Qu’est ce qu’on mange : la soupe pimentée…de bon matin! (胡辣汤)

Reprenons les choses en mains car outre le fait que mon blog était réclamé à corps et à cris (si si), je pense que c’est encore cette petite pastille culinaire qui intéresse le plus. Encore que, « j’alimente » (pas mal, hein ?!) cette chronique que lorsque que j’estime que cela en vaut la peine.

Et aujourd’hui donc, ça en vaut la peine puisque je peux vous présenter une grande spécialité du petit déjeuner des Xi’anais (à tout le moins, de la région du 陕西-Shaanxi mais aussi sa voisine orientale, le 河南 – Henan): le (où « la », j’en sais rien!) 胡辣汤 (Hu La Tang) ou sa version plus complète, 肉丸胡辣汤 (Rou Wan Hu La Tang) => soupe/gruau pimenté aux boulettes de viandes.

Petit aparté sémantique avant tout : beaucoup semblent écrire cette soupe avec le caractère « 胡 » dont le sens ancien désigne les peuplades non Han (汉) du Nord-Ouest de la Chine, et qui pourraient donc correspondre à celles ayant longtemps vécu dans le Nord du 陕西 (Shaanxi), le 宁夏(Ningxia) et le 甘肃 (Gansu). Cela semble avoir du sens, puisque c’est une spécialité avant tout proposée par la minorité musulmane, non Han donc. Mais l’orthographe correcte semble être celle avec l’emploi du « 糊 ». Prononciation identique en son et en ton, mais sens différent puisque le caractère désigne un gruau ou congee (en anglais), texture effective de cette fameuse soupe. Fermons la parenthèse.

Cette soupe a effectivement une consistance entre la soupe et le gruau. Composée notamment de morceaux de chou, de carotte, de persil, de pomme de terre, de poivre noir et de boulettes de viandes, on y adjoint souvent des champignons noirs, communément appelés les  » oreilles d’arbres » (木耳). Ce plat est un petit déjeuner copieux et roboratif, souvent préparé dans une marmite géante et à même la rue, il est aussi accompagné de petits beignets comparables à des churros natures que l’on peut allègrement tremper (c’est important de tremper….). On trouve également des échoppes qui vendent une petit galette aux oignons et aux poireaux revenue à l’huile en accompagnement.

Des versions végétariennes sont assez courantes aussi, et cette spécialité culinaire est avant tout proposée par la minorité musulmane 回民 (Hui).

"Hu la la la" de bon matin!

« Hu la la la » de bon matin!

Forcément délicieuse, je me réserve cette soupe surtout pour les journées d’hiver rigoureuses quand bien même cela est servi de tout temps. On n’est jamais déçu à ce niveau là en Chine, et c’est heureux!

Bon appétit

Qu’est ce qu’on mange

Pour le retour de notre rubrique culinaire, je vous propose de nous attaquer à deux spécialités du 陕西 (Shaanxi) bien moins connues que les fameux « hamburger chinois » (肉夹馍 – Rou Jia Mo) et autre 羊肉泡馍 (Yang Rou Pao Mo – Soupe de mouton avec morceaux de mains émiettés). Ces plats que je vais vous présenter n’en restent pas moins emblématiques de la région et il est relativement facile de les trouver sur les cartes des restaurants de 西安 (Xian), autres que les « bouiboui »!

Le poulet « en forme de gourde » (葫芦鸡 – Hu Lu Ji)

Ne cherchez pas, un poulet n’épouse pas naturellement la forme d’une gourde chinoise. Gourde chinoise dont la forme est très particulière et que vous avez surement du apercevoir, ne serait-ce que dans certains films de kung-fu « à l’ancienne« . Nan ? Bon, je vous montre :

Voici une gourde chinoise

Le 葫芦鸡 (Hu Lu Ji) est en réalité une préparation à base de poulet et ce dernier a été disposé de sorte que sa forme s’apparente (plus ou moins) à une gourde, que l’on nomme « 葫芦 » (Hu Lu). Le poulet est ensuite pané puis rapidement frit. Il est servi ainsi avec un accompagnement de piment en poudre dans lequel vous tremperez (SI! VOUS TREMPEREZ!) chaque morceau! A s’en rouler par terre, croyez moi.

