnel est sympathique (bien qu’empoté). Direction la vieille ville!!!

Info : en sortant de la gare, dos à celle-ci, dirigez vous sur l’artère principale à votre gauche puis engagez-y-vous sur environ 300-400 mètres. Ensuite, prenez l’artère sur votre droite qui longe directement les douves (asséchées) de la vieille ville (sur votre gauche). Continuez 200 mètres, et l’une des porte principale (La Porte Ouest – Fengyi) est sur votre gauche.

La vieille ville de Pingyao (平遥), une image d’Épinal à elle-seule.

Pour sûr, on en a pour ses yeux. Si je me souviens bien (ou plutôt, si je lis bien dans Wikipedia….désolé…), la ville n’a pas été modifiée depuis la fin de la Dynastie Ming, soit depuis 1644. La vieille ville est en effet encerclée par un mur d’enceinte quasiment intact, couplé à de nombreuses tours de garde. Comme à Xi’an, il est tout à fait possible de s’y promener et d’en faire le tour….contre la modique somme de 120Y ( 8€)! Hé oui, c’est aussi ça la Chine : l’art de te faire cracher au bassinet la visite d’un site touristique quand bien même celui-ci est une ville entière. Donc 120Y (demi-tarifs pour les grabataires de plus de 65 ans) pour crapahuter sur les remparts, mais pas seulement. Ce ticket d’entrée vous donne accès aussi aux différents bâtiments officiels : poste, bureau de douane, centre de la monnaie… . Autant d’endroits bourrés d’histoire et qui valent vraiment le coups d’être visités, tant par la beauté de l’architecture intérieure que par l’importance historique qu’ils revêtent malgré la modestie de cette ville : c’était un véritable carrefour commercial incontournable et le plus important centre bancaire de toute la Chine au XIX siècle.

Remparts vus de l'intérieur de la ville

Remparts vus de l’intérieur de la ville

Véritable bijou historique, la vieille ville a entièrement été classée Patrimoine de l’UNESCO en 1997. Le plaisir principal étant donc d’y déambuler et 2 jours de visites ne seront vraiment pas de trop pour explorer les petites ruelles, tellement typiques. On se croirait presque dans « Tigres & Dragons« .

DSC07317Mais Pingyao (平遥) n’est pas une simple ville musée puisque de nombreuses familles y vivent, et vivent du commerce touristique particulièrement développé (voire à l’écœurement). Il n’est donc pas rare de tomber sur ces petites « scènes » du quotidien donc je raffole particulièrement.

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Une école primaire (小学 – Xiao Xue)

Les personnes rencontrées dans les petites ruelles, notamment des personnes âgées, étaient très chaleureuse bien qu’habituées à croiser de nombreux touristes tout au long de l’année. Mon seul regret est que je pense que cette ville va continuer à se transformer jusqu’à devenir un véritable « Disney Land » à ciel ouvert, comparable à Lijiang (丽江) dans le Yunnan (mais nous y reviendrons). Quoi qu’il en soit, j’ai eu le plaisir de converser avec un vendeur de chaussures qui baragouinait un français de cuisine, fort drôle à l’écoute. Nous sommes même tombés sur un théâtre tenu par des personnes de petites tailles qui proposaient un spectacle de marionnettes en ombres chinoises (皮影 – Pi Ying). Ticket d’entrée 80Y (ou 40Y, je ne sais plus, désolé).

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La viande de bœuf, spécialité culinaire de 平遥 (Pingyao)

Je ne pouvais pas ne pas vous parler des spécialités locales. Étant dans la région du Shanxi (山西), les nouilles sont effectivement fameuses. Mais une spécialité culinaire caractérise un peu plus Pingyao (平遥) : les tranches de viandes de bœuf froides arrosées de vinaigre de soja. Comment dire : un pure délice et puis c’est tout! Les restaurants locaux ne s’y sont pas trompés, et vous trouverez cette spécialité sur toute les cartes. N’ayez craintes sur le fait que la viande soit « froide », il s’agit ni plus ni moins que de tranches de rôti.

