Comment les Chinois ont failli me faire détester la Chine

Le titre qui appelle à peine à la polémique, un véritable appeau à trolls ! Alors je vais annoncer immédiatement la couleur : il ne s’agit encore une fois que d’expériences personnelles et de partager un sentiment qui m’est propre. Loin de moi l’idée de mettre tous les chinois que je vais citer dans un seul et même sac (même si c’est tentant, au regard de l’immensité démographique). Non, tout cela relève justement un peu de la légèreté rédactionnelle et permettra de rendre cette lecture plus agréable, plus ludique, PLUS LOL QUOI!!

Comme à mon accoutumée, mon retour sur Xi’an (西安) s’est accompagné d’une belle escadrille d’emmerdes. De toute façon, je ne m’attendais pas à autre chose. La première année ça a été la difficulté de trouver un logement avec mon coloc, pour ensuite se rendre compte que la connexion internet mettrait du temps à venir. La deuxième année, l’arnaque au visa de travail d’une école privée qui soudainement a décidé (sans consultation bien sur) que j’enseignerai l’anglais principalement et le français à titre liminaire (au lieu de l’inverse) ; obligé de quitter le territoire, refaire un visa étudiant à Hong Kong, engager beaucoup de frais imprévus etc.

Et cette année, rebelote! L’avantage en Chine c’est que ce n’est jamais les mêmes emmerdes, toujours un truc de nouveau. Y’a pas moyen de se dire : « Nan, mais ça je l’ai déjà réglé par le passé, c’est bon je gère! » NON, NON, NON! JAMAIS DE REPETITION! A chaque fois, t’as un nouveau truc qui te pète à la gueule ce qui me confirme dans mon sentiment qu’en Chine, rien n’est stable si ce n’est l’instabilité (Sarah ne dirait pas autrement).

Cette fois-ci, apprenant mes velléités de déménagement à 15 jours de la fin du bail, la propriétaire décide qu’elle me pompera (NON NON NON ON SE CALME!!!) l’entièreté de ma caution de 2000Y (275€ au cours actuel). Je peux vous dire qu’au lendemain de mon retour de France, ça n’aide pas à rester serein surtout quand les arguments soulevés par la propriétaire sont tous de mauvaise foi et non prévus au bail.

Alors je ne vais pas entrer dans les détails de ça, la page est déjà tournée depuis quelques jours et rien que d’en reparler, ça me fout les boules. Non, par contre je vais vous présenter un peu le portrait type de 3 chinois qui à eux seuls ont failli m’écœurer de la Chine. Oui, il y’a matière à caricature et je ne vais pas m’en priver mais très franchement, les entre-lignes témoignent assez bien de la réalité de cet état de faits…De toute façon, c’est mon blog, je dis ce que je veux , et toc!

La pétasse nouvelle riche

Sois belle et ouvre la!

Sois belle et ouvre la!

Oui, oui, les nouveaux riches sont partout et leur portrait est finalement assez similaire d’un pays à l’autre : sous l’afflux soudain d’argent et des capacités d’achat démultipliées, on se croit soudainement fondé à réclamer tout et son contraire et en plus, avec le sentiment d’être en droit à le faire puisque l’argent prouve notre existence soudaine. Cette cruelle réalité est d’autant plus vraie en Chine où l’appât du gain n’est pas un tabou et où la problématique de l’argent semble irriguer ou sous-tendre la moindre discussion. Le problème étant que l’argent n’a jamais acheté les bonnes manières, le savoir vivre (et le savoir être donc), l’éducation (et non l’instruction), la courtoisie, l’élégance etc.

On me répondra que je suis trop « romantique » etc. Mais merde quoi! La vieille bourgeoisie a au moins ce côté « classe » tout en étant plein aux as que toute cette tripotée de nouveaux riches n’a pas. Et en Chine, ce phénomène est endémique. Mais je dois reconnaître, après discussion avec ma chère Sarah, que les nouvelles riches remportent la palme de l’exécrabilité (néologisme je sais).

Ma propriétaire par exemple. L’air hautain, l’insatisfaction permanente, certainement en possession de plus de deux appartements dans Xi’an (西安), qui se croit sapée chique alors que bon….ça se voit sur sa gueule que c’est une pouilleuse (et bim, t’avais qu’à pas porter des lunettes de soleil type « mouche » alors qu’il n’y a pas de soleil et qu’on est de surcroit en intérieur). Eh ben vas y que j’essaie d’estourbiller 275€ à l’étranger qui ne comprend rien  » Ici, on est en Chine, pas en France! » me rappela -t-elle. Peu importe s’il faut invoquer toutes les clauses les plus improbables du contrat, voire même celles qui n’existent pas, on gratte tant qu’on peut. « Je sais bien que vous en profitez parce que je suis étranger et que vous pensez que je ne comprends rien parce que mon chinois n’est pas excellent, mais faudrait pas me prendre pour un con parce qu’en France j’étais juriste » lui avais-je rétorqué…sans succès, me jurant la bouche en cœur avec son eunuque de mari que cela n’a rien à voir avec mon statut d’étranger….ben voyons!

La soif insatiable du pognon et l’ambition d’écraser son prochain pour faire miroiter son pseudo statut de réussite sociale, les femmes chinoises sont encore celles qui le font le mieux et tout ça dit sans sexisme aucun. Quelle pitié!

Bref, après de longues discussions, j’arrive à m’en sortir avec une simple pénalité de 1000Y : elle garde les 2000Y mais n’exige pas de moi le paiement des charges qui s’élèvent à peu près à 1000Y (frais annexes engagés inclus). TROP AIMABLE! Et c’est là que j’ai encore reçu une belle leçon de vie : 花钱买教训 (Hua Qian Mai Jiao Xun) selon un apophtegme chinois que me surina un de mes amis chinois « Payer pour acheter une leçon, pour recevoir une leçon (de vie s’entend)« . Dans un pays étranger, où les us et coutumes différent, quand bien même la barrière de la langue est partiellement franchie, il n’y a pas toujours de solution parfaite et il faut alors savoir se contenter de la solution la moins pire, celle qui ne nous empêchera pas d’avancer par la suite, quitte à mettre un mouchoir sur son orgueil ou sa dignité. Dure à avaler aux premiers abords, je pense que cette solution sera salvatrice pour la suite.

L’agent immobilier complaisant et veule

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Alors lui, il aurait des actions chez Pampers et Kleenex que cela ne m’étonnerait pas! Premier rendez vous avec lui, accompagné de Sarah, on sent déjà le malaise quand je lui évoque le fait que la propriétaire est en train de me la faire à l’envers avec captation de caution à la clé. Ca sue, ça goutte, ça baisse les yeux…sa couche a du se remplir en un rien de temps. On le sentait tout de suite bien emmerdé par cette affaire, au point de nous baratiner avec une clause inventée sous notre nez, pensant que nous comprendrions pas. Sauf qu’après le rendez-vous et un bon café, on s’était bien aperçu que ce n’était que mensonge.