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Le 锅盔 (Guo Kui)

Il s’agit en réalité d’un simple pain. Oui, oui, du pain « à la con » quoi! En fait, pas tout à fait  » à la con » puisqu’il fait partie de ce que l’on appelle dans la région du 陕西 (Shaanxi – région dont Xi’an est le chef lieu provincial, suivez, prenez des notes, je ne vais pas répéter à chaque fois….) des « 8 curiosités du Shaanxi » ou « 陕西八大怪 » (Shaanxi Ba Da Guai). Je traiterai plus longuement de cet élément culturel fort passionnant, ultérieurement. On dit que ce pain, par sa forme et son épaisseur, est comparable à un grand couvercle de marmite. D’ailleurs, le terme de 锅盔 (Guo Kui) veut dire littéralement « casque de marmite ». Au restaurant, il est servi en tranches triangulaires que l’on peut tremper à loisir (une fois n’est pas coutume) dans du piment haché. Les tranches étant souvent suffisamment épaisses pour faire quasiment un club sandwich au piment. A déconseiller aux boyaux sensibles et autres victimes de Crohn. Pour les autres, foncez bien évidemment!

A licence to kill!

A licence to kill!

Qu’est ce qu’on mange : immangeable ?

Au fil de mes chroniques culinaires, certains d’entre vous on pu constater une partie de la richesse de la gastronomie chinoise. Loin des poncifs erronés type « rouleaux de printemps » et autres « nems » (des mets vietnamiens), je dirais que la cuisine chinoise est l’une des plus variée au monde.

Si dans mes dégustations j’ai bien l’impression de reconnaitre certains fils conducteurs (du fait notamment des aromates systématiquement utilisés), la diversité des plats ne permet pas vraiment de constater un aspect homogène à la cuisine chinoise. Il existe bien des « familles » de cuisine chinoise, souvent catégorisées par leur région d’origine, mais même là, on passe aisément du 饺子 (Jiao Zi – Ravioli) au flanc de coques (bucardes).

Le Nord de la Chine se distingue par une cuisine plus riche (s’entend par la, plus grasse), à base de nombreux bouillons, ragouts en tout genre. Le tout accompagné de nouilles ou de 馒头 (Man Tou – boule de pain cuite à la vapeur). La dureté du climat et ainsi qu’une aridité plus marquée qu’au Sud explique la faible implantation du riz dans le repas quotidien. Une cuisine bien plus roborative (globalement), moins distinguée et, à mes yeux, avec plus de caractère, plus tranchante…plus mieux!^^

La cuisine du Sud est déjà plus adaptée au palais des occidentaux, avec des plats plus variés, à l’élaboration plus fine (même si l’on retrouve des composantes qui peuvent être rébarbatives pour les européens ; par exemple : le piment). Le bol de riz est incontournable pour accompagner la fin du repas (et pas le début comme on a tendance à le croire). Et en se rapprochant du Vietnam et de la Thaïlande, on croise effectivement des plats semblables aux rouleaux de printemps, porc au caramel ou encore bœuf sauce loklak (saveur Khmer) . En avançant sur Hong Kong (香港 – Xiang Gang), on retrouve les Dims Sums, et autre petites bouchées à la vapeur ou raviolis aux crevettes. Bref, tout une cuisine plus familière aux européens, de part une immigration chinoise essentiellement en provenance du Sud Est de la Chine.

Tout ça pour vous dire que les Chinois ont également la particularité de cuisiner plus de choses, de manger plus d’éléments relatifs à la viande ou au poisson. J’entends par là : si en France, « tout est bon dans le cochon »,  en Chine cette apophtegme est applicable à tous les animaux. D’ailleurs, n’y a-t-il pas une expression en Chine qui dit que « Hormis les chaises et les tables, les chinois mangent tout ce qui a 4 pattes« . Cette citation souffre de nombreuses variantes et adaptations locales, sans entrer dans les détails, c’est la version la plus populaire.

Mais au fait, qu’est ce que les chinois mangent et que nous ne sommes pas instinctivement prêts à manger ?