MIAAAAAAAAMMM!

MIAAAAAAAAMMM!

Enfin, pour ce qui est des spécialités artisanales, je citerais les boites laquées mais là encore, je pense que vous serez obligés de vous laisser un peu « attraper » car je ne saurais me prononcer sur la qualité de la laque employée. Mais ma mère en a acheté une, et semble pleinement satisfaite de son nouveau coffret à bijoux ^^.

Alors n’hésitez vraiment pas à passer à Pingyao (平遥), culturellement et historiquement parlant, cette ville est un pur trésor. Vous trouverez 2-3 auberges de jeunesses très propres et confortables, avec un personnel parlant un anglais très correct. Vous pourrez dormir sur des literies aux contours d’époques (je ne parle pas du sommier, patate -_-!), le tout dans des chambres donnant directement sur les courettes intérieures, typiques des 四合院 (Si He Yuan).  Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, j’en connais un qui ne pense pas comme vous:

"J'ai faim!"

« J’ai faim! »

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Qu’est ce qu’on mange

Pour le retour de notre rubrique culinaire, je vous propose de nous attaquer à deux spécialités du 陕西 (Shaanxi) bien moins connues que les fameux « hamburger chinois » (肉夹馍 – Rou Jia Mo) et autre 羊肉泡馍 (Yang Rou Pao Mo – Soupe de mouton avec morceaux de mains émiettés). Ces plats que je vais vous présenter n’en restent pas moins emblématiques de la région et il est relativement facile de les trouver sur les cartes des restaurants de 西安 (Xian), autres que les « bouiboui »!

Le poulet « en forme de gourde » (葫芦鸡 – Hu Lu Ji)

Ne cherchez pas, un poulet n’épouse pas naturellement la forme d’une gourde chinoise. Gourde chinoise dont la forme est très particulière et que vous avez surement du apercevoir, ne serait-ce que dans certains films de kung-fu « à l’ancienne« . Nan ? Bon, je vous montre :

Voici une gourde chinoise

Le 葫芦鸡 (Hu Lu Ji) est en réalité une préparation à base de poulet et ce dernier a été disposé de sorte que sa forme s’apparente (plus ou moins) à une gourde, que l’on nomme « 葫芦 » (Hu Lu). Le poulet est ensuite pané puis rapidement frit. Il est servi ainsi avec un accompagnement de piment en poudre dans lequel vous tremperez (SI! VOUS TREMPEREZ!) chaque morceau! A s’en rouler par terre, croyez moi.

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Le 锅盔 (Guo Kui)

Il s’agit en réalité d’un simple pain. Oui, oui, du pain « à la con » quoi! En fait, pas tout à fait  » à la con » puisqu’il fait partie de ce que l’on appelle dans la région du 陕西 (Shaanxi – région dont Xi’an est le chef lieu provincial, suivez, prenez des notes, je ne vais pas répéter à chaque fois….) des « 8 curiosités du Shaanxi » ou « 陕西八大怪 » (Shaanxi Ba Da Guai). Je traiterai plus longuement de cet élément culturel fort passionnant, ultérieurement. On dit que ce pain, par sa forme et son épaisseur, est comparable à un grand couvercle de marmite. D’ailleurs, le terme de 锅盔 (Guo Kui) veut dire littéralement « casque de marmite ». Au restaurant, il est servi en tranches triangulaires que l’on peut tremper à loisir (une fois n’est pas coutume) dans du piment haché. Les tranches étant souvent suffisamment épaisses pour faire quasiment un club sandwich au piment. A déconseiller aux boyaux sensibles et autres victimes de Crohn. Pour les autres, foncez bien évidemment!

A licence to kill!

A licence to kill!