Allez zou, nouveau rendez-vous avec un ami chinois histoire de lui mettre la pression. Tout d’un coups, changement de stratégie, il n’argue plus cette clause mais une autre, qui elle a la particularité par son manque de clarté de lui donner une bouée de secours. Mais nous ne sommes pas les seuls à lui mettre la pression, puisqu’il téléphone aussi à la propriétaire pour lui faire art de la problématique et cette dernière, en bonne 暴发户 (Bao Fa Hu – Nouveau riche) lui hurle une quantité de conneries pour faire valoir son arnaque. Lui faisant remarquer de toute façon qu’il n’était pas objectif puisque son client principal était la propriétaire et pas moi, il me répondra dans une hypocrisie pleine d’aplomb et dont les chinois ont le secret « Bien sur que non, autant que elle , vous êtes mes clients, je ne prends pas parti.« 

Ultime coups de poignard, au moment de la visite de rendu de l’appartement, vla ti pas qu’il débarque en tenue décontractée, avec son chtite n’enfant de 5 ans dans les pattes! La stratégie du gamin en bas-âge, un classique aussi! La fourberie vient du fait que personne n’aurait idée de s’engueuler devant un gamin, le pauvre, sous peine : d’une, de faire pleurer cette petite tête noire (bah oui, sont pas blonds les chinois), de deux, de perdre doublement la face. Déjà que la perdre en Chine est un affront, mais alors la perdre deux fois en même temps, j’imagine. Et donc oui, on est resté courtois eu égard à cette margoulaterie de premier ordre même si au finish, on a réussi à arracher un accord avec l’autre mégère (泼妇 – Po Fu). Note que ce constat de mégère ne vient pas que de moi, chacun de mes accompagnant ayant eu affaire à elle en est ressorti avec le même sentiment. Et l’agent immobilier lui, a réussi à se sortir de se guêpier car oui, oui, les chinois détestent (mais qui aime ça fondamentalement) les situations 麻烦 (Ma Fan – embêtante, pour rester poli) et font en général tout pour se défausser sur quelqu’un ou pour te rouler dans la farine histoire de t’éloigner, et donc , éloigner cette situation inconfortable. Courage fuyons!

L’ami passif, contemplatif et donneur de leçons

50261202178345750Sans fondamentalement viser quelqu’un (mon ancien coloc quand même), cette catégorie vise un peu tous les accompagnants chinois que j’ai eu durant cette histoire et qui à chaque moment clé n’ont pas fondamentalement essayé de comprendre mon désarroi face à cette situation qui puait l’arnaque à plein nez.. Moins pire que les deux précédents, mais pas moins gonflant sur le long terme car prompt à t’indiquer que s’énerver ne sert à rien, que si on réagit comme cela c’est que l’on n’a toujours rien compris au fonctionnement de la Chine et ponctuant son propos d’une sentencieuse expression chinoise (成语 – Cheng Yu).

Alors ça, ça me fatigue au plus au point! Car derrière un espèce de verni de compréhension se cache en vérité une attitude molle, moutonnière et incapable de faire preuve d’empathie….d’autant plus quand ces personnes passent leur temps à te dire qu’il y’a quelque chose qui les fait chier tous les deux jours. Et moi alors ? Tu comprends pas que malgré mes efforts à m’adapter et à comprendre, la Chine n’est pas mon pays ? Que je suis en difficulté face à certaines attitudes clairement malhonnêtes et que plutôt que de me lancer vos litanies vous pourriez essayer de sortir de votre certain confort « intellectuel » pour essayer d’aider au mieux un ami. Bah non, comprennent pas! Au pire quelques jurons dans le dos des deux précédents connards qui ont essayé de me rouler (et qui s’en sont pas trop mal sortis au finish), mais en face en face, de véritables eunuques.

Bref, c’est des moments où je me dis : « Mais qu’est-ce-que je fous là putain ? Un vrai pays de schizo-dinguos!« . Et puis la tempête passe, on retrouve vite pieds  avec la réalité et finalement, rapidement, d’autres chinois vous réconcilient immédiatement avec cet Empire du Milieu…et c’est heureux, mais c’est une autre histoire.

To be continued!

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La visite du village de 袁家村 (Yuan Jia Cun)

Une fois n’est pas coutume, l’Université a organisé il y’ a 15 jours, une sortie qui sort un peu des sentiers battus. J’entends par là : nous ne sommes pas allés visiter l’armée de soldats en terre cuite (兵马俑 – Bing Ma Yong) pour la énième fois ou encore les remparts de la ville. Non, cette fois-ci, nous sommes allez visiter un village qui se situe non loin de Xi’an (西安), à une soixantaine de kilomètres à l’Ouest et communément appelé, la « Lijiang (丽江) » du Shaanxi (陕西) (en référence à la vieille ville de Lijiang dans le Yunnan, classée à elle seule Patrimoine de l’Unesco).

Bon, autant vous dire tout de suite que c’est tout de même un cran au dessus, ne serait-ce que par ce village est classé par le ministère du tourisme chinois « AAA » et que le classement Unesco équivaut à « AAAAA ». Néanmoins, le village est loin d’être dénué de charmes et recoins pittoresques, c’est peu de le dire.

Le village de 袁家村 : paradis des gourmets

Après une bonne heure de car, nous arrivons aux portes du village de 袁家村 (Yuan Jia Cun) et ses 400 âmes.

Entrée du village

Entrée du village

Évidemment, comme tout site touristique chinois, celui-ci porte les stigmates de la « reconstruction » et autre modernisations en tout genre. Conscient de l’attrait touristique de ce petit bourg, on se croirait presque dans un mini Disney Land et les habitants ne font rien pour dissiper l’illusion. Mais bon, on s’y fait et le charme rustique est toujours vivace. Preuve en est, je tombe avec surprise nez à nez avec la boutique d’un apothicaire chinois ; les traditions demeurent.

Herboristerie traditionnelle chinoise

Herboristerie traditionnelle chinoise.

Le tour du village se fait en moins d’une bonne demi-heure et se résume en une successions d’échoppes, toutes dédiées aux spécialités locales. Là, des pieds de cochons en saumure, ici, des pâtes de sarrasin en bouillon vinaigré, là-bas des yaourts faits maison, par ici, des scorpions séchés. Bref, un paradis pour le gastronome que je suis, n’hésitant pas à prendre un deuxième petit déjeuner à 10h du matin avec une de mes professeur de chinois.

DSC07569Même si l’illusion fausse de modernité joue le rôle de verni, ce dernier craque vite au contact de la population et des savoirs faire ancestraux avec lesquels les différents mets son confectionnés. J’en veux pour preuve le séchage de pâtes de blé ainsi que la confection de pâte de riz.