La tête de la bête, tu mangeras

Je vois déjà ceux de mauvaise foi me répondre : « Oui, mais en France, il y’a bien la tête de veau ravigote « . Tout à fait ! A ce détail près, qu’il s’agit en réalité d’une préparation à base de morceaux de la tête de veau, roulés sous forme de rôti. On est loin de certaines représentations populaires.

En Chine, quand on dit « la tête de l’animal », c’est la tête en entier! Il me semble que je vous avais déjà parlé de la tête de canard dont mon copain se repait sans modération…à mon grand désarroi! A l’occasion d’un diner avec des camarades de classe, nous nous sommes rendus dans un restaurant spécialisé dans la cuisine du 四川 (Si Chuan – réputée particulièrement épicée), et plus particulièrement….dans la tête de lapin!! Oui! Oui!

Eurgh!!

Eurgh!!

Les chinois ont vraiment cette particularité de « grignoter« , ils aiment ça et cela entre en adéquation avec un principe de médecine chinoise (ch’ais plus lequel!)! Ils raffolent donc particulièrement de tout morceau de viande (aussi petit soit-il), entourant un morceau d’os ou de cartilage (encore que le cartilage est aussi particulièrement apprécié, médecine chinoise etc. moi je laisse tomber au bout d’un moment hahah…hum…). Dépiauter, grignoter des têtes de canard, des pattes de poulet, des têtes de lapin, tout y passe. Dubitatif au début, je me suis dit « On y est, tant qu’à faire, autant gouter ça! Ça sera toujours un truc de warrior à raconter lors de mes passages en France« . Allez, je goûte! Et quelle fut pas ma surprise de trouver les têtes de lapin tout à fait à mon gout. La langue est tout particulièrement savoureuse

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Bwaaaaaa!

J’en aurais bien mangé une deuxième mais « Bwaaa », c’était Âchement piquant! J’ai cru que j’avais les dents qui se déchaussaient, un peu comme lorsque tu bois de l’alcool blanc en Chine…

Des viscères et abats, tu te régaleras

La cuisine française actuelle semble faire de moins en moins cas des morceaux les moins nobles de la bête. Hormis quelques plats à base de foie ou de rognons, rare sont les gens qui semblent encore apprécier un plat à base d’abats. Prononcez le mot « tripes » ou encore « ris de veau », et vous êtes à peu près sur de provoquer la révulsion de votre interlocuteur. Et c’est bien dommage! D’un tempérament curieux, et n’ayant jamais vraiment eu l’occasion d’en déguster plus petit (merci papa et maman-_-), les abats sont apparus comme une évidence en Chine. Car oui, les chinois en raffolent comme jamais. Est ce parce que c’est moins cher que les parties « nobles » de la bête ? Je ne sais pas trop mais il est  difficile de passer au travers de plats sans abats.

En Chine, en plus du tripier habituel, on trouve également des chaines de magasins spécialisés dans la triperie de volaille : on trouve donc des cœurs de poulet, des tripes de canards, des pattes de poule etc… Y’en a à tous les coins de rue! Les abats se mangent à tous les sauces : en ragout, en brochettes, sautés etc…

J’admets tout à fait que ce sont des parties du corps de l’animal qui, à première vue, ne suscite pas l’engouement. Je ressens cela à chaque fois, quand bien même j’en raffole (mais qu’est ce que je suis bavard….pffff…). Quand on mange un plat avec des tripes, rien qu’à l’odeur, y’a pas de doute sur l’origine de la marchandise et encore moins sur la partie de l’animal en jeu, c’est certain.

Ragout d'intestins aux germes de soja, piment et sang de porc! Le Quarté + dans l'ordre!

Ragout d’intestins aux germes de soja, piment et sang de porc! Le Quarté + dans l’ordre!

Alors là, j’ai cru m’effondrer en lisant la carte de ce que l’on allait nous servir. Le ragout de tripes au piment, germes de soja et….morceaux de sang de porc…BOURK!! Mais en fait non, c’est délicieux et je ne plaisante pas. Alors oui, l’odeur y est, la couleur aussi, mais la saveur également et c’est vraiment très bon pour peu que l’on se sorte un peu les œillères que l’on se fixe (consciemment ou non). Bon, le sang de porc ou de tout autre animal, je n’en raffole pas particulièrement : ça a un goût un peu métallique et j’ai l’impression que mes dents crissent par la suite. Mais abstraction de cela, ce type de plats a un valeur gustative non négligeable, que je recommande donc 🙂

Vous en reprendrez bien une louche ?