Comment…j’ai décidé d’abandonner un visa de travail pour un visa étudiant chinois (2e partie)

Comme je l’expliquais dans mon post précédent, il était essentiel pour moi de changer de visa afin de reprendre mes études. En effet, sans visa correspondant (à savoir étudiant), impossible de s’inscrire dans une université chinoise pour y suivre un cursus. Et là où très souvent l’argent arrange bien des choses dans l’Empire du Milieu, sur ce point, la scolarité est inflexible. Donc comment refaire son visa ?

 

De l’Empire du Milieu, il te faudra sortir

Ayant eu échos de quelques mésaventure quasi-similaires autour de moi, c’est un postulat que je connaissais à l’avance : obligation de quitter le territoire pour refaire son visa. Cette obligation s’impose en réalité quand vous changez de visa par exemple : de visa de travail à visa d’étudiant (et vice & versa), visa d’étudiant à visa business (et vice & versa). Cela ne s’applique donc pas en cas de prolongation d’un même visa, comme mes 2 précédents visa étudiants.

Se pose l’essentielle de la question : où aller ? Il convient de savoir que la sortie du territoire n’oblige pas à un retour au bercail (la France en l’occurrence) : vous allez où vous voulez, du moment que VOUS VOUS BARREZ! La solution la plus simple m’apparaît soudainement : Hong Kong (香港 – Xiang Gang). Alors oui, vous me répondrez que cela appartient à la Chine, et je suis entièrement d’accord avec vous (oui je suis nationaliste, je vous merde!). C’est en effet bizarre de se dire qu’administrativement parlant, en allant à Hong Kong, nous sortons du territoire. Pour être plus précis, il s’agit de l’entrée dans une zone appelée « Région Administrative Spéciale d’ Hong Kong » qui dispose d’un centre d’immigration et non d’un consulat ou quelconque ambassade chinoise (ce qui reviendrait à reconnaitre une forme d’indépendance, il n’en n’est rien). C’est toute l’illustration de la célèbre phrase de 邓小平 (Deng Xiao Ping) qui affirmait « 一国两制 – Yi Guo Liang Zhi),  » Un pays, deux systèmes« . Un monument de pragmatisme pour un tout petit monsieur (en taille)! Je m’égare!

Histoire de ne pas me louper, je prends quand même quelques informations auprès de certains interlocuteurs afin de m’assurer que ma démarche est bien faisable depuis Hong Kong. En effet, en scrutant le site officiel de l’immigration chinoise à Hong Kong, je comprends vite que les demandes de visa faîtes par des étrangers non considérés comme résidents permanent de Hong Kong, ne peuvent pas bénéficier des services de visa et qu’il est fortement recommandé (mais non obligé, semblerait-il) de retourner dans son pays pour procéder à cela (regardez le point 7).

PANIQUE A BORD!! Je me dis qu’il va donc falloir retourner en France pour procéder à ma demande de visa, devoir expliquer à mes parents pourquoi je reviens pour 4 jours en France, pour un nouveau visa alors que j’avais un visa de travail clé en main en quittant la France en août, devoir subir les remarques de mon père (surtout justifiées par son éternelle inquiétude, va je ne te hais point Père!) etc…. Bref, la galère! Je décide tout de même d’obtenir confirmation auprès de l’immigration de Xi’an, auprès de mon université, et soudainement la schizophrénie s’installe : tous me répondent que c’est possible depuis Hong Kong, malgré les dénégations du site officiel. Pour rajouter à la folie, je vais sur quelques sites et forums traitant un peu de mon problème : de véritables équivalents de Doctissimo pour globe-trotters du genre « J’ai entendu dire qu’ils ne donnaient plus aucun visa pour les français depuis Hong Kong, t’es dans la merde » etc etc. A dessein, je n’indique pas les adresses de ces forums d’agoraphobes pathologiques.