"Chérie, je pose les pâtes là"

« Chérie, je pose les pâtes là »

Le tour du village bouclé, direction un site qui nous permettra d’observer le paysage depuis les hauteurs du bourg ou 县(Xian).

Le tombeau de 昭陵 (Zhao Ling)

Comme de nombreux tombeaux d’Empereurs chinois, celui-ci est dit « ouvert » et est à flanc de colline. Zhao ling était le 2nd Empereur durant la Dynastie Tang, une des plus rayonnantes et des plus puissantes en terme culturel notamment (618-907 après JC). Cet Empereur est aussi communément appelé Tai Zong. L’entrée du site est payante et il me semble que le ticket était de 20Y (2€60 au 18/11/2014)…gracieusement à notre charge (manquerait plus que l’Université paye pour nous en plus….).

Entrée du tombeau

Entrée du tombeau

Rien à dire de plus, si ce n’est que ce site vaut avant tout le détour si l’on souhaite crapahuter sur la petite colline derrière et qui donne accès à une vue panoramique de la vallée. Spectacle assez plaisant au demeurant, bien que l’on aperçoive  très facilement l’anneau de pollution qui enserre complètement la région, et son contraste avec le ciel bleu de la journée est particulièrement édifiant. Néanmoins, cela n’enlève rien au charme du site, et en fin octobre on se serait presque cru en début de période estivale en catalogne française. Rien que pour ça, je ne regrettais pas mon déplacement.

"La ceinture empoisonnée"

« La ceinture empoisonnée »

Le musée de 昭陵

Dernière étape de notre escapade scolaire, le musée entièrement dédié au dit Empereur. Qui dit culture et musée dit forcément moins de visiteurs, et nous étions donc les seuls à visiter ce musée en apparence à l’abandon. Là aussi, un ticket d’entrée vous sera réclamé pour la modique somme de 25Y (2€8).

Le musée en soi ne paye pas de mine mais il présente certaines sculptures, d’animaux notamment, dont la qualité de conservation laisse pantois…à moins que cela soit des reproductions (on m’aurait menti ?). Là aussi, je ne saurais quoi dire, car c’est typiquement le genre de musée dont vous ne profiterez pas des richesses si vous n’êtes pas accompagné d’un guide compétent.

DSC07604Je précise compétent, car nous avons effectivement bénéficié des services d’un guide mais qui nous a fait la visite « à la chinoise« ; c’est à dire : au pas de course, en criant dans un haut parleur miniature et sans nous laisser le temps d’admirer les différentes collections. Mes camarades Kazakhs et autres Tadjiks ne s’étaient même pas donnés la peine de venir écouter, et le peu qui comme moi essayaient de comprendre, étaient littéralement noyés dans le flots des références culturelles et historiques complètement absconses pour les non initiés. Rajoutez à cela que malgré mes 2 années d’étude de chinois intensif, j’ai du comprendre pour à peine 10% de son blabla, j’étais un peu énervé sur la fin. Mais bon, le plaisir des yeux était dominant.

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Comment…j’ai décidé d’abandonner un visa de travail pour un visa étudiant chinois (2e partie)

Comme je l’expliquais dans mon post précédent, il était essentiel pour moi de changer de visa afin de reprendre mes études. En effet, sans visa correspondant (à savoir étudiant), impossible de s’inscrire dans une université chinoise pour y suivre un cursus. Et là où très souvent l’argent arrange bien des choses dans l’Empire du Milieu, sur ce point, la scolarité est inflexible. Donc comment refaire son visa ?

 

De l’Empire du Milieu, il te faudra sortir

Ayant eu échos de quelques mésaventure quasi-similaires autour de moi, c’est un postulat que je connaissais à l’avance : obligation de quitter le territoire pour refaire son visa. Cette obligation s’impose en réalité quand vous changez de visa par exemple : de visa de travail à visa d’étudiant (et vice & versa), visa d’étudiant à visa business (et vice & versa). Cela ne s’applique donc pas en cas de prolongation d’un même visa, comme mes 2 précédents visa étudiants.

Se pose l’essentielle de la question : où aller ? Il convient de savoir que la sortie du territoire n’oblige pas à un retour au bercail (la France en l’occurrence) : vous allez où vous voulez, du moment que VOUS VOUS BARREZ! La solution la plus simple m’apparaît soudainement : Hong Kong (香港 – Xiang Gang). Alors oui, vous me répondrez que cela appartient à la Chine, et je suis entièrement d’accord avec vous (oui je suis nationaliste, je vous merde!). C’est en effet bizarre de se dire qu’administrativement parlant, en allant à Hong Kong, nous sortons du territoire. Pour être plus précis, il s’agit de l’entrée dans une zone appelée « Région Administrative Spéciale d’ Hong Kong » qui dispose d’un centre d’immigration et non d’un consulat ou quelconque ambassade chinoise (ce qui reviendrait à reconnaitre une forme d’indépendance, il n’en n’est rien). C’est toute l’illustration de la célèbre phrase de 邓小平 (Deng Xiao Ping) qui affirmait « 一国两制 – Yi Guo Liang Zhi),  » Un pays, deux systèmes« . Un monument de pragmatisme pour un tout petit monsieur (en taille)! Je m’égare!

Histoire de ne pas me louper, je prends quand même quelques informations auprès de certains interlocuteurs afin de m’assurer que ma démarche est bien faisable depuis Hong Kong. En effet, en scrutant le site officiel de l’immigration chinoise à Hong Kong, je comprends vite que les demandes de visa faîtes par des étrangers non considérés comme résidents permanent de Hong Kong, ne peuvent pas bénéficier des services de visa et qu’il est fortement recommandé (mais non obligé, semblerait-il) de retourner dans son pays pour procéder à cela (regardez le point 7).

PANIQUE A BORD!! Je me dis qu’il va donc falloir retourner en France pour procéder à ma demande de visa, devoir expliquer à mes parents pourquoi je reviens pour 4 jours en France, pour un nouveau visa alors que j’avais un visa de travail clé en main en quittant la France en août, devoir subir les remarques de mon père (surtout justifiées par son éternelle inquiétude, va je ne te hais point Père!) etc…. Bref, la galère! Je décide tout de même d’obtenir confirmation auprès de l’immigration de Xi’an, auprès de mon université, et soudainement la schizophrénie s’installe : tous me répondent que c’est possible depuis Hong Kong, malgré les dénégations du site officiel. Pour rajouter à la folie, je vais sur quelques sites et forums traitant un peu de mon problème : de véritables équivalents de Doctissimo pour globe-trotters du genre « J’ai entendu dire qu’ils ne donnaient plus aucun visa pour les français depuis Hong Kong, t’es dans la merde » etc etc. A dessein, je n’indique pas les adresses de ces forums d’agoraphobes pathologiques.