Le nouvel an chinois vu de l’intérieur V : le D-DAY (et autres disgressions)

C’est bien beau de parler de mon voyage pour 十堰 (Shiyan), de la visite de la ville en question ainsi que du village natal, 鲍峡 (Bao Xia), mais c’est bien du nouvel chinois dont il s’agit. Outre la parenthèse d’une journée de mariage, le jour de la « Fête du Printemps » (春节 – Chun Jie) arrive enfin et il est temps de mettre les petits plats dans les grands.

Les préparatifs

La veille du nouvel an (le 30 janvier 2014 donc), il convient de s’atteler à quelques préparatifs, et notamment, d’assurer le stock de nourriture étant donné que tous les commerces seront quasiment fermés les jours suivants. Pour cela, c’est donc la belle-mère qui se charge de l’intendance et non les « hommes ». Durant ce voyage, mon ami 盼盼 (Panpan) m’a bien fait comprendre la survivance de règles de vie que l’on classerait aisément comme rétrogrades ou sexistes en Europe. Ce n’est pas le cas et les tâches dévolues à chaque « sexe » sont faites de bon cœur et sans atermoient philosophique (de là à s’en satisfaire…mais ce n’est pas le sujet!).

Par exemple, j’avais interdiction absolue d’aider à lever la table après la fin d’un repas : d’une part en raison de mon statut d’invité, et d’autre part parce que c’est aux femmes du foyer de faire ça. Une action contraire ferait inévitablement « perdre la face » à mes hôtes.

Le jour du nouvel an en Chine est aussi un jour plein de petites coutumes, de traditions et autres interdis. Citons en vrac (et cela doit certainement varier selon les régions, les villes, les villages…et les habitants!) : ne pas laver de linge ni le suspendre le jour du nouvel an, ne pas « couper » quelque chose (j’ignore jusqu’où cela peut aller), ne pas laver les fruits et les légumes etc. Cela semble saugrenu, mais malheur à qui ne respecterait pas ces traditions. Je m’y plie de bon cœur et me rends compte que j’ai du linge sale à nettoyer avant le jour fatidique : direction la rivière.

Ce n’est pas que la famille de mon ami ne dispose pas de machine à laver, mais les chinois (pour certains que j’ai rencontré) ne se résolvent pas à nettoyer leurs sous-vêtement avec le reste des vêtements (je ne comprends toujours pas pourquoi) : les deux sont ainsi lavés séparément. Par conséquent, histoire de ne pas mobiliser  deux fois la machine à laver et de « rigoler », je me mets au défi d’aller nettoyer mon linge à la rivière et en tenue de combat, telle une lavandière perdue.

La lavandière improbable

La lavandière improbable

C’est clair, j’ai fait le show ! Mais étonnamment, ça n’a pas étonné plus que ça ma camarade de droite qui elle, nettoyait son persil. Dans une telle situation, je me suis senti soudain pris d’une pensée profonde pour mes grands mères qui se rendaient au lavoir pour faire de même, sauf que ce n’était pas un jeu!

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Une fois cette petite comédie terminée, le repas du midi englouti, il était temps de passer aux choses sérieuses : nettoyer les légumes, viandes et aliments afin d’assurer la pitance des prochains jours sans avoir à les nettoyer . Direction une nouvelle fois la rivière, mais plus en amont…c’est plus propre parait-il….mouais….

Deux paniers pleins de choux y passeront

Deux paniers pleins de choux y passeront

Question propreté, cela reste discutable puisque nous n’étions pas les seuls à avoir vidé poissons et autres poulets dans l’eau croupissantes : la transparence de l’eau laissant apparents tripes et boyaux de nos prédécesseurs.

Le reste de l’après midi sera consacré à la confection des plats ainsi que la préparation des 饺子 (Jiao Zi – raviolis), plat typique pour les festivités du nouvel an.