Après quelques jours de réflexions, et malgré mes tentatives vaines de joindre par téléphone le service d’immigration d’ Hong Kong par mail et téléphone (uniquement 2 tranches horaires d’appel : entre 10h-11h et 15h-16h, pire que la secu en France, qui l’eut cru!), je me décide à aller à Hong Kong pour essayer, car cela coutera toujours moins cher que de retourner en France. Dans le doute, je prépare un plan B au cas où ma demande échoue, vu que je craignais que le passage aussi rapide d’un visa de travail à un visa étudiant éveille des doutes : le visa touristique. Ce visa peut effectivement être transformé par mon université en visa étudiant lors de mon inscription. Avec la Chine, étant donné que l’on n’est jamais sur de rien, autant être préparé, d’où ce plan B.

 

Hong Kong, ville de contraste

Direction Hong Kong donc, vol direct depuis Xi’an en 2h30 . Je précise que nul besoin de visa pour entrer dans la zone de Hong Kong quand vous êtes français.

La petitesse ainsi que l’attrait touristique démesuré (voire incompréhensible à mes yeux, hormis les achats hors taxe) de Hong Kong rendent le prix des chambres d’hôtels particulièrement élevés. Cette étroitesse permanente a provoqué l’émergence de « Mansions » ou petits hôtels qui se nichent directement dans les étages de grands immeubles pouvant aller jusqu’au 30e étage. Dans certains immeubles, vous avez même 3 hôtels qui se répartissent les chambres. En réalité, ce sont souvent des appartements dont l’espace a été tronçonné au maximum pour créer des chambres (avec salle de bain, WIFI et air conditionné, sisi) de 5m² maximum. Et le tout pour 20€ la nuit, si si, vous ne rêvez pas.

Un vrai chiotte pour pygmée!

Un vrai chiotte pour pygmée!

Alors oui, il existe des chambres d’hôtel plus conformes à nos standard, mais je présuppose que le pris double à chaque m² ajouté…. .

La « bonne nouvelle » est que les français venant à Hong Kong pour obtenir un visa pour le continent, font l’objet d’une surveillance accrue de la douane chinoise. En effet, nombreux sont nos compatriotes (ou « gros cons », au choix) a avoir fraudé à plusieurs reprises la législation sur l’immigration en Chine continentale,  faisant de nombreux allers/retours entre Hong Kong et le continent, dévoyant l’intitulé de leurs visa pour travailler au noir etc. Payant aussi une politique européenne peu accommodante envers la Chine, surtout lancée sous Monsieur Sarkozy  (123A67E8YITOFTJTH D>FSQRN.PQ£<bfù*m!!!!%%), 15 pays européens ne peuvent bénéficier de la procédure express d’obtention de visa (en 48h).

Me voilà donc bloqué pour 4 jours ouvrés. Étant arrivé le mercredi soir, et n’ayant pu déposer mon dossier que le lendemain matin, pas question de quitter le territoire avant le mardi d’après. ARGHHHHH!!

Précision, histoire de maximiser vos chances d’obtention de visa : passez par une agence spécialisée. Croyez moi, elles ont l’habitude de traiter ce genre de dossier, et je pense même qu’elles bénéficient d’un apriori favorable de la part de l’immigration chinoise. Je suis passée par l’agence Everbright Visa. Alors oui, vous devez vous délester de 400HK$ (presque 40€) mais au moins, vous êtes quasiment sur de l’obtenir si votre dossier est complet. Frais de visa inclus avec un petit supplément pour une « assurance », j’en ai eu pour 832HK$ soit presque 85€.

Étant donc « prisonnier » de cette foutue ile d’Hong Kong (vous ai-je dit à quel point ce lieu me débecte ? Non ? Faudra un jour), je décide de quasiment passer mes jours dans ma chambres avec le WIFI et la climatisation à fond car dehors, c’est la mousson : 35°C et 80% d’humidité minimum, une touffeur de dingue!