Après quelques jours de réflexions, et malgré mes tentatives vaines de joindre par téléphone le service d’immigration d’ Hong Kong par mail et téléphone (uniquement 2 tranches horaires d’appel : entre 10h-11h et 15h-16h, pire que la secu en France, qui l’eut cru!), je me décide à aller à Hong Kong pour essayer, car cela coutera toujours moins cher que de retourner en France. Dans le doute, je prépare un plan B au cas où ma demande échoue, vu que je craignais que le passage aussi rapide d’un visa de travail à un visa étudiant éveille des doutes : le visa touristique. Ce visa peut effectivement être transformé par mon université en visa étudiant lors de mon inscription. Avec la Chine, étant donné que l’on n’est jamais sur de rien, autant être préparé, d’où ce plan B.

 

Hong Kong, ville de contraste

Direction Hong Kong donc, vol direct depuis Xi’an en 2h30 . Je précise que nul besoin de visa pour entrer dans la zone de Hong Kong quand vous êtes français.

La petitesse ainsi que l’attrait touristique démesuré (voire incompréhensible à mes yeux, hormis les achats hors taxe) de Hong Kong rendent le prix des chambres d’hôtels particulièrement élevés. Cette étroitesse permanente a provoqué l’émergence de « Mansions » ou petits hôtels qui se nichent directement dans les étages de grands immeubles pouvant aller jusqu’au 30e étage. Dans certains immeubles, vous avez même 3 hôtels qui se répartissent les chambres. En réalité, ce sont souvent des appartements dont l’espace a été tronçonné au maximum pour créer des chambres (avec salle de bain, WIFI et air conditionné, sisi) de 5m² maximum. Et le tout pour 20€ la nuit, si si, vous ne rêvez pas.

Un vrai chiotte pour pygmée!

Un vrai chiotte pour pygmée!

Alors oui, il existe des chambres d’hôtel plus conformes à nos standard, mais je présuppose que le pris double à chaque m² ajouté…. .

La « bonne nouvelle » est que les français venant à Hong Kong pour obtenir un visa pour le continent, font l’objet d’une surveillance accrue de la douane chinoise. En effet, nombreux sont nos compatriotes (ou « gros cons », au choix) a avoir fraudé à plusieurs reprises la législation sur l’immigration en Chine continentale,  faisant de nombreux allers/retours entre Hong Kong et le continent, dévoyant l’intitulé de leurs visa pour travailler au noir etc. Payant aussi une politique européenne peu accommodante envers la Chine, surtout lancée sous Monsieur Sarkozy  (123A67E8YITOFTJTH D>FSQRN.PQ£<bfù*m!!!!%%), 15 pays européens ne peuvent bénéficier de la procédure express d’obtention de visa (en 48h).

Me voilà donc bloqué pour 4 jours ouvrés. Étant arrivé le mercredi soir, et n’ayant pu déposer mon dossier que le lendemain matin, pas question de quitter le territoire avant le mardi d’après. ARGHHHHH!!

Précision, histoire de maximiser vos chances d’obtention de visa : passez par une agence spécialisée. Croyez moi, elles ont l’habitude de traiter ce genre de dossier, et je pense même qu’elles bénéficient d’un apriori favorable de la part de l’immigration chinoise. Je suis passée par l’agence Everbright Visa. Alors oui, vous devez vous délester de 400HK$ (presque 40€) mais au moins, vous êtes quasiment sur de l’obtenir si votre dossier est complet. Frais de visa inclus avec un petit supplément pour une « assurance », j’en ai eu pour 832HK$ soit presque 85€.

Étant donc « prisonnier » de cette foutue ile d’Hong Kong (vous ai-je dit à quel point ce lieu me débecte ? Non ? Faudra un jour), je décide de quasiment passer mes jours dans ma chambres avec le WIFI et la climatisation à fond car dehors, c’est la mousson : 35°C et 80% d’humidité minimum, une touffeur de dingue!

La ville n’est pas déplaisante en soi finalement mais voilà : tout est étroit et les bâtiments si hauts que pour voir le ciel, on frise le torticolis ; les hong kongais préfèrent entendre les étrangers parler anglais plutôt que mandarin (si bien que je ne leur parlais qu’en mandarin, pour leur faire les pieds, prétextant que je ne parlais pas anglais) ; hormis le shopping et 3-4 sites remarquables (sans parler des îles qui elles, sont magnifiques), il n’y a rien à faire, ni à voir. C’est un temple de la consommation réduit à une tête d’épingle territoriale. De plus, mon niveau de vie ayant drastiquement baissé depuis le temps où j’étais venu visité Hong Kong, même se payer un café était un investissement. Ce qui explique mon hermétisme complet à cette culture insulaire.

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Je recommande toutefois d’aller sur les hauteurs pour un magnifique aperçu de la baie de Hong Kong. Bon, moi j’étais dans les bureaux de Lacoste Asie, mais c’est pareil ^^

La classe, non ?

La classe, non ?

Reste la gastronomie, qui loin d’être sans saveur, n’a jamais accroché énormément mon palais, surtout depuis que j’ai découvert les mets de 西安 (Xi’an) et plus particulièrement de la Chine du Nord. Alors, oui c’est bon les Dim Sum, mais ça va 5 minutes! Les plats sont très fins, très parfumés et franchement bons, mais voilà, ça manque de corps, de robustesse…trop fin pour moi. Impossible de relever son plat avec du piment lui même plus odorant que piquant (classique des piments du Sud-Est). Nan, décidément il me manquait ces goûts « racés » et sans fioritures du Nord de la Chine. Mais chacun ses goûts finalement. Au lieu de vous laisser apprivoiser bêtement par les sempiternels Dim Sum, goutez plutôt les fameux congee (gruaux de riz) d’ Hong Kong, j’en raffole : gruau de riz avec tranches de viandes, coriandre, ciboulette, champignons voire œufs de 100 ans. UNE TUERIE JE VOUS DIS!

Qui a dit "bol de vomi" ??? Grumpfff!!!

Qui a dit « bol de vomi » ??? Grumpfff!!!

Passant au travers d’un typhon classé « T8 » par la météorologie locale (ça va jusqu’à 10, en gros, tout était fermé, j’ai cru ne pas obtenir mon visa à la dernière minute….maudit que je suis….), je peux enfin m’échapper d’Hong Kong le lendemain, visa étudiant in the pocket, j’ai vraiment le sentiment de retourner « à la maison » en revenant sur 西安 (Xi’an), désolé maman!

Hong kong ? Très peu pour moi, même pour un séjour très temporaire, mais à chacun sa came finalement. Trop lisse, trop proprette, trop artificielle, trop fausse à vouloir être un exemple de développement en comparaison de la Chine continentale alors qu’elle n’hésite pas à fermer les yeux sur le quasi-esclavage moderne des femmes de chambres et bonnes à tout faire venues de Philippine ou d’Indonésie. Non, décidément Hong Kong ne ravira jamais mon cœur, car il manque un « je-ne-sais-quoi » que je pourrais finalement résumer avec l’image ci-dessous. Allez, rassurez-vous, j’ai mon visa étudiant pour encore 1 an, et tout va bien.