S’occuper pendant le nouvel an chinois

Après interrogation auprès de 盼盼 (Panpan), je me rends compte que les fêtes du nouvel an chinois ne sont finalement pas si différentes de celles du réveillon de Noël en France: la famille et les amis passent à la maison pour manger et discuter le bout de gras autour d’un repas un peu plus élaboré qu’à l’accoutumé.

La veille, un ami de la famille est passé pour apporter une table automatique de 麻将 (Ma Jiang « Mah Jong »), histoire de faire autre chose que « regarder la télévision » (dixit mon ami…). Grand fan de ce jeu chinois, la variante la plus répandue du 湖北 (Hubei) se joue à 3 et non à 4 personnes. Une famille de tuiles disparait afin d’équilibrer le jeu, et quelques petites variations de règles caractérisent donc le style du 湖北 (Hubei).

Je gère!

Je gère!

La sœur de mon ami est une joueuse hors pair et détonnait avec son caractère bien trempé. En tout cas, j’ai observé quelques parties où elle se faisait facilement 200Y (24€) en quelques coups. Une fois encore, la richesse du tempérament des chinois peut s’observer au travers des interminables parties de 麻将 (Ma Jiang).

La « Fête du Printemps » est aussi un moment où toute la famille se réunit pour célébrer un grand moment de fête. Ainsi réunis, les membres profitent de ce moment pour aller honorer les ancêtres en se rendant sur leur tombe pour faire exploser quelques pétards et bruler de faux billets de banques (voire des carte à jouer dans le cas de la grand mère de mon ami). Là encore, solennel mais pas plus que cela : pas de larmes, pas de « tronche d’enterrement », rien qu’une scène de vie « quotidienne ».

Sur la tombe des grands parents paternels de 盼盼

Sur la tombe des grands parents paternels de 盼盼

Respectant la pudeur du moment, je n’ai pas souhaité prendre plus de photo que cela mais c’est aussi un moment fort que de participer en communion au dépôt de bâtonnets d’encens, ou encore au pliage de feuillets destinés au feu. Les pétards ayant entièrement retentis, nous partons de ce 村 (Cun – hameau) pour rentrer manger.

Une soirée de nouvel an chinois

Sans tomber dans l’obsession, le repas a été gargantuesque et relativement simple (en terme de plats). Il faut dire qu’à se retrouver à 12 autour de la table, en incluant les amis de passage, ça fait du monde à nourrir.

Le paradis sur Terre

Le paradis sur Terre

Une fois les plats quasiment finis, on nous apporte un bol de riz ou de nouille blanche (qui se mange donc en fin de repas et non pendant) afin de terminer ce qu’il reste.

Les chinois ne trahissant par leurs habitudes de « mange tôt », à 20h le repas était bouclé et la table nettoyée, que faire ? Faire exploser des pétards PARDI! Je me suis amusé comme un gosse à allumer des feux de Bengale et autres pétards (en forme d’obus), bâtonnets lumineux ou feux d’artifice. Théoriquement interdits, les pétards faisant parti intégrante du folklore traditionnel des fêtes chinoises, l’interdiction n’est que pure façade. Les « munitions » se vendaient à tous les coins de rue, et même le jour du nouvel an, quelques échoppes étaient restée ouvertes, conscientes que la population viendrait se ravitailler en pétards…Ce que nous avons fait pendant 2 jours non stop ^^ .

Ca va chier!!

Ca va chier!!

Il est clair que certains pétards étaient tellement gros que l’on pouvait faire bien d’autres choses avec, comme de la pêche à l’explosif (ce que nous avons fait d’ailleurs hin!hin!hin!). J’ai cru devenir sourd durant les 2 principaux jours de festivité mais c’est aussi un beau moment à vivre.