La ville n’est pas déplaisante en soi finalement mais voilà : tout est étroit et les bâtiments si hauts que pour voir le ciel, on frise le torticolis ; les hong kongais préfèrent entendre les étrangers parler anglais plutôt que mandarin (si bien que je ne leur parlais qu’en mandarin, pour leur faire les pieds, prétextant que je ne parlais pas anglais) ; hormis le shopping et 3-4 sites remarquables (sans parler des îles qui elles, sont magnifiques), il n’y a rien à faire, ni à voir. C’est un temple de la consommation réduit à une tête d’épingle territoriale. De plus, mon niveau de vie ayant drastiquement baissé depuis le temps où j’étais venu visité Hong Kong, même se payer un café était un investissement. Ce qui explique mon hermétisme complet à cette culture insulaire.

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Je recommande toutefois d’aller sur les hauteurs pour un magnifique aperçu de la baie de Hong Kong. Bon, moi j’étais dans les bureaux de Lacoste Asie, mais c’est pareil ^^

La classe, non ?

La classe, non ?

Reste la gastronomie, qui loin d’être sans saveur, n’a jamais accroché énormément mon palais, surtout depuis que j’ai découvert les mets de 西安 (Xi’an) et plus particulièrement de la Chine du Nord. Alors, oui c’est bon les Dim Sum, mais ça va 5 minutes! Les plats sont très fins, très parfumés et franchement bons, mais voilà, ça manque de corps, de robustesse…trop fin pour moi. Impossible de relever son plat avec du piment lui même plus odorant que piquant (classique des piments du Sud-Est). Nan, décidément il me manquait ces goûts « racés » et sans fioritures du Nord de la Chine. Mais chacun ses goûts finalement. Au lieu de vous laisser apprivoiser bêtement par les sempiternels Dim Sum, goutez plutôt les fameux congee (gruaux de riz) d’ Hong Kong, j’en raffole : gruau de riz avec tranches de viandes, coriandre, ciboulette, champignons voire œufs de 100 ans. UNE TUERIE JE VOUS DIS!

Qui a dit "bol de vomi" ??? Grumpfff!!!

Qui a dit « bol de vomi » ??? Grumpfff!!!

Passant au travers d’un typhon classé « T8 » par la météorologie locale (ça va jusqu’à 10, en gros, tout était fermé, j’ai cru ne pas obtenir mon visa à la dernière minute….maudit que je suis….), je peux enfin m’échapper d’Hong Kong le lendemain, visa étudiant in the pocket, j’ai vraiment le sentiment de retourner « à la maison » en revenant sur 西安 (Xi’an), désolé maman!

Hong kong ? Très peu pour moi, même pour un séjour très temporaire, mais à chacun sa came finalement. Trop lisse, trop proprette, trop artificielle, trop fausse à vouloir être un exemple de développement en comparaison de la Chine continentale alors qu’elle n’hésite pas à fermer les yeux sur le quasi-esclavage moderne des femmes de chambres et bonnes à tout faire venues de Philippine ou d’Indonésie. Non, décidément Hong Kong ne ravira jamais mon cœur, car il manque un « je-ne-sais-quoi » que je pourrais finalement résumer avec l’image ci-dessous. Allez, rassurez-vous, j’ai mon visa étudiant pour encore 1 an, et tout va bien.

Coucou les amis, on rentre à la maison ? C'est moi qui tiens le cerceau ^^

Coucou les amis, on rentre à la maison ? C’est moi qui tiens le cerceau ^^

Comment…j’ai décidé d’abandonner un visa de travail pour un visa étudiant chinois (1er partie)

Fort de mon retour à Xi’an (西安), je pensais reprendre le cours de mon existence sur place, sans aléas ni la moindre anicroche. Fou que j’ai été de le croire, j’avais oublié le sacro saint principe : je suis en Chine, rien ne se passe comme prévu! Accrochez vos ceintures.

« On cherche un professeur de français »

 

En mai 2014, un ami me parle d’une école qui semble avoir pignon sur rue (International House) et qui recherche un professeur de français pour l’année scolaire suivante, avec à la clé : un visa de travail chinois, sésame des plus inaccessible pour celui qui ne dispose pas de solides compétences ou diplômes dans un domaine où la main d’œuvre chinoise fait défaut. L’enseignement des langues étrangères est l »un de ces domaines. Je saute donc sur l’occasion (trop belle…) pour me porter candidat. Étant le seul professeur de français, ayant le français comme langue native, nul sélection nécessaire, candidature acceptée.