Coucou les amis, on rentre à la maison ? C'est moi qui tiens le cerceau ^^

Coucou les amis, on rentre à la maison ? C’est moi qui tiens le cerceau ^^

Comment…j’ai décidé d’abandonner un visa de travail pour un visa étudiant chinois (1er partie)

Fort de mon retour à Xi’an (西安), je pensais reprendre le cours de mon existence sur place, sans aléas ni la moindre anicroche. Fou que j’ai été de le croire, j’avais oublié le sacro saint principe : je suis en Chine, rien ne se passe comme prévu! Accrochez vos ceintures.

« On cherche un professeur de français »

 

En mai 2014, un ami me parle d’une école qui semble avoir pignon sur rue (International House) et qui recherche un professeur de français pour l’année scolaire suivante, avec à la clé : un visa de travail chinois, sésame des plus inaccessible pour celui qui ne dispose pas de solides compétences ou diplômes dans un domaine où la main d’œuvre chinoise fait défaut. L’enseignement des langues étrangères est l »un de ces domaines. Je saute donc sur l’occasion (trop belle…) pour me porter candidat. Étant le seul professeur de français, ayant le français comme langue native, nul sélection nécessaire, candidature acceptée.

Un mois avant mon départ pour la France (où je devrais faire ma demande de visa de travail temporaire), je transmets les premiers éléments à l’école pour établir le visa en amont. Le deal ? 4000 元 (soit 514 € au taux du 2 octobre 2014) par mois, plus logement (j’en veux pas), une indemnité d’installation, un billet d’avion pour la France en fin de contrat et prime de fin de contrat pour ….

5 jours avant mon retour en Chine, je reçois ENFIN [sic] les documents nécessaires à ma demande de visa à l’ambassade de Chine en France, que je devrais faire en procédure express (+ 80€ donc!!) pour ne pas rater mon vol quelques jours après. Me voilà Xi’an, j’arrive avec mon visa de travail temporaire…que je croyais

L’une des composantes du deal était d’être professeur de français, à titre principal, et de donner quelques cours d’anglais à des enfants, pour « dépanner« …tu parles…! Je vais vite comprendre que les chinois ont un sens subtil de l’équilibre en affaire. Arrivé à Xi’an (西安), je déménage pour un appartement plus spacieux et plus central, toujours avec mon coloc, et prend rapidement contact avec l’école pour préparer la « rentrée ».

 

« En fait, on voulait dire qu’on cherche surtout un professeur d’anglais. »

Rendez-vous est pris à l’école et je dois participer à une formation d’anglais …pour les enfants, enfin de m’habituer aux différents supports pédagogiques. Ne comprenant pas bien pourquoi on aborde immédiatement l’enseignement de l’anglais sachant que mon activité principale est censée être l’enseignement du français. Mais je ne moufte pas malgré une formation particulièrement…disons…infantilisante (c’est de rigueur vue le public, vous me direz)! Le professeur-formateur est effectivement excellent dans son domaine et semble avoir pas mal d’années de bouteille dans le domaine, et d’y prendre toujours autant de plaisir. Formation donc, mais surtout impossibilité d’apporter à la pédagogie sa petite touche personnelle ou quoi d’autre : interdit de prononcer le moindre mot en chinois (le traducteur est là pour ça), s’amuser avec les enfants (au-dessus de mes forces), parler un anglais parfait (hahahah…les cons…demander ça à un français…j’en pleure encore de rire!). Et cerise sur le gâteaux : je capte une conversation indiscrète ente l’interprète et le formateur: j’ai été désigné comme professeur titulaire et remplaçant du dit formateur à temps plein, qui quitte l’école pour retourner en Pologne. Et me voilà piégé!!!

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Dégouté par cette heure de formation, je prends rapidement contact avec l’ami qui m’a mis en relation avec cette école, et pour laquelle il a travaillé 1 an. Et au fil de la conversation, le masque tombe : 25 heures de travail par semaine (c’est de l’enseignement je précise), parfois aucun cours de français, des annulations/inscriptions de cours à la dernière minute, faiblesse du matériel pédagogique… . Je m’effondre complètement car j’ai au fond de moi compris qu’il me serait impossible de bosser dans ces conditions.

Après de longues discussions avec mon coloc, son oncle et mes amis sur place, je cherche à m’extirper de ce traquenard. La semaine suivante, on me demande à nouveaux de participer à cette formation pour ensuite m’évaluer à l’enseignement en condition réelle. C’est juste au dessus de mes forces, je ne peux pas et je les plante sans vergogne. J’avais d’autant moins de scrupule que premier planning qu’ils m’avaient communiqués prévoyait pour la semaine, 13h de cours, compilées entre le vendredi et le dimanche, sans la moindre mention d’un quelconque cours de français : que des cours d’anglais!

La semaine d’après, rebelote : 15h de cours concentrées sur le week end dont la moitié en anglais. J’ai cru m’étrangler en lisant ce planning. Curieux tout de même, je me rends à mon premier cours de français, histoire de tâter le terrain. En arrivant, l’une des secrétaires me tend 3 feuilles en m’expliquant que c’est la présentation des mes élèves. Le temps d’une minute je ravale mes préjugés, considérant qu’ils avaient fait un petit effort jusqu’à ce qu’à la lecture, je me rends compte qu’il s’agissait de mes jeunes élèves (5-7 ans) …en anglais!!! ARGGHHHHH! Je rends les papiers en disant que je n’en veux pas et demande à la secrétaire où est donc la présentation de mes élèves de français : j’ai compris dans son regard que je m’étais fait « baiser« , mais avec un petit raffinement : verre pilé et gravillons! Je lui indique donc que je ne donnerais aucun cours d’anglais car j’ai été recruté pour enseigner le français et non pas la langue de Shakespeare, quoiqu’ils en pensent. Je lui demande de communiquer instamment ma position à la responsable pédagogique (chose qu’elle ne fera pas…je m’en doutais presque)

3 jours après, à deux heures du « cours d’anglais » prévu au planning, la responsable m’informe par messagerie instantanée que le cours est décalé d’une heure. Comme je m’y attendais, l’information n’ayant pas été communiquée, je lui indique que je ne donnerai pas de cours d’anglais car on s’était suffisamment foutu de ma gueule ainsi. S’instaure un dialogue de sourd (typique des chinois qui font semblant de ne pas vouloir comprendre pour mieux tente de satisfaire leurs exigences) qui finit par m’énerver et donc je mets fin rapidement. Quelques heures passent, et c’est le numéro 2 de l’école qui m’appelle pour s’enquérir de la situation. Je luis indique à nouveaux que contrairement à ce que j’ai pu leur dit auparavant, je refuse donc d’enseigner l’anglais. Pourquoi ? Parce que c’est en train de devenir la langue d’enseignement principale au détriment du français et que faute pour eux de me trouver de nouveaux élèves de français, ils ne me paieront pas à ne rien foutre et donc me forceront à enseigner l’anglais à temps plein en attendant. Chose que je refuse. Après quelques palabres, il finit par comprendre ma situation et moi je me rends compte finalement que le principal sujet dont nous discutons depuis ce jour, c’est les cours d’anglais alors que c’était censé n’être qu’un enseignement très secondaire. Lui faisant part de mon constat, je décide couper court en lui laissant le choix de dire au directeur de l’école ma position, sans fioriture : 100% cours de français ou je me casse.