Finalement si les chinois semblent tellement pressés de rentrer chez aux aurores du nouvel an, ce n’est pas tant pour s’amuser que pour jouir de « l’atmosphère » du nouvel an, les retrouvailles en famille…bref, comme pour Noël en France. Je m’attendais à quelque chose de radicalement différent mais ce n’était pas le cas, juste que je ne ressentais pas cette atmosphère, cette magie du nouvel an : je ne suis pas chinois après tout 🙂

Bonne année du Cheval

Le nouvel an chinois vu de l’intérieur I : embarquement pour 十堰 (Shiyan – 湖北)

Occasion m’a été donnée, cette année, de participer aux célébrations du nouvel an chinois EN Chine même! Le calendrier lunaire étant légèrement différent du calendrier grégorien (sur lequel le gouvernement chinois se base néanmoins), la date du nouvel an « chinois » ou plutôt la « Fête du Printemps » (春节 – Chun Jie), varie chaque année. Cette célébration est également placée sous le signe d’un « animal » du folklore chinois, susceptible de symboliser un certain nombre d’augures plus ou moins favorables selon le point de vue. Cette nouvelle année a démarré le 31 janvier 2014, et c’est donc l’année du Cheval. Enfin, il convient de rappeler que  cette période de l’année est considérée comme le plus grand déplacement de population au monde

Je résume beaucoup car finalement cette petite introduction peut être complétée par une recherche simple sur internet : ici, ou encore et … Bref, mon récit ne tire pas son intérêt du nouvel an même, mais plutôt de son vécu. Car contrairement à l’année dernière, j’ai eu cette précieuse occasion de participer au nouvel an chinois et ce, avec un ami chinois au sein de famille. Pour vous faire une idée, c’est comme si un étudiant asiatique venait en France passer Noël et le Nouvel an au sein d’une famille française. Une expérience riche en couleurs, saveurs, anecdotes, que sais-je encore ; une magnifique expérience humaine…mais n’en disons pas plus!

 

Opération kamikaze : prenons le train pour aller rejoindre mon ami

Ce qu’il faut savoir sur le train en Chine, j’en ai déjà parlé à plusieurs reprises ici et, mais les contraintes du train sont « théoriquement » multipliées par 10 pendant les périodes du nouvel an chinois. L’accès à des billets en avance étant limité à 15 jours en Chine, dès l’ouverture à la vente des billets à J-15 du Nouvel an, tout part en une fraction de seconde et certaines personnes viennent jusqu’à se positionner la veille devant les guichets pour être sur d’être servi.

No comment….

L’année dernière, le site internet officiel de vente en ligne avait fait plus de mécontents que d’heureux. Acheter un billet de train me donnait donc des sueurs froides par avance. J’ai pensé aux bus long distance, mais je suis moins à l’aise pour ce type de transport, les villes chinoises regorgeant de gares routières toutes spécialisées dans une direction géographique bien précise. De plus, les billets n’étaient ouvrables que J-5, pire que le train. Pour ce qui est de l’avion, la ville de destination étant dépourvu d’aéroport, le prix des billets en général…et la distance de 400 km avec 西安 (Xi’an) ne me permettait pas non plus de prendre cette alternative au sérieux. Donc le train…

Je tente d’acheter un billet sur le site dédié : http://www.12306.cn/mormhweb/ . Pas de version en anglais, mais mon niveau de chinois me permet aisément de naviguer dessus (ouais, je me la pète grave, mais « je te merde » en même temps, comme dirait l’autre^^). Pour les amateurs, il convient d’ouvrir ce site en précisant bien sur votre navigateur (Internet Explorer, Chrome etc…) qu’il s’agit d’un site de confiance, sinon vous ne pourrez pas procéder à quelconque achat. C’est dire l’amateurisme du département ferroviaire quand à la conception du site…bref!

A mon grand étonnement, j’arrive parfaitement à acheter un billet assis, pour le 24 janvier 2014, direction la ville de 十堰 (Shiyan) dans le 湖北 (Hubei). Mais quelque chose me dit que je ne serais pas seul dans cette aventure.

La salle d'attente avant embarquement

La salle d’attente avant embarquement

C’était jaune noir de monde comme vous pouvez le constater. La bonne nouvelle, c’est que le train démarre depuis 西安 (Xi’an), ce qui veut dire que toutes les places sont libres avant embarquement, et qu’il n’y aura pas à jouer des coudes avec d’éventuels passagers déjà installés, un moindre mal.

On s’était dit rendez vous à 十堰

La ville de 十堰 (Shiyan) se trouve dans la région juste au sud du 陕西 (Shaanxi), c’est à dire le 湖北 (Hubei « Au nord du Lac »).