Un mois avant mon départ pour la France (où je devrais faire ma demande de visa de travail temporaire), je transmets les premiers éléments à l’école pour établir le visa en amont. Le deal ? 4000 元 (soit 514 € au taux du 2 octobre 2014) par mois, plus logement (j’en veux pas), une indemnité d’installation, un billet d’avion pour la France en fin de contrat et prime de fin de contrat pour ….

5 jours avant mon retour en Chine, je reçois ENFIN [sic] les documents nécessaires à ma demande de visa à l’ambassade de Chine en France, que je devrais faire en procédure express (+ 80€ donc!!) pour ne pas rater mon vol quelques jours après. Me voilà Xi’an, j’arrive avec mon visa de travail temporaire…que je croyais

L’une des composantes du deal était d’être professeur de français, à titre principal, et de donner quelques cours d’anglais à des enfants, pour « dépanner« …tu parles…! Je vais vite comprendre que les chinois ont un sens subtil de l’équilibre en affaire. Arrivé à Xi’an (西安), je déménage pour un appartement plus spacieux et plus central, toujours avec mon coloc, et prend rapidement contact avec l’école pour préparer la « rentrée ».

 

« En fait, on voulait dire qu’on cherche surtout un professeur d’anglais. »

Rendez-vous est pris à l’école et je dois participer à une formation d’anglais …pour les enfants, enfin de m’habituer aux différents supports pédagogiques. Ne comprenant pas bien pourquoi on aborde immédiatement l’enseignement de l’anglais sachant que mon activité principale est censée être l’enseignement du français. Mais je ne moufte pas malgré une formation particulièrement…disons…infantilisante (c’est de rigueur vue le public, vous me direz)! Le professeur-formateur est effectivement excellent dans son domaine et semble avoir pas mal d’années de bouteille dans le domaine, et d’y prendre toujours autant de plaisir. Formation donc, mais surtout impossibilité d’apporter à la pédagogie sa petite touche personnelle ou quoi d’autre : interdit de prononcer le moindre mot en chinois (le traducteur est là pour ça), s’amuser avec les enfants (au-dessus de mes forces), parler un anglais parfait (hahahah…les cons…demander ça à un français…j’en pleure encore de rire!). Et cerise sur le gâteaux : je capte une conversation indiscrète ente l’interprète et le formateur: j’ai été désigné comme professeur titulaire et remplaçant du dit formateur à temps plein, qui quitte l’école pour retourner en Pologne. Et me voilà piégé!!!

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Dégouté par cette heure de formation, je prends rapidement contact avec l’ami qui m’a mis en relation avec cette école, et pour laquelle il a travaillé 1 an. Et au fil de la conversation, le masque tombe : 25 heures de travail par semaine (c’est de l’enseignement je précise), parfois aucun cours de français, des annulations/inscriptions de cours à la dernière minute, faiblesse du matériel pédagogique… . Je m’effondre complètement car j’ai au fond de moi compris qu’il me serait impossible de bosser dans ces conditions.

Après de longues discussions avec mon coloc, son oncle et mes amis sur place, je cherche à m’extirper de ce traquenard. La semaine suivante, on me demande à nouveaux de participer à cette formation pour ensuite m’évaluer à l’enseignement en condition réelle. C’est juste au dessus de mes forces, je ne peux pas et je les plante sans vergogne. J’avais d’autant moins de scrupule que premier planning qu’ils m’avaient communiqués prévoyait pour la semaine, 13h de cours, compilées entre le vendredi et le dimanche, sans la moindre mention d’un quelconque cours de français : que des cours d’anglais!