A vrai dire, ma décision était déjà prise car je ne pouvais me résoudre à travailler dans une ambiance potentiellement explosive. Quelques heures après, je lui indique que je rentre en France pour raison personnelle et que je ne resterai pas en Chine. Pourquoi ? Parce que je ne voulais pas qu’en partant en douceur, ils essaient de me faire payer les démarches engagées pour l’obtention de mon visa de travail temporaire, ils en auraient été capables. Un départ brutal ne laissant place à aucune contestation, c’est finalement ce qu’il y avait de plus propre.

 

Finalement, je vais reprendre mes études

En apparence, rien de plus simple. Une longue discussion avec Sarah m’a permis de me remémorer la motivation première de ma venue en Chine : apprendre le chinois, et je suis loin d’en avoir fini avec Confucius. Par conséquent, j’ai décidé de reprendre mes études à l’Université Normal du Shaanxi (陕西师范大学 – Shaanxi Shi Fan Da Xue) et de donner mes propres cours de français en parallèle.

Mais souvenez-vous : je suis rentré en Chine avec un visa de travail temporaire et il est impossible de suivre un cursus universitaire en Chine, sans le bon visa, à savoir le visa étudiant. Il va donc falloir que je change de visa le plus vite possible…et ça ne va pas être une partie de plaisir, loin de là…

 

A suivre ^^ (paie ton suspens….)

Tu le sens, mon suspens ??

Tu le sens, mon suspens ??

1 an et demi à étudier le chinois, et ce n’est pas fini…

Depuis septembre 2012, l’étude du chinois accapare pour ainsi dire 100% de mon temps. Vivre en Chine, c’est vivre la langue  chinoise, la seule capable de véhiculer la richesse de la culture et des traditions chinoises. C’est aussi la seule dans laquelle les chinois daignent s’exprimer quand ce n’est pas pour se réfugier derrière leur patois local : exit l’anglais et autres langues « internationales », ça ne vous sera qu’une d’un très faible utilité, mais ça, je l’ai déjà expliqué plus d’une fois ici et ici.

Je reste toujours aussi interdit quand je rencontre des expatriés, notamment à 西安 (Xi’an), qui après certaines années sur place ne pètent toujours pas un mot de chinois. Quel gâchis! Je m’interroge vraiment sur la motivation de ces personnes qui débarquent en Chine soit en ayant l’intention d’apprendre le chinois (mais abandonnent au bout d’un mois, face à l’ampleur de la tâche), soit qui ne s’y consacrent même pas, si ce n’est pour apprendre à dire « Bonjour » et « Au revoir ».

L’apprentissage du chinois est une histoire de méthode, et chacun a forcément la sienne…à condition encore d’y travailler. S’il est vrai que l’on peut rapidement se retrouver confronté à un mur, tant le chinois est une langue sans le moindre point commun avec nos langues indo-européennes (encore que…), votre volonté à vouloir demeurer dans ce pays et à chercher à comprendre ses habitants, ses us et coutumes, son histoire, déterminera votre aptitude à progresser en chinois. Et je mets de côté les expatriés qui côtoient les chinois plus ou moins anglophones : la langue de Shakespeare ne permet pas de comprendre toute la symbolique et les raffinements du chinois. De plus, ce sont souvent des chinois trop heureux de chercher à se faire des amis européens et qui auront rarement le réflexe de vous parler de la Chine dans ses aspects les plus « basiques« , les plus « pittoresque« , par peur de provoquer le désintérêt de certains expatriés clairement hypnotisés par l’exotisme « clean » chinois.

Mais revenons en à l’étude du chinois.

 

Sonnez le tocsin, c’est la rentrée du 2nd semestre

Comme à chaque début de semestre, nous prenons connaissances de l’emploi du temps. Sachant que j’ai commencé au niveau 2 (sur 8), me voilà propulsé au niveau 5 (五班 – Wu Ban) après 1 an et demi de cours intensifs. Et ce semestre s’annonce plein de changement par rapport aux précédentes rentrées.

On passe désormais de 20h à 24h de cours par semaine dont 4 heures sont dispensées en après midi. La part des cours de pure langue diminue une nouvelle fois pour faire place à des cours culturels ou plus « élaborés ». Par exemple : exit le cours de 听力 (Ting Li – Ecoute intensive). Maintenant, on estime que le niveau atteint en chinois est suffisant pour se passer clairement d’un cours strictement dédié à l’écoute.

Le cours de 精读 (Jing Du – Lecture intensive / Cours de synthèse) reste à 6h par semaine et reste le cours le plus important et qui permet de vraiment bien progresser en chinois. A compter du niveau 5, la grammaire n’est que très peu abordée en raison de son poids bien moindre dans la langue chinoise qu’elle ne l’est en français. Tout est question d’enrichissement de vocabulaire et de son utilisation.

Le cours de 口语 (Kou Yu – Oral) reste à 4h comme le semestre dernier et le cours de 写作 (Xie Zuo – Écriture) reste à 2h semaines (et c’est toujours aussi soporifique d’ailleurs).

Bref, rien de bien passionnant à première vue. Mais il reste donc 12h de cours qui ne sont pas plus en rapport direct avec la langue chinoise (en comparaison aux rentrées dernières)…vraiment aucun rapport ?

 

Le chinois comme les étudiants chinois et en chinois …tu étudieras.

La particularité de notre institut de langue chinoise est qu’il sert également de centre de formation pour les étudiants chinois cherchant à devenir professeurs de chinois à leur tour. Professeur de chinois s’entend aussi bien comme un prof de chinois pour les chinois (comme nos professeurs de français au collège, lycée) que pour les étrangers (l’équivalent de la matière Français Langue Etrangère – FLE). C’est aussi pour cela que j’avais choisi cette université, car elle est réputée pour son centre de formation des professeurs à l’enseignement du chinois sous tous ses aspects… Et les aspects sont forts nombreux comme le dévoile le planning de ce semestre.