Ville de l’extrême Nord-Ouest du Hubei (http://www.chine-informations.com/guide/hubei_1860.html)

C’est parti donc pour 7h de train pour effectuer un peu plus 400km… . Voyage sans encombre mais une nouvelle fois, en tant que curiosité du wagon, un des passagers ne m’a pas lâché la jambe. Impossible de se reposer, obliger de faire semblant d’écouter ce qu’il avait à dire, d’autant plus que qu’il parlait suffisamment fort pour attirer l’attention des autres passagers (qui par la teneur de la conversation et le volume, ne pouvaient être qu’intéressés). J’ai du batailler avec les classiques interrogations du : « Est-ce que tu es marié ?« ,  » Tu es habitué à la nourriture chinoise ? » etc. mais j’ai aussi du batailler avec un interlocuteur donc l’accent du 湖北 (Hubei) était particulièrement prononcé, et me donnait l’impression de rarement comprendre ce qu’il disait. Quoiqu’il en soit, je ne me faisais pas d’illusion sur le fait de passer un trajet plus tranquille, c’est la « chinese touch«  : curiosité + générosité X culot + indélicatesse ^^ (J’adore perso).

La gare de 十堰 (Shiyan)

La gare de 十堰 (Shiyan)

Une fois arrivé, mon ami danseur 盼盼 (Panpan) originaire donc de la ville, vient me chercher avec sa soeur (fausse jumelle), pour me déposer à l’hôtel et me reposer… Durant le trajet en voiture, j’ai le plaisir de découvrir une ville vallonnée, ce qui tranche radicalement avec ma ville de 西安 (Xi’an) désespérément plate.

Le repos sera de courte durée puisque je suis ensuite présentée à la famille qui habite un immeuble proche de l’hôtel, et qui se tient à l’extérieur tout en grignotant d’inombrables graines de tournesols en se chauffant autour d’un petit foyer au charbon. Le temps est étrangement doux et sec, et l’on peut presque sentir les prémisses printanières annonciatrice du nouvel an chinois.

Peu de mots sont finalement échangés, la curiosité doublée d’une dose de timidité réciproque (rapidement brisées) en étant la cause principale.

Le soir je suis invité à festoyer (diner et boire) chez la grand-mère de Panpan qui habite également non loin. Nous sommes désormais considérés comme une région du « Sud », si bien que le chauffage central ou au gaz n’est plus déployé aussi systématiquement que dans le « Nord » dont 西安 (Xi’an) fait parti. Quoiqu’il en soit, la famille de Panpan semble vivre dans un cadre de vie assez modeste et humble, soulignant ainsi sa générosité et son sens de l’accueil, le chauffage étant un confort plutôt secondaire (mais existant toutefois).

Rudimentaire mais convivial, et c'est bien l'essentiel

Rudimentaire mais convivial, et c’est bien l’essentiel

Le diner se prendra à l’heure chinoise (c’est à dire entre 18h et 18h30) et sera copieusement arrosé de 白酒 ( Bai Jiu- alcool blanc). Il ne s’agit pas d’un alcool en particulier mais plutôt d’une catégorie d’alcool dit « blanc » est qui peut être à base de riz, de blé, de sorgho etc. En l’occurrence, c’était de l’alcool de canne à sucre (甘蔗 – Gan Zhe) distillé maison (et stocké dans un jerrican de 5L…des malades!). Sans surprise, ça déchausse les dents et détache l’œsophage au passage, mais c’est à ce moment là que j’ai marqué les points les plus importants auprès de sa famille, quand ils se sont aperçus que je savais boire, et que j’enquillais les verres sans broncher. La curiosité a été remplacée par une sorte d’admiration (j’ose le mot)! Et à partir de là, tout était lancé, je faisais parti de la famille (ça se paie cher quand même ^^). Ils ne se doutaient pas non plus que j’avais un excellent coup de « baguettes  » (bah oui, on peut pas dire « coups de fourchette », suit un peu!)

A l'attaque!!

A l’attaque!!