La semaine d’après, rebelote : 15h de cours concentrées sur le week end dont la moitié en anglais. J’ai cru m’étrangler en lisant ce planning. Curieux tout de même, je me rends à mon premier cours de français, histoire de tâter le terrain. En arrivant, l’une des secrétaires me tend 3 feuilles en m’expliquant que c’est la présentation des mes élèves. Le temps d’une minute je ravale mes préjugés, considérant qu’ils avaient fait un petit effort jusqu’à ce qu’à la lecture, je me rends compte qu’il s’agissait de mes jeunes élèves (5-7 ans) …en anglais!!! ARGGHHHHH! Je rends les papiers en disant que je n’en veux pas et demande à la secrétaire où est donc la présentation de mes élèves de français : j’ai compris dans son regard que je m’étais fait « baiser« , mais avec un petit raffinement : verre pilé et gravillons! Je lui indique donc que je ne donnerais aucun cours d’anglais car j’ai été recruté pour enseigner le français et non pas la langue de Shakespeare, quoiqu’ils en pensent. Je lui demande de communiquer instamment ma position à la responsable pédagogique (chose qu’elle ne fera pas…je m’en doutais presque)

3 jours après, à deux heures du « cours d’anglais » prévu au planning, la responsable m’informe par messagerie instantanée que le cours est décalé d’une heure. Comme je m’y attendais, l’information n’ayant pas été communiquée, je lui indique que je ne donnerai pas de cours d’anglais car on s’était suffisamment foutu de ma gueule ainsi. S’instaure un dialogue de sourd (typique des chinois qui font semblant de ne pas vouloir comprendre pour mieux tente de satisfaire leurs exigences) qui finit par m’énerver et donc je mets fin rapidement. Quelques heures passent, et c’est le numéro 2 de l’école qui m’appelle pour s’enquérir de la situation. Je luis indique à nouveaux que contrairement à ce que j’ai pu leur dit auparavant, je refuse donc d’enseigner l’anglais. Pourquoi ? Parce que c’est en train de devenir la langue d’enseignement principale au détriment du français et que faute pour eux de me trouver de nouveaux élèves de français, ils ne me paieront pas à ne rien foutre et donc me forceront à enseigner l’anglais à temps plein en attendant. Chose que je refuse. Après quelques palabres, il finit par comprendre ma situation et moi je me rends compte finalement que le principal sujet dont nous discutons depuis ce jour, c’est les cours d’anglais alors que c’était censé n’être qu’un enseignement très secondaire. Lui faisant part de mon constat, je décide couper court en lui laissant le choix de dire au directeur de l’école ma position, sans fioriture : 100% cours de français ou je me casse.

A vrai dire, ma décision était déjà prise car je ne pouvais me résoudre à travailler dans une ambiance potentiellement explosive. Quelques heures après, je lui indique que je rentre en France pour raison personnelle et que je ne resterai pas en Chine. Pourquoi ? Parce que je ne voulais pas qu’en partant en douceur, ils essaient de me faire payer les démarches engagées pour l’obtention de mon visa de travail temporaire, ils en auraient été capables. Un départ brutal ne laissant place à aucune contestation, c’est finalement ce qu’il y avait de plus propre.

 

Finalement, je vais reprendre mes études

En apparence, rien de plus simple. Une longue discussion avec Sarah m’a permis de me remémorer la motivation première de ma venue en Chine : apprendre le chinois, et je suis loin d’en avoir fini avec Confucius. Par conséquent, j’ai décidé de reprendre mes études à l’Université Normal du Shaanxi (陕西师范大学 – Shaanxi Shi Fan Da Xue) et de donner mes propres cours de français en parallèle.

Mais souvenez-vous : je suis rentré en Chine avec un visa de travail temporaire et il est impossible de suivre un cursus universitaire en Chine, sans le bon visa, à savoir le visa étudiant. Il va donc falloir que je change de visa le plus vite possible…et ça ne va pas être une partie de plaisir, loin de là…

 

A suivre ^^ (paie ton suspens….)

Tu le sens, mon suspens ??

Tu le sens, mon suspens ??