 

Cours de lecture intensive de journaux (报刊阅读 – Bao Kan Yue Du) – 2h/semaine

L’intitulé parle de lui-même : cours de lecture de coupures de presse avec analyse du vocabulaire dédié et de certaines tournures grammaticales récurrentes. La semaine dernière, le professeur a préféré perdre mettre à profit les 2 premières heures de cours afin que nous nous présentions tous mutuellement…alors que nous nous connaissons déjà tous pour la plupart…je sens que le professeur me gonfle déjà…. . C’est d’ailleurs assez dommage étant donné que le contenu de l’ouvrage semble vraiment très intéressant et utile. Nous verrons bien demain.

 

Le cours de chinois moderne (现代汉语 – Xian Dai Han Yu) 2h/semaine

Voilà le cours que je ne vais pas aimer! Après déjà 4h à essayer de comprendre le but ultime du cours, je pense avoir déjà laissé tomber. Il s’agit en fait d’un cours à la croisée de la phonétique et de la linguistique pure. Les timbres, les sons, la structure des syllabes. Parfaitement indigeste, même si cela avait été enseigné en français d’ailleurs! Je me rendrais toujours en cours mais honnêtement, en tant qu’auditeur passif. Dommage car les 2 premières heures laissaient entrevoir un contenu plus intéressant et moins aride, vu que le professeur nous avait présenté les différentes sonorités des dialectes chinois.

Cours d’histoire ancienne de Chine (中国古代历史 – Zhong Guo Gu Dai Li Shi) 2h/semaine

Cours dispensé par notre professeur d’histoire de l’année dernière. Sauf que là, le cours est en chinois et l’on commence au temps de la préhistoire chinoise jusqu’en 1840. Le professeur a au moins le mérite d’avoir une locution claire et compréhensible et d’ étayer son cours avec une rétroprojection, ce qui rend la compréhension bien moins difficile. Un de mes cours préféré.

Le cours de « Écoute, observation et conversation » (高级视听说 – Gao Ji Shi Ting Shuo) 2h/semaine

Petit aperçu de ce cours avait été fait au semestre dernier. La trame de base est la suivante : visionnage d’un dessin animé ou d’un passage de film puis on discute de ce que l’on a vu avec la classe. D’apparence trivial, le semestre dernier, cette matière s’est révélée être un pur calvaire : professeur démotivant et idiot, dessins animés intéressants mais tous muets, vocabulaire étudié extrêmement compliqué et inutilisable au quotidien et enfin, un livre pourri! Donc ma participation à ce cours pour ce semestre était pleine de préjugés. Vite envolés avec un professeur dynamique, un livre bien ficelé avec des rappels grammaticaux et surtout une approche « utilisable au quotidien » des structures et du lexique. C’est également un de mes cours préféré. Les dessins animés en question ont été élaborés expressément pour les apprenants en chinois et permettent donc également de comprendre certains pan de la culture populaire chinoise. Également un de mes cours préférés.

Le cours de culture des caractères chinois (汉字文化 – Han Zi Wen Hua) 2h/semaine

Voici mon cours préféré et certainement le plus compliqué. Intéressant parce que grâce à ce cours, on retrace l’histoire de l’écriture et de l’élaboration de chaque sinogramme (par famille). Formes évoluant au travers des siècles, voire des millénaires, avec des changements de styles aux noms bien particuliers (chez nous on parlerait de l’écriture gothique etc…). Être attentif à ce cours, c’est aussi comprendre tout le cheminement de pensée de la langue chinoise mais aussi la culture chinoise. Ce cours illustre parfaitement bien mon propos qu’en à l’apprentissage de cette langue. Comprendre la Chine c’est d’abord apprendre à la parler et ainsi en découvrir les secrets historiques et culturels ; pourquoi passer à côté d’une telle aventure ?

Ce cours est aussi le plus difficile car il nous confronte à un pan culturel qui n’est pas évident pour les occidentaux. Ajoutez à cela que le cours est enseigné dans un chinois plutôt académique. Au moins le professeur est motivé et tente d’être le plus pédagogique possible même si ce n’est pas évident.

Le cours de géographie (中国地理 – Zhong Guo Di Li) 2h/semaine

Tout est dans l’intitulé du cours, j’aurais du mal à digresser dessus hormis le fait que ce cours recoupe également quelques éléments de culture chinoise. Le professeur est de bonne volonté mais relativement soporifique et se contente de nous faire lire le livre dont la structure éditoriale me paraît très bizarre : on prend les 23 régions chinoises et autres districts autonomes puis pour chacun, on lui dédit un chapitre qui résume son histoire, sa géographie, ses lieux remarquables, ses spécialités culinaires et le tempérament de ses habitants….un catalogue de banalités plus qu’un vrai livre d’étude géographique…Bref, je n’exclus pas pour autant d’y apprendre quelque chose mais j’aurais plus vite fait en lisant l’ouvrage par moi même.

Voilà donc mon programme (fort chargé) pour ce semestre….mais je m’en sortirai ^^

2 petites expériences typiquement « Made in China »

Cette semaine, j’ai eu le droit à un double combo façon « uniquement possible en Chine ». Coups sur coups j’ai eu le plaisir (bien malgré moi) de vivre deux expériences qui pourraient être assez « propres » à la Chine. Loin de moi l’intention de généraliser et de théoriser la sociologie ou encore l’histoire de la Chine au travers de ces deux petites expériences ; mais celles-ci révèlent spectaculairement certains maux que l’on pourrait dire typiquement « Made in China ».

When Karl Marx rules the world

Désolé pour l’emploi de l’anglais, mais je ne vois pas meilleure phrase pour décrire le récit qui va suivre. On pourrait traduire ça par « Quand Karl Marx dirige/gouverne le monde »…mais ça sonne mieux en anglais (surtout si la phrase est tirée d’un morceau du groupe de death metal Deicide « When Satan rules his World »…mais je m’égare ^^).

Ce jeudi matin, j’ai eu le droit à mon premier cours d’histoire ancienne de Chine. Le cours est bien évidemment en chinois et est délivré par le professeur qui avait ouvert un module d’introduction à l’histoire de Chine en anglais. Un professeur que je connais déjà et dont les qualités scientifiques et pédagogiques sont indiscutables. Lors de ce cours introductif, j’avais toutefois bien noté que la pensée communiste guidait son raisonnement scientifique tant sur le contenu que sur la forme, mais soit.

Pour le premier cours du semestre, nous avons donc commencé par nous présenter mutuellement puis de fil en aiguille, nous évoquons le cas des minorités ethniques. Le professeur m’interroge et je luis indique qu’en France, nous n’avons pas de « minorités ethniques » au sens que les chinois lui prête : minorité distincte et demeurant sur le territoire depuis des siècles. Je ne suis pas spécialiste, mais notre histoire universaliste et assimilationniste ne semble pas permettre de reconnaitre les Bretons, Alsaciens et autres Catalans comme des minorités « ethniques » (mais corrigez moi si je me trompe). Quand à parler des Français issus de l’immigration, j’aurais clairement parlé dans le vent car pour de nombreux chinois => Noir = Afrique et Maghrébins = Arabes et rien d’autre.