En vrac (et en résumé), vous trouverez des oreilles de cochons en fines lamelles vinaigrées, des œufs de 100 ans, des tranches de concombres, des tranches de lard très gras et sautées aux oignons, des tranches de rhizome de lotus, des pousses de soja, des ligaments de cochons en sauces …. . Un pur délice et ça a tout autant étonné la famille de Panpan que je sois aussi familier avec ce type de gastronomie (introuvable dans les restaurants dit « chinois » en France).  Double ration de « bons points » et une panse explosée seront le résultat de cette première soirée à 十堰 (Shiyan)…et ça ne sera pas la dernière à finir ainsi, loin s’en faut 🙂 .

A suivre… (mieux que « Game of Thrones »…avoue!)

Qu’est ce qu’on mange : le 麻辣汤

Encore un grand classique de la gastronomie chinoise, comme vous ne l’avez surement jamais gouté en Europe, le  麻辣汤 (Ma La Tang –  » Soupe au poivre ou piment engourdissant« ). Appellation très laborieuse mais je ne vois pas trop comment traduire le mot 麻辣, si ce n’est en précisant que c’est un poivre aux vertues « engourdissantes ». Rappelez vous, je vous en parlais concernant le 麻辣香锅, variante de la soupe…mais sans soupe!

Toutes ces spécialités, à base de 麻辣, sont originaires d’une région de Chine bien particulière et typique pour son fameux poivre. J’ai nommé : le 四川 (Si Chuan).

Qu’est ce qu’un 麻辣汤 (Ma La Tang)

Je le disais précédemment, cela fait parti de ces plats faits à base de piment, et d’un bouillon porté à ébullition dans une cocote plus ou moins grande. Si le 砂锅 (Sha Guo) est particulier par sa cuisson directement au feu dans une petite cocote en terre ou en fonte, le 麻辣汤  (Ma la tang) est tout simplement une soupe (aussi pimentée et bouillante) dans laquelle sont cuits, pêle-mêle , tout un tas d’ingrédients : de la viande (en tranche, à l’os, en morceaux), du poissons, des boulettes en tout genre, des légumes, du touffu… Un véritable pot « pourri » de saveurs en ébullition. Longtemps réfractaires à ce type de cuisson (la cuisson à l’eau m’a toujours paru très insipide quoiqu’on y ajoute), je me suis laissé vraiment tenter avec les premiers frimas d’hiver de 西安 (Xi’an)…Et je n’ai pas regretté, au point d’en abuser lourdement mais qu’importe.

 

Mais comment prépare-t-on un 麻辣汤 (Ma La Tang) ?

Là aussi, rien de plus simple au point de me demander pourquoi il n’y a toujours pas de restaurant chinois proposant ce genre de mets en France : facile et bon marché…, bref! Je vais prendre l’exemple de ma cantine musulmane, c’est encore elle qui représente le meilleur rapport/qualité prix. On arrive donc devant un comptoir où l’on choisit ce que l’on souhaite incorporer dans son 麻辣汤 (Ma La Tang). Beaucoup d’ingrédients sont surgelés : petits raviolis, boulettes de viandes, de tofu, surimi en tout genre…

"Viandes & Poissons"...

« Viandes & Poissons »…

Puis on choisit les légumes, et autres plantes, cucurbitacées et bizarrerie botaniques chinois…mais l’ordre n’est pas fixé, ça dépend du restaurant à vrai dire.

"Légumes & Champignons"...

« Légumes & Champignons »…

Une fois la liste d’ingrédients arrêtée, le cuistot va donc picorer dans les panières correspondantes à mon choix (« Avec des gants ?« …je ne crois pas non….[débutant va!]). Ensuite, il met le tout dans un petit panier en métal muni d’une accroche pour le fixer à l’intérieur d’une marmite géante, où bout déjà le bouillon principal…et les préparations des étudiants ayant déjà passé une commande avant moi (les saveurs se mélangent quoi! mieux vaut pas être allergique en sommes.)

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Le temps de cuisson ne dépasse pas les 5 minutes! Enfin, il n’y a plus qu’à y adjoindre les condiments de base en Chine : un peu d’ail, beaucoup de coriandre, une grosse cuillerée de piment et une poignet de graine de sésame! C’est prêt!

Avouez, ça donne envie!

Avouez, ça donne envie!

 

Et c’est bon, un 麻辣汤 (Ma La Tang) ?

Bah ouais, sinon je passerais pas 2 heures à en fait l’éloge sur mon blog…c’te bonne paire!

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