Elle m’interroge néanmoins sur la présence de différents partis politiques (je n’avais pas bien compris au début, faut dire que je ne vois pas bien le rapport avec les minorités ethniques, mais bon…). Je lui réponds pour schématiser, qu’en France, 2 forces politiques principales s’opposent :

Moi – « Le Parti Socialiste donc… »

Le Professeur –  » Voilà, c’est tout! Donc il y’a un Parti Socialiste que l’on appelle 社会党 (She Hui Dang)… »

Moi – « Mais… »

Le Professeur –  » et le Président Hollande est issu du Parti Socialiste, un peu comme ici. »

Moi – « ………………..-_-‘………… »

Bon, je résume un peu mais c’était bien le fond de la conversation. Après une introduction au cours en question où le nom de Karl Marx apparaissait à chaque ligne du cours rétro-projeté, je me retrouve vaguement complice d’un raccourci idéologique sur la situation politique de mon pays. Je n’ai pas cherché à polémiquer, à vrai dire ma première pensée était plutôt du genre « Si seulement elle savait ce qui lie encore le Parti Socialiste à ses vieilles racines communistes….« . Sciemment ou non, le professeur n’a pas cherché à aller plus loin que sa démarche scientifique entièrement basée sur l’idéologie communiste.

Le plus étonnant (ou pas d’ailleurs), c’est que contrairement à ce que l’on pourrait croire, la référence idéologique est directement puisée dans les écris de Karl Marx, là ou j’aurais pensé que Mao avait une plus grande légitimité intellectuelle pour les enseignants. Là encore, un préjugé tombe même si l’on reste dans le courant du communisme, tant sur le fond que sur la méthode.

Mais bon, le fond du cours d’histoire restera antérieur à 1840, donc peu probable que l’imminence barbue répondant au nom de « KALEMASK » (comme dirait Coluche dans son sketch du « Blouson noir ») s’infiltre dans les développements historiques. Mais j’avoue avoir été très très étonné par la rapidité du raccourci employé par le professeur mais surtout par cet aura idéologique encore plus inattendu donc semble jouir la France via le parti socialiste, comme quoi. J’anticipe les critiques : je n’ai rien contre Karl Marx, je ne suis ni pour ni contre, bien au contraire….

« La moissonneuse batteuse ? Oui, elle est la-bas! »

Système de triche et réseaux sociaux

Titre pompeux pour dire : tricher en utilisant les réseaux sociaux chinois. Il faut savoir que la triche aux examens est presque un sport national en Chine. Je caricature (oui, j’ose!)…à peine! Les cas de triches pullulent dans les journaux ou encore aux travers de récits de chinois via les forum, les rencontres etc. Mon colloc’ me disant pas plus tard qu’hier qu’il avait participé à un examen en lieu et place d’une de ses cousines (cherchez pas, j’ai pas compris non plus comment cela se pouvait….).

Lors des examens de fin de semestre, nous assistons au plus grand concours de triche parmi mes camarades de classe, avec une prédominance évidente chez mes très jeunes camarades originaires des ex-républiques soviétiques d’Asie Centrale. Ils ne font que reproduire le schéma qui domine en Chine : la fin justifie les moyens dans une application cynique (consciente ou non) du proverbe chinois 入乡随俗 (Ru Xiang Sui Su – A Rome fait comme les Romains).

Mais cette fois-ci, c’est moi qui suis en cause et un peu malgré moi (préparez vos pierres!). Un ami chinois qui étudie le Français m’indique qu’il est en train de poser sa candidature pour un échange avec l’Université de Grenoble III. Jusque là rien de suspect. Ce mercredi 5 mars, il me demande si je pourrais l’aider pour une composition en français. Pas de problème et je suis dispo pour le lendemain 13h comme il me l’a demandé, sans trop savoir de quoi il retourne.

Le jeudi 6 mars à 13h02, il m’envoie donc un message pour que je confirme que je suis disponible, je réponds par l’affirmative. Pensant qu’il allait me rejoindre à l’université pour que je l’aide, à 13h06 je reçois une photo via la messagerie Wechat (微信 – Weixin) : cette photo (mal prise…) est la copie d’un énoncé d’examen sur l’impact de la consommation de viande sur l’environnement. Composition devant être effectuée en 200 mots. Il me demande de « l’aider ». Ne comprenant toujours pas bien ce qu’il attend de moi (mais qu’est ce que je peux être con moi des fois!), je lui demande quand doit-il rendre ce que je croyais être un devoir maison. Il me répond « dans 1 heure« …et là, j’ai enfin compris de quoi il retournait : mon ami était tout simplement en examen, il avait photographié l’intitulé de la question et me demandait tout bonnement de lui pondre la composition par messagerie interposée.

Je ne suis pas du genre à laisser les gens dans la merdre, mais j’étais bien tenté de le laisser dans son caca bien puant, si ça n’avait pas été pour son dossier d’échange universitaire international. Merde son avenir dépendait un peu de moi BORDAAAAYYYYLE! Ravalant mes scrupules (j’avais jamais gouté auparavant, c’est pas terrible, je déconseille!), je lui ponds une réponse argumentée se basant sur l’exemple du touffu comme source possible de substitution de la viande. Comme cela, son discours revêt plusieurs aspect susceptibles de plaire au correcteur :

  • « La protection de l’environnement, c’est trop d’la balle! » = amuse toi à dire autre chose, et t’es mort!
  •  » Le touffu est tellement chinois qu’en fait la Chine est en avance sur son temps…mais l’ignore encore » = un peu de nationalisme, ça ne fait pas de mal…en espérant que le correcteur soit chinois.
  •  » Oui, je suis prêt à changer mes habitudes alimentaires pour sauver la planète » = 1 point Greenpeace supplémentaire!

Si avec ça, son dossier n’est pas sélectionné, ben je boufferai…du touffu!

Et le pire, c’est quand je lui ai indiqué en fin de journée que je n’avais pas trop apprécié participer à un système de tricherie, il m’a répondu avec une candeur non feinte : « Mais non, parce qu’après j’ai modifié un peu les réponses que tu m’a données, tu m’as juste aidé. Et puis le surveillant nous a autorisé à garder non téléphones portables.« 

CQFD! Non seulement la triche est endémique mais elle est limite institutionnelle (mais non, ça n’a rien à voir avec la corruption…oh wait!) puisque « le surveillant nous a autorisé à garder nos téléphones portables« . Affligeant! Et que la Chine ne vienne pas s’étonner que ses diplômes sont peu valorisés en Europe (hormis certains diplômes des grandes universités de Pekin ou Shanghai) : tant que cette mentalité permissive et poreuse sur l’intégrité du déroulement des examens en tout genre ne disparaitra pas, la qualité des diplôme ne grimpera pas, même à coups d’opérations de marketing.

C’est un portable qu’il a entre les mains….(bande de dégueulasses!)